Bandeau
Ancien hôpital et parc Broussais Decré

Aumônerie Saint-Clément ou hôpital Notre-Dame-Hors-Les-Murs


Cet établissement serait le plus ancien hôpital connu à Nantes. Créé au Moyen Âge dans le faubourg Saint-Clément, l’aumônerie ou hôpital Notre-Dame-Hors-Les-Murs se situait à l’emplacement de l’actuel « Carré vert », 110 rue Gambetta, ancien collège Saint-Clément et caserne Desgrées du Lou.

« La plus grande ancienneté »

En 1532, les bourgeois de Nantes définissent cet hôpital comme étant « le myeux fondé et de la plus grande ancienneté que hospital qui soit en la ville de Nantes, ne autre part en ceste conté ». L’origine possible de cette maison de charité rattachée au prieuré de Saint-Clément remonterait au 9e siècle. Les noms d’aumônerie Saint-Clément ou d’hôpital Notre-Dame-Hors-Les-Murs découlent de son lieu d’implantation, sur un territoire situé à la sortie de la ville et en-dehors de ses fortifications, qui dépendait du domaine de Sainte-Marie et de Saint-Clément.

Nicolas Travers évoque une église Sainte-Marie qui « servi longtemps de chapelle à l’hôpital de Sainte-Marie, et ensuite de Saint-Clément ». C’est dans cet édifice religieux que les évêques « y venaient descendre autrefois la veille de leur entrée pontificale ». Les églises de Saint-Clément et de Sainte-Marie sont mentionnées dans la charte de l’évêque Quiriac lorsqu’il cède en 1063 les terrains qui correspondent au territoire de la paroisse Saint-Clément aux chanoines du Chapitre de la cathédrale de Nantes : ecclesias Sanctae Dei genitris Mariae et Sancti Clementis papae.

Enluminure issue du « Livre de vie active de l'Hôtel Dieu de Paris »

Enluminure issue du « Livre de vie active de l'Hôtel Dieu de Paris »

Date du document : 1482

Au service des pauvres et des malades

L’établissement est administré par un prêtre aumônier ; autrefois nommé par les chanoines du Chapitre, il est, à partir de 1447, élu par une assemblée de six chanoines et de six membres du conseil des bourgeois. « Pour subvenir aux charges de l’aumônerie », en plus de plusieurs maisons possédées dans les paroisses Saint-Denis et Sainte-Croix, l’hôpital détient plusieurs cantons de vignes dans le faubourg Saint-Clément et à Richebourg, ainsi que des jardins « ensemencés de choux, de poireaux, d’herbes et de pois qui étaient employés à la cuisine des pauvres ». On y reçoit les pèlerins, les infirmes, les femmes enceintes et les pauvres, mais également les malades de la peste qui, au 15e siècle, sont logés dans une autre maison située dans le bas-chemin de Saint-Donatien.

Représentation de la peste à Florence dans le « Décaméron » de Boccace.

Représentation de la peste à Florence dans le « Décaméron » de Boccace.

Date du document : 1414

Un hôpital détruit et pillé

Lors du siège de Nantes de l’été 1487, les troupes royales françaises, opposées au duc de Bretagne François II, s’installent autour de la cité ducale. À l’est du château, les faubourgs de Saint-Clément et de Richebourg sont occupés. Les Français y ont installé des « batteries puissantes qui pilonnent la ville et provoquent d’importants dégâts ». Les bâtiments de l’hôpital sont détruits et le mobilier saccagé pendant ce siège. Cependant, il est intéressant de noter que de nombreuses maisons des environs ont été également détruites pour la défense de la ville, comme les maisons de l’auditoire et la boucherie qui appartenaient au Chapitre ; l’hôpital fait-il partie de cette liste de bâtiments démolis pour la « tuition » (défense) de la ville ?

Malgré l’absence de ses anciens locaux, l’hôpital doit faire face à des épidémies les années suivantes avec l’aide de la communauté de la ville qui lui octroie 10 livres par mois. La reconstruction de l’aumônerie Saint-Clément ne débute qu’en 1499. En 1521, lors de l’enquête ordonnée par la chancellerie de Bretagne qui précise les limites de la juridiction du Chapitre, un témoignage d’un habitant de Richebourg évoque une rue aujourd’hui disparue et un grand nombre de maisons « s’entretenantes l’une à l’autre depuis le cimetière de l’aumônerie de Saint-Clément ». En 1532, la totalité des bâtiments n’est pas encore reconstruite : à cette date, certains édifices de l’aumônerie sont alors « sans plancher, sans portes et sans fenêtres ».

Réuni à l’hôpital de la ville

Dès 1555, il est convenu d’installer un collège à l’emplacement de l’aumônerie, chargé d’enseigner la lecture et la rhétorique en latin, en grec et en hébreu, ainsi que des matières scientifiques. Le Chapitre consent donc à la suppression de l’hôpital de son fief et les malades sont transférés en 1577 à l’aumônerie de Toussaint, située sur la ligne des ponts. Après douze années, les malades sont groupés en 1570 à l’hôpital de l’Erdre, devenu l’Hôtel-Dieu l’année précédente.

En 1557, les bâtiments de l’ancienne aumônerie deviennent les locaux du collège Saint-Clément. Ils sont reconstruits à neuf au 17e siècle, avant d’être mis à la disposition du directeur des hôpitaux le 30 octobre 1793. L’installation des militaires se fait peu après dans l’ancien collège nommé « Caserne de la Liberté » à la Révolution avant de devenir au 19e siècle « Caserne du collège ».

Détail du plan de la ville et des faubourgs de Nantes dressé par David Delafond en 1723

Détail du plan de la ville et des faubourgs de Nantes dressé par David Delafond en 1723

Date du document : 1723

Aujourd’hui sont encore visibles les anciens bâtiments du collège et le pavillon Desgrées du Lou construit en 1921. L’ensemble de ces édifices compose la résidence « le Carré vert ».

Kevin Morice
Archives de Nantes
2026

Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.

En savoir plus

Bibliographie

Maître Léon, Histoire administrative des anciens hôpitaux de Nantes, Laffitte, Marseille, 1981

Société académique de Nantes et de Loire-Atlantique, « Recherches historiques sur les anciens établissements hospitaliers de Nantes », Annales de la Société royale académique de Nantes et du département de la Loire-Inférieure, volume 15, 1844

Romieux Yannick, De Laguerenne Claude, « Les hôpitaux nantais et leur pharmacie des origines à la fin de l'ère révolutionnaire », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de la Loire-Atlantique, Société archéologique et historique de Nantes et de la Loire-Atlantique, 1992

Travers Nicolas, Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comté de Nantes, tomes 1, Forest, Nantes, 1836

Ressources Archives de Nantes

155 Z 6 : rues de Nantes, manuscrit de Paul de Berthou d'après les notes de Jules Forest (1899-1900)

Ressources Archives départementales de Loire-Atlantique

G 211 : répertoire du fonds du Chapitre de la cathédrale de Nantes. Domaines de la ville de Nantes (1063-1752)

Pages liées

Ancien collège Saint-Clément

Richebourg

Hôpitaux

Tags

Santé et hygiène Malakoff - Saint Donatien Architecture hospitalière d'assistance ou de protection sociale

Contributeurs

Rédaction d'article :

Kevin Morice

Vous aimerez aussi

Après quatre années d'occupation, les Alliés entrent dans Nantes le 12 août 1944. Les Allemands viennent alors de quitter la ville après avoir saboté ponts et équipements portuaires.

Contributeur(s) :Musée d'Histoire de Nantes - Château des ducs de Bretagne , Andrée Allio

Date de publication : 07/08/2019

10782

La Cloche

Société et culture

Vider un bock de bière ou une fillette de muscadet, fumer une pipe, un cigare ou une cigarette en écoutant les histoires ou élucubrations de diseurs et autres chansonniers, voilà la...

Contributeur(s) :Stéphane Pajot

Date de publication : 06/11/2023

2252

Ancienne motte Saint-André

Architecture et urbanisme

L’actuel cours Saint-André tient son nom d’une ancienne motte, élévation à la périphérie de l’enceinte fortifiée. Bordée autrefois de deux voies antiques, ce lieu escarpé a connu cimetières...

Contributeur(s) :Kevin Morice

Date de publication : 29/11/2024

1238