Nantes la bien chantée : En la rivière de Nantes
Nantes la bien chantée : Pour que les filles dansent

Nantes la bien chantée : La magicienne

A

230


La belle attend le retour de son bien-aimé. Un messager lui apporte la nouvelle selon laquelle il a changé de maîtresse. Elle s’enquiert des qualités de sa rivale et apprend que, sans être plus belle ou plus charmante, elle est plus savante (capable de prodiges).

Parmi les nombreuses chansons sur le thème des filles délaissées ou abandonnées par leurs galants, la chanson dite du Beau messager est parmi les plus fameuses en pays Nantais, surtout parce qu’elle fut enregistrée à de nombreuses reprises par les chanteurs et musiciens contemporains, depuis le fameux groupe An Namnediz à la fin des années 60 jusqu’à la version plus rock du groupe Katé-Mé, parue en 2003 (voir discographie). On remarquera au passage qu’elle fut particulièrement prisée par les artistes et groupes du pays Nantais : Roland, Brou, An Namnediz, Sylvain Girault (chanteur du groupe Katé-Mé), Tri Yann…

Nantes, dans le texte

Certes, toutes les versions recensées par les uns et les autres, qu’elles soient extraites d’archives sonores, écrites ou de publications, ne font pas état de la ville de Nantes mais, a priori, une très grande majorité des versions semblent avoir choisi la Cité des ducs pour localiser, si ce n’est l’action, du moins la provenance du messager et parfois la destination de l’inconstant fiancé. Au reste, le fait que l’action se déroule à Nantes n’a aucune incidence sur le récit, pour ne pas dire que ce détail n’a aucune importance. Il importe toutefois que le choix du lieu soit en conformité avec la coupe de la chanson et respecte donc l’assonance « an-e » qui définit la forme de cette célèbre laisse. Une version recueillie à Joué-sur-Erdre (44) par Pierre Guillard stipule que les nouvelles viennent de Flandre.
Les motifs de rupture ou de dissension varient d’une chanson-type à l’autre et l’inconstance de l’un ou de l’autre est probablement le plus récurrent de ces motifs. Cela dit, « le mauvais rôle » est plus souvent endossé par le galant que par la belle. Il est vrai qu’il peut parfois revêtir le costume du plus parfait scélérat, quittant la belle après avoir obtenu d’elle des faveurs que l’ancienne morale n’avait pas pour habitude de cautionner. Il faut toutefois préciser que, dans bien des chansons-types, le choix du galant n’est pas forcément l’expression de sa volonté puisque la séparation peut être la conséquence d’un départ (à l’armée, le plus souvent), d’un emprisonnement voire, d’un engagement dans la vie monastique !

 

Amour contrarié

Dans la chanson présentée ici, on aura compris que le galant a détourné ses préférences affectives, non pas pour des questions (un rien superficielles) de beauté mais parce que la seconde est estimée plus savante et, en effet, elle l’est.
Elle l’est mais d’une manière inhabituelle. Son savoir n’est pas nécessairement le fruit d’une érudition particulièrement importante mais relève davantage de pouvoirs magiques qui la rendent autrement plus attirante. Mais, précisément, on peut alors se demander si le galant n’est pas été victime d’un envoûtement, d’un charme, qui l’a poussé dans les bras d’une magicienne qui, ainsi que le précise de nombreuses versions « fait les amants revenir par sa jolie main blanche » ou « fait danser les amoureux quatre à quatre dans sa chambre ». Que peut la première fiancée, aussi amoureuse soit-elle, face à la puissance de tels « charmes » ?

 

Une chanson bien implantée en Loire-Atlantique

Enfin, il me paraît intéressant de souligner que dans la majorité des chansons dans lesquelles on trouve le motif du message (qu’elle qu’en soit la forme), celui-ci apporte une mauvaise nouvelle : mort de l’amant, mort des parents, mariage de l’un ou de l’autre, emprisonnement du fiancé. Heureusement, quelques-unes sont porteuses de déclarations d’amour qui incitent malgré tout à voir les choses sous un jour raisonnablement plus optimiste.
Les collectes sonores réalisées en Loire-Atlantique font état d’une dizaine de versions, toutes recueillies au nord de la Loire, de Saint-Lyphard à Joué-sur Erdre et de Saint-Nazaire à Châteaubriant. On remarquera qu’elles sont toutes interprétées sur des airs adaptés pour la marche ou pour la danse.

 

Dastum 44

2019

[f orme]

Mon bel amant, s’en est allé (bis)
Du côté de vers Nantes, gai ma Nanon
Du côté de vers Nantes, Gai ma Louison

Il m’a dit qu’il s’en reviendrait (bis)
Au beau mois de décembre, gai ma Nanon
Au beau mois de décembre, Gai ma Louison

    Etc.

[texte]
Mon bel amant, s’en est allé du côté de vers Nantes
Il m’a dit qu’il s’en reviendrait au beau mois de décembre
Le mois d’décembre il est passé, j’ai rien reçu de Nantes
La pauvre fille qui s’ennuyait du plus haut de sa chambre
Elle le vit qui s’en revenait du côté de vers Nantes
Dis-moi quelle nouvelle apportez, que j’ai changé d’amante
Est-elle aussi jolie que moi, est-elle aussi charmante
Elle n’est pas si jolie que vous mais elle est plus savante
Elle fait la pluie, elle fait le vent, elle fait fleurir les landes

En savoir plus

Bibliographie

Coirault, Patrice, Répertoire des chansons françaises de tradition orale, ouvrage révisé et complété par Georges Delarue, Yvette Fédoroff, Simone Wallon et Marlène Belly, Paris, Bibliothèque nationale de France, 1996-2006, 3 volumes
La magicienne (Abandonnées 1 - N° 03408) : 16 versions référencées
Laforte, Conrad, Le catalogue de la chanson folklorique française, Québec, Presses de l’université de Laval, 1977-1987, 6 volumes
Le message de l’infidèle (I, N–04) : 52 versions référencées
Couffon de Kerdellerc'h, Jeanne, 30 vieilles chansons du Pays de Retz, recueillies et harmonisées, Paris, Heugel éditeur, 1927
Guériff, Fernand, Le trésor des chansons populaires recueillies en pays de Guérande, volume 3 ; chansons de Brière, de Saint-Nazaire et de la presqu’île guérandaise, Nantes, Dastum 44 / Parc naturel régional de Brière, 2010, page 102
Guériff, Fernand, Le trésor des chansons populaires recueillies en pays de Guérande, volume 4 ; Les danses, le répertoire enfantin, Nantes, Dastum 44 / Parc naturel régional de Brière, 2013, page 38-40
Poulain, Albert, Carnets de route – Chansons traditionnelles de Haute-Bretagne (Presses Universitaires de Rennes, Dastum, 2011, pages 174 et 358

Autre(s) source(s)

Fonds Bernard De Parades (cf. « Nantes la bien chantée ») : 9 versions compilées

Discographie

An Namnediz : An Namnediz, 1966
Frères Dréano : La Bogue d’Or, Mémoire de notre peuple, G.C.B.P.V., 1995, plage N° 7
Guillard, Pierre : Chants a cappella, Kerig productions, 1996, plage N° A-02
Brou, Roland : Trois garçons du Lion d’Or, TVB Productions, 1996, plage N° 2
Hamon-Martin Quartet : Allune, Coop Breizh, 2001, plage N° 3
Katé-Mé : Entrance, Trad’Mark / Coop Breizh, 2003, plage N° 12
Lehuédé, Daniel : Chants à danser du pays de Guérande et de Brière, Les Veuzous de la Presqu’île, 2009, plage N° 10

Version sonore

Nolwenn Le Dissez (chant) et Hugo Aribart (guitare), le  6 septembre 2018, à Besné, d’après la version recueillie à Guérande (44) en 1954 par Fernand Guériff

Pages liées

Dastum 44

En la rivière de Nantes

La Parricide trompée

Tags

Contributeurs

Hugo Aribart
Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.