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Les protestants Nantais et la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État Roquios

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Anciens bains douches de la Loire et Nantais de Pierre Samuel Steiner


Aménagés en 1811 sur le quai Duguay-Trouin par Pierre Samuel Steiner, les anciens « Bains-douches de la Loire » furent l’objet de vives contestations jusqu’en 1816. Ils sont pour autant les témoins privilégiés de l’histoire de l’hygiène à Nantes. Ils sont rejoints, à partir de 1826 par les « bains nantais » que Steiner fait installer quai Turenne.

Une reconversion professionnelle

Pierre Samuel Steiner est un Suisse né à Berne en 1780 est arrivé à Nantes vers 1800, comme de nombreux compatriotes, la plupart protestants, l’avaient déjà fait pour travailler dans l’indiennage. Steiner suit cette même carrière nous apprend son acte de mariage avec Thérèse Rocheteau (qui vient d’une famille de cordiers) daté du 7 août 1811 : il est imprimeur en indiennes.

Les indiennes sont des textiles importés des Indes achetés par les Européens dès le 17e siècle. Ces pièces de tissus sont parfois échangées contre d’autres marchandises, notamment lors du commerce de captifs africains esclavagisés. Au 18e siècle, la production d’indiennes s’installe en Europe. Nantes devient l’une des grandes villes de l’indiennage français. À partir des années 1810, et de façon plus marquée à partir de 1820, les manufactures nantaises d’indiennes connaissent un important déclin. Pierre Samuel Steiner doit donc repartir en Suisse ou trouver une nouvelle profession. Il choisit une reconversion originale : les bains-douches sur un bateau.

L’entreprise de Pierre Samuel Steiner

Le 25 juillet 1811, Pierre Samuel Steiner adresse au Maire de Nantes une demande d’autorisation pour établir « des bains secondaires sur un bateau au Quai Duguay -Trouin en face de la rue Duguesclin ». Il indique que son projet, sans faire de tort aux Bains Municipaux de Monsieur Jourdain fréquentés par les gens aisés, serait destiné aux personnes peu fortunées en pratiquant un prix modique. Il insiste sur le fait que l’endroit demandé sur la Loire est peu fréquenté par les décharges des bateaux et qu’on y trouve une eau très pure, contrairement à l’Erdre. Il précise aussi que les bains seront divisés en deux parties dont l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes, « sans aucune communication ». Dernier argument : « sa profession première est maintenant presque anéantie ».

L’arrêté du 5 août 1811 autorise la construction d’un bateau et son positionnement dans le canal Saint-Félix. Samuel Steiner est désormais qualifié de « garçon de bains ». Le coût de cette construction s’élèverait à 8 ou 10 000 francs. Pour son entreprise, Steiner a peut-être pu profiter de l’aide de son beau-frère, François Brazeau, charpentier de navire. Les Bains de la Loire ouvrent leurs portes la même année.

Les « Bains-douches de la Loire », quai Duguay-Trouin

Les « Bains-douches de la Loire », quai Duguay-Trouin

Date du document : 1878

Un projet source de contestations

Néanmoins, cette autorisation soulève la contestation de Claude-Gabriel Jourdain. Celui-ci a en effet obtenu l’autorisation de la Ville en 1769 d’installer les premiers bains-douches construits à l’ouest de l’île Feydeau. Construits par l’architecte de la Ville, Mathurin Crucy, ils sont dits les « bains Crucy ». Jourdain prétend ainsi avoir l’exclusivité des bains publics à Nantes. Il écrit à la municipalité, outré qu’un de ses « domestiques » soit autorisé à construire un bain concurrent aussi proche du sien. Steiner était en effet en apprentissage au sein des bains Jourdain, lui valant le qualificatif de « domestique ». De son côté, la Ville répond qu’elle ne s’était pas interdit d’autoriser de nouveaux établissements.

Les « Bains Crucy » de la Petite-Hollande

Les « Bains Crucy » de la Petite-Hollande

Date du document : Fin 19e-début 20e siècle

Le conflit entre la Municipalité, Steiner et Jourdain va pourtant durer jusqu’en 1816. Jourdain porte ses réclamations au Ministère de l’Intérieur en mettant en avant la « ruine » que ce nouvel établissement lui provoquerait. L’animosité contre son domestique est évidente. Si la religion n’intervient pas, la nationalité apparaît dans les contestations de Jourdain. Il se plaint d’ailleurs d’un adjoint au Maire suisse, Henry Rossel. Or, Steiner est également de nationalité suisse ! En décembre 1812, Jourdain écrit : 

« Le nommé Steiner n’est qu’un simple domestique et encore est-il Etranger, Suisse de nation ; il n’habite la France que depuis quelques années et il y a vécu toujours dans la domesticité : il n’a même pas les moyens convenables pour faire son établissement, mais le Maire et un de ses adjoints, compatriote de Steiner, lui procurent, par leur influence, des souscriptions dont il s’engage de rembourser la valeur par des bains, de sorte que cet individu se trouve, sans bourse déliée, possesseur d’un établissement de 8 à 10 000 F, qu’il exploite à son profit. »

Il propose à la Municipalité d’élargir l’offre de ses bains et d’augmenter la rente qu’il lui verse en échange de l’annulation de l’autorisation accordée à Steiner. Sans cela, Jourdain demanderait la résiliation de son contrat avec la Ville, avec indemnisations. Le préfet répond à ces réclamations en 1813 en demandant à la Ville de déplacer le bateau Steiner. Le litige dure sans décision arrêtée jusqu’en 1816, lorsque la situation s’accélère. Après de longues procédures et désaccords, la Ville autorise finalement Steiner à maintenir ses « Bains-douches de la Loire » sur le quai Duguay-Trouin. 

Le fonctionnement des « Bains-douches de la Loire »

En 1815, Steiner s’adresse au maire de Nantes. En effet, « son bateau construit dans un moment où il n’était pas sûr de la réussite de son entreprise l’a été avec trop d’économie pour avoir la solidité nécessaire ». Les réparations nécessaires sont telles qu’il apparaît plus intéressant de faire construire un nouveau bateau. La municipalité autorise ce chantier, suivie par l’architecte voyer. C’est finalement un bateau de 22 m de longueur, de 7m de largeur, contenant 20 chambres et 24 baignoires (11 pour les femmes et 13 pour les hommes) qui est aménagé. 

Lors du renouvellement de l’autorisation d’exercer de 1822, un nouveau partenaire apparaît : Guillaume Renou, dit « associé ». Ce nom n’est pour autant pas inconnu : il a été le témoin du mariage de Pierre Samuel Steiner en 1811. La nouvelle autorisation de 1827 est, elle, au seul nom de Renou : peut-être Steiner lui a-t-il vendu le bateau ?

Renou cède le bateau en 1832 au couple Saillant, dont l’époux est négociant. Les bains restent dans la famille jusqu’en 1860, lorsqu’ils sont de nouveau vendus à Auguste Alioth, négociant en vins, d’origine suisse, tout comme Steiner. Les deux hommes se connaissaient : tous deux Suisses et protestants, ils participent aux Instances du Temple de Nantes. Le dernier propriétaire connu du bateau est Augustin Batard, qui l’achète en 1871. Le procès-verbal de 1891, le dit en « bon état d’entretien ».

« Les bains nantais »

En 1824, Steiner demande à la Ville de Nantes l’autorisation de faire construire un nouveau bateau, identique au précédent. Il souhaite placer ces nouveaux bains derrière le moulin du Sieur Fortier, quai Turenne. Le Capitaine du Port, puis la municipalité par l’arrêté municipal du 24 novembre 1824, l’y autorise. Le Préfet approuve cette décision l’année suivante. Le nouveau bateau, dont la construction était estime à 40 000 francs, est exploité à partir du second semestre 1826, sous le nom de « bains nantais ». Cette nouvelle construction démontre d’une certaine rentabilité de l’activité des bains-douches sur péniches, qui permet au couple Steiner d’en exploiter deux en même temps.

Les « Bains Nantais », quai Turenne

Les « Bains Nantais », quai Turenne

Date du document : 1877

En 1843, le couple Steiner vend la moitié du bateau situé quai Turenne au couple Ormeaux, qui se retire finalement de l’entreprise en 1855, remplacé par Auguste Alioth. Au décès de Pierre Samuel Steiner en 1862, Auguste Alitoth devient seul propriétaire de l’établissement. Il a alors en sa possession les deux anciens établissements de Steiner.

Localisation des bains créés par Steiner

Localisation des bains créés par Steiner

Date du document : 1889

Le dernier propriétaire connu des « bains nantais » est Lelandais, à partir de 1882. Ce dernier demande l’autorisation à la Ville de démolir l’établissement en 1902, ce qui semble être fait dès l’année suivante.

Pierre Samuel Steiner décède le 7 janvier 1862 rue Saint Jacques. Il est inhumé dans le carré protestant du cimetière Miséricorde où son caveau existe toujours.

Jean-Claude Datin et Danielle Gatineau née Steiner 
2025

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Rédaction d'article :

Jean-Claude Datin et Danielle Gatineau née Steiner

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