6 juin 1761 : passage de Vénus devant le Soleil
Le 6 juin 1761, un phénomène céleste rare et d’une grande importance dans l’histoire des sciences est observé à Nantes et en de multiples lieux sur Terre : un transit de Vénus devant le Soleil.
L’une des premières collaborations scientifiques multinationales
« État actuel du ciel le 6 juin 1761, à quatre heures précises du matin ; connoissance utile à ceux qui voudront observer à Nantes le passage de Vénus sur le disque du Soleil. » Ainsi commence dans le journal hebdomadaire de Nantes, du vendredi 5 juin 1761, l’article annonçant un phénomène céleste d’une grande importance pour les savants. Phénomène rare, celui-ci connait un succès extraordinaire auprès des amateurs de sciences de par son importance scientifique. En effet, l’observation du passage de Vénus devant notre étoile, observée simultanément de différents lieux de la Terre, doit permettre de mesurer avec une grande précision la distance de notre planète au Soleil et, ainsi, de connaitre par déduction les dimensions du Système solaire.
Une observation organisée par les Jésuites de l’École d’hydrographie
À Nantes, cette observation est un grand moment pour plusieurs Nantais et une relation nous est donnée par le père jésuite Chardin dans la presse nantaise une semaine plus tard. Le père Chardin est alors, depuis 1756, le professeur de l’École d’hydrographie de Nantes qui est installée dans la maison des pères jésuites à l’Hôtel de Briord, dans la rue du même nom. Grâce à cet article dans la presse, nous apprenons que les Jésuites nantais sont équipés d’un matériel astronomique conséquent avec « six lunettes différentes de 2, de 4, de 6, de 12, de 16 & de 21 pieds de longueur, garnies de réticules & de verres colorés, dont les unes donnoient le disque entier du Soleil, & les autres les différentes parties de ce disque avec toute la netteté possible ». Six lunettes dont l’une fait 21 pieds de longueur, c’est-à-dire environ 7 mètres, témoignent d’un équipement important.
L’observation se fait avec deux groupes d’observateurs où se trouvent « plusieurs Citoyens de la ville, quelques Capitaines & Officiers de Navires ». Le groupe situé plus à l’est, dans ce que le père Chardin nomme « l’observatoire de la Tour », est constitué en particulier de Julien Grolleau. C’est alors un jeune homme de 27 ans, pour lequel le père Chardin tient à préciser qu’il s’agit d’un « élève de l’École Royale des Ponts et Chaussées de France, connu pour son goût, ses talens & sa capacité dans toutes les parties du génie ». Ce jour-là, ce jeune homme est tout à son excitation face à la beauté du phénomène. À 4 heures 50 minutes, l’œil à l’oculaire de la lunette de 12 pieds, il pense apercevoir une atmosphère autour de la planète Vénus, « & ayant communiqué sa remarque aux autres assistants, plusieurs d’entre eux assurèrent aussi apercevoir le même phénomène à quatre autres différentes lunettes ».
Lorsque le Soleil atteint suffisamment de hauteur dans le ciel, à 5h45, « on dressa dans le jardin de la résidence deux grandes lunettes de 16 pieds, & l’autre de 21 […] c’est à cette dernière lunette que plusieurs curieux observèrent avec le P. Chardin le reste du passage de Vénus jusqu’à la fin ».
Enfin, la sortie de Vénus de l’empreinte du disque solaire est observée par nos astronomes nantais avec un souci de précision. Grâce à M. Portier de Lantimo « à l’exactitude duquel on peut s’en rapporter », le moment précis de la fin du phénomène, que le père Chardin suivait attentivement à la lunette de 21 pieds, est mesuré avec deux montres « très justes réglées sur le Soleil », à 8h30 du matin.
C’est ainsi que se termine l’observation de ce phénomène céleste depuis la résidence des Jésuites à Nantes, dont l’emplacement des jardins correspond désormais en partie à celui des magasins des Galeries Lafayette, anciennement Decré. Une observation si extraordinaire que le directeur du journal ajoutera à la fin de l’article : « Aucun phénomène depuis la naissance de l’astronomie, n’avoit occasionné de si grands préparatifs. »
L’observatoire qui a sauvé la cathédrale
Il est à noter que nous retrouverons bien des années plus tard Julien Grolleau, ce jeune observateur décrit avec autant d’éloges par le père Chardin. En 1796, désormais ingénieur des Ponts et Chaussées du département et officier municipal élu en 1790, il joue un rôle déterminant pour empêcher la destruction, alors envisagée, de la cathédrale de Nantes.
Dans un rapport qu’il écrit le 2 juillet 1796 (14 messidor an IV), il insiste tout particulièrement sur l’importance de l’observatoire installé sur la tour sud de l’édifice religieux, utilisé par le professeur d’hydrographie pour exercer ses élèves à la pratique des observations astronomiques, « ce que l’on ne pourrait faire ailleurs qu’au moyen de dépenses énormes », préconisant ainsi de garder l’édifice religieux.
Olivier Sauzereau
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