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Prairie puis quartier de la Madeleine (1/2) Ancienne chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours

Anciens moulins du pont de la Belle-Croix


Le pont de la Belle-Croix a aussi été dénommé pont de la Saulzaie ou Saulsaie, pont des moulins ou, pendant la Révolution, pont d’Orient, ou encore pont de Nantes. Il permet de relier l’île Feydeau à l’île Gloriette. Il possède 8 arches en 1842. C’est l'un des ponts nantais sur la Loire qui a connu le plus grand nombre et la plus grande diversité de moulins : moulins à eau sur le pont, moulins-bateaux sous le pont, moulins à farine et à tan.

Les moulins à eau sur le pont

Trois moulins ont été répertoriés sur le pont de la Belle-Croix : le moulin neuf, le moulin à eau du Chapitre, le moulin Grognard.

Carte de l’Ile Gloriette au 18e siècle

Carte de l’Ile Gloriette au 18e siècle

Date du document : 02/2021

Moulin neuf ou de la Saulzaie ou encore moulin de la ville

Le moulin neuf, également appelé moulin de la Saulzaie (écrit aussi selon les actes Sauzaie, Saulsais, etc.) ou moulin de la Ville, est un moulin à eau. Compte tenu du déficit récurrent de farine à Nantes, ce moulin à eau est dédié à la mouture du blé pour la fabrication du pain.

D’après l’abbé Nicolas Travers, la Ville de Nantes obtient du roi de France, l'autorisation de construire deux moulins sur le pont en 1573.

En 1610, la mairie de Nantes signe le bail pour la construction du moulin à eau sur le pont de la Belle-Croix et en devient ainsi propriétaire. Le moulin fait partie du domaine royal et sa gestion est cédée à un engagiste (on l’appellerait aujourd’hui le syndic) qui le loue à un meunier.

En 1643, le bail du moulin neuf, appartenant à la ville de Nantes et situé près du portail neuf de la Saulzaie (probablement une porte de la ville), est adjugé à la chandelle pour la somme de 1 900 livres. Ce bail comprend également les logements ainsi que les deux piliers du pont qui en dépendent. Les baux des moulins sont généralement constitués de gré à gré, mais parfois ils se font aux enchères par adjudication à la chandelle. Cela consiste à enchérir tant que deux bougies sont allumées. Leur extinction marque la fin des enchères. Une autre chandelle est alors allumée, si aucune autre nouvelle enchère ne survient avant son extinction, l’adjudication est accordée au dernier enchérisseur.

En 1660, Travers écrit que la Loire est gelée pendant cinq mois. Le moulin neuf ne pouvant plus fonctionner, le meunier obtient à titre d'indemnisation une réduction de son bail de 150 livres.

En 1707, Jean Cottineau, seigneur Delablanche, agissant pour les engagistes des biens du roi, loue le moulin neuf à François Daniot, meunier, et Jeanne Vilaine pour 300 livres et 6 gâteaux de fleur de farine de froment au bon beurre pesant chacun 3 livres. Les loyers des moulins peuvent alors être payés en argent, mais aussi en nature.

En 1709, le moulin est brisé par une crue de la Loire. Jeanne Vilaine, malgré la promesse des échevins de le remettre à neuf, ne peut s’en servir pendant trois ans. En 1712, la Ville reconnaît lui devoir 117 livres pour différentes réparations, et l’exonère en 1716 des trois dernières années de bail pour non-jouissance. La famille Daniot aura été meunière du moulin neuf pendant plus de 50 ans.

En 1720, le conseil municipal de Nantes demande la restauration de l'ouvrage afin de garantir l'approvisionnement en pain des habitants de la ville, tout particulièrement quand, faute de vent, les moulins à vent nantais cessent de fonctionner. Compte tenu des travaux d’aménagement de l’île Feydeau, le moulin n'aurait finalement pas été réparé et aurait disparu à cette époque.

Moulin à eau du Chapitre appelé aussi moulin du pain du chapitre de Notre-Dame

L’abbé Nicolas Travers évoque l'existence d'un moulin à eau destiné à produire du froment nécessaire à la fabrication de pain pour les chanoines de la collégiale Notre-Dame : « Le duc fit une fondation le 14 aout 1483 […] pour la mettre à exécution il fit fermer entre la chapelle du Bon-Secours et la Belle-Croix sur le grand pont de Nantes, la moitié d’une des voies d’eau et le tiers d’une autre voie pour la construction d’un moulin à eau : on l’appela le moulin du pain du chapitre de Notre Dame, sa destination ayant été de moudre le froment pour le pain distribué manuellement tous les jours aux chanoines de Notre Dame ».

Les voies d’eau citées par Travers sont progressivement comblées et remplies par des bancs de sable, aussi le moulin du Chapitre n’est-il plus loué et exploité que pour 250 livres. Cette somme ne suffit pas à payer les réparations du pont de la Belle-Croix et du moulin causées par les crues de la Loire et les aléas climatiques. Par ailleurs « les secousses continuelles que donnent les tournants et virants du moulin aux piliers et arcades […] pourraient causer leur chute ».

Dans ces conditions, en 1710, il est demandé « de faire démolir le moulin pour [qu'y] soient, en son lieu et place, construits et bâtis des magazins et boutiques ».

Moulin Grognard

Selon Jean-Baptiste Ogée, le moulin à eau Grognard a été construit en 1608 par la ville. Son histoire se confond ensuite au 18e siècle avec l’aménagement de l’île Feydeau. Il est installé sur une des piles du pont, non loin de la chapelle de Bon-Secours, et en marque l’entrée nord.

Vue du pont de la Belle-Croix

Vue du pont de la Belle-Croix

Date du document : 18e siècle

L’abbé Travers écrit : « La délibération du 14 octobre 1608 nous apprend que l’on travaillait alors à asseoir dans la rivière le second pilier nécessaire pour la construction d’un moulin à eau, placé entre les ponts de Nantes et la Saulsaie et qu’on y bâtit 313 pieux ou pilotis faisant 8 381 pieds de bois. Ce moulin que l’on appela le moulin Grognard et qui ne subsiste plus a beaucoup contribué à la formation de la grève de la Saulsaie aujourd’hui l’ile Feydeau ». Toujours selon l'abbé, la ville en fait l’adjudication le 3 mars 1610 pour la somme de 3 450 livres.

En 1723, dans la cadre d’une opération immobilière concernant l’aménagement de l’île Feydeau, la ville Nantes doit faire démolir à ses frais le moulin Grognard. Ce n'est pas une perte importante pour la communauté car le moulin, qui gênait la navigation au pont de la Belle-Croix, ne fonctionnait plus depuis longtemps.

Disposition de la roue à aubes

Disposition de la roue à aubes

Date du document : 2025

Moulins-bateaux sous le pont

À Nantes, la présence tumultueuse du fleuve Loire qui restreint la construction de moulins à eau fixe et l’absence de vent en automne qui empêche les moulins à vent de tourner entraînent une pénurie récurrente de farine. Les moulins-bateaux apparaissent alors comme une bonne solution pour répondre à ce problème.

Le moulin-bateau est un moulin à eau construit sur une base flottante amarrée à la rive ou ancrée dans le courant qui entraîne la roue. À Nantes, il est construit avec deux nefs (supports flottants), la roue étant placée au milieu. Ces moulins sont ancrés sous tous les ponts de la Loire, des murs de la ville au pont Pirmil. Avant le 18e siècle, ils sont surtout ancrés sous les ponts de la Madeleine et de Pirmil. Ces ouvrages se multiplient surtout au 19e siècle.

Maquette du moulin-bateau du Barrail de la commune de Sainte-Aulaye (Dordogne)

Maquette du moulin-bateau du Barrail de la commune de Sainte-Aulaye (Dordogne)

Date du document :

Citons quelques propriétaires de moulins bateaux sous le pont de la Belle-Croix : 
- En 1817, le meunier Jean Durand obtient la permission du préfet d’établir un moulin-bateau à l'extrémité du pont de la Belle-Croix côté du Bon-Secours, sous une seule arche. En 1818, une seconde arche lui est accordée, le pont en comptant sept.
- En 1818, le fabricant de cuirs Cheguillaume est autorisé à placer un moulin-bateau à tan. Le tan est une poudre fabriquée en réduisant l'écorce de chêne en poudre sous des meules. L'écorce contient des tanins, aux propriétés astringentes, qui lors du trempage des peaux, vont rendre celles-ci imputrescibles en les imprégnant.
- Laurent Fortier est titulaire de deux moulins, à tan et à farine.
- Bosset, garde magasin des subsistances militaires.
- Durand Gasselin, propriétaire.
- Louis Joseph Maillard, propriétaire, demande en 1827 au préfet l’autorisation d’établir un moulin-bateau à farine au pont de la Belle-Croix. Le préfet refuse mais l’accorde à une association ou corporation de boulangers nantais. Cette dernière propose d'installer un moulin-bateau dédié à la production de farine pour les besoins de la population nantaise, sans volonté de spéculer sur les grains ou farines, et ce dans un contexte de disette. Maillard obtient toutefois un accord du préfet en 1830.
- Mariot, expulsé de force par la police en 1837.

L’hostilité de l’administration, des riverains, et des mariniers a parsemé l’histoire de ces moulins-bateaux. Les Ponts et Chaussées considèrent qu’ils gênent la circulation fluviale, retardent les déplacements des chalands et trains de bois, encombrent les berges, détériorent les piles de pont et sont à l’origine de nombreux accidents et naufrages de bateaux. Par ailleurs ils portent un préjudice notable aux revenus des pêcheries affermées par la municipalité de Nantes et situées à proximité des ponts. L’Administration demande très souvent qu’ils soient interdits.

Les locataires des maisons situées quai de l’Hôpital appartenant à l’Hôtel-Dieu et les propriétaires, tant de ce quai que de l’île Gloriette, demandent au préfet « de prendre les mesures nécessaires pour qu’à l’avenir aucune espèce de moulins-bateaux ne soit placée à demeure à l’entrée et le long du quai […] Il est inutile monsieur le préfet de vous parler des incommodités éprouvées par les habitants de ce quartier de la présence de ces moulins ».

Quant aux mariniers, avec l’accroissement du transport par eau, ils contestent leur présence qui est à l’origine de collisions et naufrages.

En 1838, la préfecture décide l’interdiction des moulins-bateaux au pont de la Belle-Croix. Après plusieurs siècles d’activité, les moulins-bateaux disparaissent définitivement à Nantes. Depuis 1836, le pont de la Belle-Croix était alors le seul pont qui hébergeait encore un moulin-bateau.

Ce ne sont pas les meuniers qui ne veulent plus travailler mais l’Administration qui décide d’interdire l’accès à la Loire de leur outil de travail. Face au besoin de farine, pour éviter les disettes ou tout simplement pour disposer d’une offre suffisante de pain pour les Nantais, la municipalité les a pourtant longtemps courtisés quand bien même il y eût des frictions.

Quelques moulins à vent ou à eau sont encore debout aujourd’hui à Nantes. Nous ne trouvons en revanche aucune trace des moulins-bateaux. Cette absence est d’autant plus remarquable qu’à l’exception des archives départementales et municipales, la littérature les concernant est quasi inexistante.

Jacques Puzenat
2026

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En savoir plus

Bibliographie

Travers Nicolas, Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comté de Nantes, tomes 2 et 3, Forest, Nantes, 1836-1841

Ressources Archives de Nantes

BB 27 - DD 338 - BB 61 - DD 35 - BB 70 - BB 71 - BB 73 : délibérations

Ressources Archives départementales de Loire-Atlantique

ADLA 627 S 1 : occupations temporaires (Loire fluviale) : moulins à nef (1817-1838)

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Ancien pont de la Belle-Croix

Loire

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Alimentation Pont Architecture industrielle Architecture agricole Centre Ville

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Rédaction d'article :

Jacques Puzenat

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