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Aménagements portuaires du 19e siècle (6/7) Conserverie Saupiquet

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Monique Arradon


Monique Arradon est une artiste née à Nantes, où elle reste pourtant méconnue. En 2021, à l’occasion du 80e anniversaire de l’Octobre sanglant de 1941, elle a fait don au musée de la Résistance de Châteaubriant d’une sculpture, Hommage aux fusillés de Châteaubriant. Cette œuvre témoigne de ce drame qui l’a marquée durablement, comme les bombardements de l’été 1943. Née le 5 janvier 1931, elle n’avait alors que 10 et 12 ans au moment de ces événements.

Monique Arradon, artiste sculpteure née à Nantes

Monique Arradon, artiste sculpteure née à Nantes

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Une sculpture en hommage aux fusillés de Châteaubriant

Avant même de « monter à Paris » et d’intégrer l’atelier du peintre André Lhote, Monique Arradon a vécu quelques années à Châteaubriant où elle était institutrice remplaçante dans les écoles du secteur et au cours complémentaire. Elle s’est liée aux fermiers Naudin et Robert qui vivaient dans la ferme, située dans la carrière, lieu de la fusillade des 27 otages et devenue aujourd’hui le musée de la Résistance.

Elle y a réalisé des croquis, ensuite synthétisés dans une toile. Plus tard, en sculpture, elle a créé un projet dans la démarche cinétique qui était la sienne. Faute de budget, le projet n’a pas été réalisé.

Longtemps après, dit-elle «  j’ai repris le sujet pour créer la sculpture qui est ici [au musée de la Résistance de Châteaubriant]. J’ai voulu exprimer l’essentiel, qui est structure et mouvement, la calligraphie émotionnelle d’une mise à mort. Le plomb par sa souplesse, sa ductilité m’a permis ce travail. Lié au poteau, le corps s’enroulant autour de lui, chacun décrit un instant de la chute. La patine ennoblit le métal et le fait vivre ; on peut tourner autour de l’œuvre pour découvrir différents aspects ; elle pourrait être coulée en bronze. »

Sculpture « Hommage aux fusillés de Châteaubriant »

Sculpture « Hommage aux fusillés de Châteaubriant »

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Les otages, de taille humaine, en acier poli, devaient être animés par la lumière : pour sa programmation, la lumière blanche suggérait le mouvement de la chute de chaque corps, l’un après l’autre. Puis un éclairage rouge évoquait le sang versé. Enfin, un éclairage général bleu, blanc, rouge symbolisait le drapeau national et la Libération. Pour les cérémonies, une musique accompagnait ce programme lumineux. Il s’agissait d’une œuvre de grande envergure, telle que cette sculpteure monumentaliste en a conçu de nombreux dans plusieurs villes de France. L’œuvre exposée en est le prototype.

Avec la sculpture Hommage aux fusillés de Châteaubriant, Monique Arradon s’inscrit dans la lignée des artistes qui ont honoré de leurs créations les héros de Châteaubriant et de Nantes :
• Les sculpteurs Rohal et Jean Mazuet,
• L’architecte Marcel Fradin,
• Louis Aragon, ses poèmes et son récit signé « Le Témoin des martyrs »,
• Boris Taslitzky et son portrait de Timbaud,
• Les poètes René-Guy Cadou, Pierre Seghers, Pierre Emmanuel, Loys Masson, Francis Combes,
• Les graphistes Ernest Pignon-Ernest, C 215, Jean Perrochaud, Chantal Trubert,
• Les affichistes talentueux, de Simo le premier à Dugudus pour le 80e anniversaire.

« Sa toile est le ciel »

L’œuvre de Monique Arradon ne se limite pas à cette sculpture exposée à Châteaubriant. Elle a participé à de nombreux salons : Salon d'Automne, salon des Indépendants, etc. Il faut reconnaître qu'elle a été à bonne école. Son maître, André Lhote est peintre, graveur, théoricien de l'art et enseignant à l'École nationale supérieure des Beaux Arts. L'académie qu'il a créée à Montparnasse attire de nombreux artistes du monde entier.

Monique Arradon a plusieurs cordes à son art : elle a créé des tapisseries d’Aubusson, dont l'une orne un Boeing d'Air France, des masques, des calligraphies, des encres, etc.

Au croisement de la science et du rêve, elle a travaillé avec le minéralogiste Jean Orcel à la création d'Orphos, projections de cristaux en lumière polarisée dans un univers sonore.

Elle a été la première femme française à réaliser des œuvres cinétiques monumentales pour l'urbanisme à partir des années 1970. Elle a fondé le groupe A-SEMA avec des ingénieurs électriciens, informaticiens, acousticiens et a conçu des études et créations :
• Sculptures : Flammes à Châlons (3 mètres de haut) ; Régate à Trébeurden,
• Fontaines : Orchidée à Bourges, à Nanterre-La Défense,
• Signaux de grandes dimensions pour l'animation des villes : Antinox 93 au Pont d'Epinay (L'Île-Saint-Denis) avec 62 sources lumineuses colorées (23 mètres de haut) ; Amiens (20 mètres) ; Sainte-Geneviève-des-Bois,
• Décor par éléments modulaires en acier inox de la cheminée de 60 mètres de haut de la chaufferie urbaine de Saint-Ouen,
• Des pylônes pour EDF, des projets de tours hertziennes dont deux sont montées à Valence et Vieu-d'Izenave.

Monique Arradon, « Antinox 93 », Pont d’Epinay (L’Île-Saint-Denis)

Monique Arradon, « Antinox 93 », Pont d’Epinay (L’Île-Saint-Denis)

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Ces quelques exemples témoignent du parti pris de l'artiste d'intégrer l'art au quotidien. L’art dans la rue, à portée de regard. L’écrivain André Stil qualifiait Monique Arradon d’« artiste du grand air, ingénieur, architecte, géomètre, chef de chantier. Sa toile est le ciel. » Sa démarche rappelle celle du Bauhaus en Allemagne dans les années 1930 : apporter l’art à tous les niveaux de la vie quotidienne, rendre la ville plus attrayante, plus festive, y apporter de l’imprévu. Nous aurions pu avoir une œuvre monumentale de sa création à Nantes si l’appel à projet – pour lequel elle avait candidaté – à l’occasion de la renaissance du tramway nantais dans les années 1980 n’avait pas été abandonné.

Monique Arradon est également poète. Une association a entrepris de recenser la totalité de ses œuvres afin d’éditer un ouvrage. Voyageuse étonnée d'une vie en escale est paru en juillet 2024.

Loïc Le Gac
2024



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En savoir plus

Bibliographie

Arradon Monique, Voyageuse étonnée d'une vie en escale, Fonds de dotation Monique Arradon, 2024

Guyvarc’h Didier, Le Gac Loïc, En vie, en joue, enjeux, éditions du CHT, Nantes, 2021

Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, Faites entrer l’infini, n°38, décembre 2004

Webographie

Site internet de l’Association Monique Arradon Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

Site internet du Musée de la Résistance de Châteaubriant Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

Site internet du Comité du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

Pages liées

Bombardements

22 octobre 1941 : exécution des 50 otages

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Sculpteur Femme célèbre 2e GM

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Rédaction d'article :

Loïc Le Gac

Témoignage :

Monique Arradon

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