« L’ambiance était plutôt gaie. On préparait la rentrée des classes. La classique foire de septembre était installée sur le terre-plein de la Petite Hollande. Le temps était superbe et chaud. Il y avait un monde fou dans la ville. Au bruit des sirènes, personne n’allait aux abris. On avait tellement l’habitude de les entendre passer pour bombarder Saint-Nazaire qu’on n’y prenait plus garde. »

Jeanne Corpart-Fougerat, qui témoigne pour des élèves en 2004, a 17 ans ce 16 septembre 1943, journée qui bouleverse sa vie comme celle des 195 000 Nantais. On comprend leur surprise. Dès 1938, la ville est dotée d’un service de la Défense passive qui multiplie conseils et abris. Depuis le 27 juillet 1940, les treize sirènes ont retenti 320 fois et la ville a subi huit attaques aériennes qui ont fait cinquante morts. Mais, selon le préfet qui scrute l’opinion publique pour le gouvernement de Vichy, ces bombardements par l’aviation anglaise sont acceptés et compris par les Nantais car ils visent précisément l’aéroport et les usines qui travaillent pour l’Allemagne.

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Tout change le 16 septembre 1943 à 13h 35 : 160 forteresses volantes américaines, visant le port et la gare, bombardent à très haute altitude la partie est de la ville et Chantenay. Le 23 septembre, deux nouvelles attaques, à 8h 55 et 18h 45, détruisent une partie du centre-ville et du port. Le bilan des deux journées est terrible : 1 463 morts, 2 500 blessés, 10 000 familles sans logis et 513 hectares de la ville ravagés. Selon le préfet, une majorité de la population condamne alors ces bombardements ; seuls quelques-uns trouvent une excuse à l’aviation américaine gênée par le brouillard artificiel créé par les Allemands. Vichy tente de récupérer cette détresse en dénonçant ce « terrifiant holocauste » commis par les Alliés. Nantes est en partie évacuée ; jusqu’au 2 août 1944, la ville subit encore seize attaques aériennes responsables de 206 décès supplémentaires. Nantes est à reconstruire, 2 000 immeubles sont détruits et 6 000 inhabitables.

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Les bombardements des 16 et 23 septembre 1943 participent à la construction de l’image de Nantes, « ville résistante et martyre » (Ouest-France, 15 août 1945). Leur mémoire permet d’héroïser les sauveteurs de la Défense passive, de souligner le courage d’édiles municipaux ou d’autorités religieuses par ailleurs soutiens du régime de Vichy. Cette fonction intégratrice, et occultante, de la mémoire trouve cependant sa limite dans la mise en cause récurrente des Américains jugés peu soucieux de la population civile. « Moi grièvement blessée, la maison familiale détruite, nous n’avons pas accueilli l’armée américaine avec enthousiasme », dit Jeanne Corpart. Malgré la rituelle commémoration annuelle, le recueil et la publication de témoignages dans la presse locale aux dates anniversaires, la mémoire des victimes des bombardements de 1943 paraît s’éroder. Peut-être la difficulté à proposer un sens collectif, à la manière par exemple des Cinquante otages, limite-t-elle l’intensité de la remémoration sociale et renvoie-t-elle cette perte et ce deuil à la sphère privée ?

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

Un abri, cours Cambronne

Date du document : 09-1943

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Les bombardements de Nantes pendant la Seconde Guerre mondiale

Immeubles de la place Royale et de la rue La Pérouse détruits par les bombardements

09-1943

Œuvre de l'architecte Driollet et des sculpteurs Ducommun du Locle et Grootaers, la fontaine fragilisée...

Vue de la cathédrale en partie détruite par les bombardements.

09-1943

Dans la « liste des monuments historiques et artistiques, bâtiments, églises, écoles détruits ou détériorés...

Installations portuaires détruites par les bombardements de Nantes au niveau du quai des Antilles.

09-1943

Sur les 93 grues qui bordaient les quais et équipaient le port, 31 grues ont disparue (au lendemain de...

Photographie aérienne des impacts d'obus quai Malakoff et prairie de Mauves à Nantes

1944

Les bombardements de mai à août 1944 seront également dévastateurs.La gare de l'Etat, le quai Malakoff,la...

En savoir plus

Bibliographie

Caillaud, Paul, Les Nantais sous les bombardements 1941-1944, Aux Portes du large, Nantes, 1947

Gauducheau, François, Nantes sous les bombes alliées : une histoire oubliée de la France en guerre (DVD vidéo), Aber images, Brest, 2013

Guyvarc'h, Didier, « Un événement majeur de l'histoire de Nantes partiellement occulté : les bombardements de septembre 1943 », dans Bombardements 1944 : Le Havre, Normandie, France, Europe, Presses universitaires de Rouen et du Havre, Mont-Saint-Aignan, 2016, p. 397-413

Lycée professionnel Michelet, Témoignages sur les bombardements des 16 et 23 septembre 1943 à Nantes, Ville de Nantes, Nantes, 2005

Thomas, Patrick, Nantes : les bombardements, Éd. CMD, Montreuil-Bellay, 1996

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Rédaction d'article :

Didier Guyvarc’h