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Îles et atterrissements (1/2) Casier judiciaire national

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22 octobre 1941 : exécution des 50 otages


Le 22 octobre 1941, 48 hommes sont fusillés par l’armée allemande à Nantes, Châteaubriant et  au Mont-Valérien à côté de Paris, en représailles de l’exécution de Karl Hotz, chef de la Kommandantur à Nantes.

L’engagement du Parti Communiste dans la lutte armée

Dans la seconde moitié de l’année 1941, le Parti Communiste français, alors interdit depuis 1939, s’engage dans la lutte armée contre l’occupant allemand. Bien que de nombreux militants s’impliquent dès 1940 dans des actes de résistance à travers des réseaux clandestins, le parti suivait jusqu’alors les directives de Moscou. Il conservait officiellement une position neutre et pacifiste, dans la continuité du pacte de non-agression signé entre l’URSS et l’Allemagne en août 1939.

La situation change lorsqu’à l’été 1941, l’Allemagne nazie envahit l’URSS. Les militants sont appelés à multiplier les actes de résistance et de propagande antinazis sur le territoire : distribution de tracts, sabotages. Le Parti Communiste appelle à l’exécution de dignitaires de l’armée d’occupation. Le 21 août, le militant communiste Pierre Georges, alias colonel Fabien, tue un soldat allemand au métro Barbès, à Paris. En réponse, l’occupant allemand décide l’exécution d’otages, désignés parmi « les Français en détention par les services allemands ou pour des services allemands en France », pour tenter de stopper les attentats et terroriser la population.

Suite à la déclaration de guerre entre l’URSS et l’Allemagne, les autorités allemandes s’appuient sur une propagande développant la thématique du « judéo-bolchévisme » pour s’attaquer aux communistes et aux juifs, qui seront les principales victimes de la répression nazie.

L’assassinat de Karl Hotz

En octobre 1941, le Parti Communiste envoie trois jeunes militants parisiens à Nantes afin de poursuivre la stratégie de harcèlement de l’occupant allemand : Gilbert Brustlein (22 ans), Spartaco Guisco (29 ans) et Marcel Bourdarias (17 ans). Leur objectif est alors de faire dérailler un train et exécuter un haut gradé de l’armée d’occupation.

Le 20 octobre, les trois résistants installent des explosifs sur la voie ferrée à Chantenay. Tandis que Marcel Bourdarias reste sur place, ses deux comparses se rendent dans le centre-ville de Nantes afin de mener à bien la deuxième partie de leur mission. Ils se rendent dans le quartier de la Kommandantur, le commandement militaire allemand installé à Nantes depuis 1940. La Kommandantur est située sur la place Foch, dans l’hôtel d’Aulx, à proximité de la cathédrale. Rue du Roi-Albert, Brustlein et Guisco croisent le chemin du lieutenant-colonel Karl Hotz, en compagnie du capitaine Wilhelm Sieger. Karl Hotz est un ingénieur militaire allemand ayant vécu à Nantes de 1929 à 1933, lors de sa participation aux premières opérations de comblement de la Loire et de l’Erdre. Connu des Nantais, il est nommé Feldkommandant à Nantes : il est chargé d'administrer le département et de mettre en application les missions dictées par le commandement militaire. Gilbert Brustlein tire et tue Hotz de deux balles dans le dos. L’arme de Spartaco Guisco s’enraie, l’empêchant d’atteindre Sieger. Les deux résistants et leur camarade Bourdarias prennent la fuite. Brustlein parvient à se réfugier à l’étranger, mais Guisco et Bourdarias seront arrêtés quelques mois plus tard et exécutés.

L’exécution des 50 otages

Informé de la mort de Karl Hotz, Otto von Stülpnagel, chef des forces d’occupation allemandes en France, doit faire exécuter 100 otages sur les ordres d’Hitler. Il dresse une liste de noms, aidé du ministère de l’Intérieur de Vichy. Les 50 premiers otages doivent être fusillés dès le 22 octobre et les 50 autres dans les 48 heures suivantes si aucun coupable n’est arrêté. Les otages retenus sont des détenus politiques, mais aussi des anciens combattants et des résistants, de tous âges.

Le 22 octobre, 27 communistes (dont 4 Nantais) sont exécutés dans la carrière de la Sablière à Châteaubriant ; 5 prisonniers nantais sont fusillés au Mont-Valérien, à proximité de Paris ; 16 otages retenus dans les prisons nantaises de La Fayette et des Rochettes sont mis à mort au champ de tir du Bêle. Au total, 48 hommes sont exécutés, 2 noms ayant été rayés de la liste par les autorités pour des raisons administratives : Jules Auffret (39 ans) ; Jean Grandel (50 ans) ; Pierre Guéguen (45 ans) ; An Huynh Khuong (29 ans) ; Eugène Kerivel (50 ans) ; Raymond Laforge (43 ans) ; Claude Lalet (21 ans) ; Julien Le Panse (34 ans) ; Edmond Lefebvre (38 ans) ; Charles Michels (38 ans) ; Guy Môquet (17 ans) ; Henri Barthélémy (57 ans) ; Antoine Pesqué (55 ans) ; Jean Poulmarc’h (31 ans) ; Henri Pourchasse (34 ans) ; Victor Renelle (53 ans) ; Raymond Tellier (44 ans) ; Maurice Ténine (34 ans) ; Jean-Pierre Timbaud (31 ans) ; Jules Vercruysse (48 ans) ; Maurice Allano (21 ans) ; Paul Birien (50 ans) ; Titus Bartoli (58 ans) ; Joseph Blot (59 ans) ; Auguste Blouin (57 ans) ; René Carrel (25 ans) ; Frédéric Creusé (20 ans) ; Michel Dabat (20 ans) ; Alexandre Fourny (43 ans) ; José Gil (19 ans) ; Jean-Pierre Glou (19 ans) ; Robert Grassineau (34 ans) ; Jean Grolleau (21 ans) ; Maximilien Bastard (21 ans) ; Léon Ignasiak (48 ans) ; Léon Jost (57 ans) ; André Le Moal (17 ans) ; Jean Platiau (20 ans) ; Hubert Caldecott (35 ans) ; Marcel Hévin (35 ans) ; Philippe Labrousse (32 ans) ; André Ribourdouille (33 ans) ; Victor Saunier (28 ans) ; Marc Bourhis (44 ans) ; Émile David (19 ans) ; Charles Delavaquerie (19 ans) ; Maurice Gardette (49 ans) ; Désiré Granet (37 ans).

Un tournant pour l’opinion publique

Cet attentat est suivi le 21 octobre par l’exécution de Reimers, un conseiller militaire abattu par le résistant communiste Pierre Rebière à Bordeaux. Cinquante otages seront tués suite à cette nouvelle opération. Le 22 octobre au soir, le maréchal Pétain appelle les Français à cesser les actes hostiles envers l’occupant lors d’un discours radiotéléphonique.

À l’étranger, le président américain Roosevelt et le premier ministre britannique Churchill condamnent ces crimes, qui choquent profondément l’opinion publique. La seconde vague d’exécutions est finalement annulée par les autorités allemandes, qui ne souhaitent pas susciter davantage de colère au sein de la population française. Au final, cette méthode de répression ne porte pas les fruits escomptés par les occupants. L’indignation et l’hostilité que la mise à mort d’otages suscite ne fait qu’encourager davantage d’individus à s’impliquer dans des attentats et actes de résistance qui se multiplient. Le 11 novembre, De Gaulle fait de Nantes la première ville « Compagnon de la Libération ». Les autorités du Reich privilégient alors la collaboration avec la police française, bien que la répression anticommuniste, les exécutions et déportations continuent de faire de nombreuses victimes jusqu’en octobre 1943.

En octobre 1944, le conseil municipal de Nantes rend hommage aux victimes des représailles allemandes du 22 octobre 1941 en nommant l’artère centrale de la ville « Cours des Cinquante Otages ». Quelques années plus tard, en 1952, un monument inspiré des obélisques est réalisé à la mémoire des fusillés par Marcel Fradin et Jean Mazuet.

Noémie Boulay
Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2023

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