Clémence Royer (Nantes, 1830 – Neuilly-sur-Seine, 1902)
Place Mendès-France

La Ville-en-Bois et rue de la Montagne

A

499


Situé au-delà de l'octroi, la Ville-en-Bois fut d'abord un lieu de détente apprécié des citadins. Puis au fur et à mesure de l'urbanisation, il devient un quartier industriel et ouvrier. Sa vocation résidentielle s'affirme au 20e siècle.

Ancien chemin de Nantes à Couëron et limite entre Nantes et Chantenay, la Ville-en-Bois et le Mont Saint-Bernard empruntent leurs noms aux auberges, cabarets et guinguettes qui attiraient les Nantais au début du 19e siècle. 

Au delà de l'octroi

La Ville-en-Bois

La Ville-en-Bois

Date du document : vers 1830

Le quartier est en effet devenu le « Montmartre nantais » à partir des années 1820. « Le dimanche, on voyait des bandes d’ouvriers accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants se diriger du côté de la Ville-en-Bois pour y boire le vin nantais qui s’y débitait à bas prix, parce qu’il ne payait aucun droit. » indique Louis Delattre. En effet, une fois passée la barrière d’octroi située au bas de la rue de Gigant, les Nantais pouvaient se détendre et se rafraîchir à des prix très avantageux. En l’absence de taxation, le vin était « à trois sous contre six à huit à Nantes ».

 

Le temps des guinguettes
 

Les plaisirs de la Ville-en-Bois

Les plaisirs de la Ville-en-Bois

Date du document : 19e

Cet afflux d’amateurs de danse et de vin pousse Jean Bernard, un « cabaretier spéculateur » demeurant à la Musse, à ouvrir « un établissement dansant, bachique et gastronomique ». En 1817, ce dernier est autorisé à « bâtir une maison au lieu-dit appelé la Salle-Verte » sur une butte rocheuse située entre les actuelles rues de la Montagne, Timothée et Saint-Clair. « Le Mont Saint-Bernard » supplante rapidement toutes les guinguettes de banlieue et donne son nom, vers 1847, à la partie du chemin de Couëron qui le borde.

Le succès de Jean Bernard fait rapidement des émules et de nombreux établissements s’installent dans les parages. Des cabarets plus modestes construits à l’aide de simples planches, voient également le jour et inspirent la dénomination « Ville-en-bois ». Leur développement est tel qu’en 1819, un arrêté préfectoral établi des mesures de surveillance auxquelles seuls « les débitants forains, qui vendent dans des cases construites en planches dans lesquelles ils n’ont pas de domicile réel et dont l’établissement ne présente aucun caractère de fixité » sont assujettis.


Des lieux à surveiller

La multiplication des établissements se poursuit jusqu’au milieu des années 1830. Un arrêté du maire, datant de 1836, donne une idée des conditions de ce développement et de la nature des « désordres » qui en découle : « Considérant que les lieux de réunions publiques dits salles de danse, sont devenus par leur nombre toujours croissant, de graves sujets de trouble qu’il est urgent de réprimer (…). Nul ne pourra à l’avenir ouvrir une salle de danse sans être muni d’une autorisation spéciale (...). Les salles de danse, bals publics et cabarets seront fermés à dix heures du soir (…). Nul ne pourra se rendre dans ces assemblées, travesti, déguisé ou masqué, hors le temps du carnaval ; on ne pourra y entrer avec canne, bâton, sabre ou armes (…). Il est expressément défendu d’y danser des contredanses qui pourraient porter atteinte à la décence et aux bonnes mœurs telles que celles dites Chahut, Cancan, Robert-Macaire ».

Le Mont Saint-Bernard, vue prise au niveau de l'actuel numéro 19, rue de la Montagne

Le Mont Saint-Bernard, vue prise au niveau de l'actuel numéro 19, rue de la Montagne

Date du document : fin 19e siècle

Une pétition signée par vingt-quatre cafetiers, aubergistes et cabaretiers de la Ville-en-Bois et du Mont Saint-Bernard révèle une activité encore dynamique en 1852. Cette vocation de lieu de plaisir, de fête et de détente caractérise le quartier tout au long du 19e siècle.


Un quartier industriel

À partir des années 1830, l’implantation des premières conserveries et l’augmentation de la population dans cette partie de la commune engagent un premier processus d’urbanisation sur le côté chantenaysien de la rue de la Ville-en-Bois. L’ancien espace rural se transforme rapidement en espace urbain qui s’adapte aux nouvelles conditions économiques, en dehors de toute planification. Il en résulte un tissu urbain dense au sein duquel usines et habitations s’imbriquent. A partir de ce noyau originel, la ville gagne du terrain vers l’ouest le long du chemin de Couëron et vers le nord, le long de la rue de la Petite-Musse rassemblant les anciens villages et hameaux pour former un nouveau quartier : le Haut-Chantenay, faubourg ouvrier, constitué de rues étroites et sinueuses, héritières d’anciens chemins ruraux.


L’octroi et son influence sur l’urbanisation du quartier

L’octroi apparaît comme un facteur déterminant dans la formation de ce nouveau faubourg à la lisière de Nantes. Cette taxe était perçue sur certaines marchandises avant leur entrée en ville. Institué au 13e siècle, cet impôt avait été supprimé dès le début de la Révolution comme symbole de la féodalité mais il fut rapidement rétabli pour faire face aux dépenses municipales. Ce dernier constituait en effet une des principales ressources des budgets municipaux et son produit servait à alimenter les hôpitaux et les bureaux de bienfaisance. Les taxes d’octroi sont établies à Chantenay à partir du 1er janvier 1826 mais sont moins élevées qu’à Nantes. C’est pourquoi en 1840, Mellinet explique que le faible taux d’octroi chantenaysien sur les produits de consommation permet à la commune de profiter de « l’émigration de la ville où la population est astreinte à un fort impôt dont elle peut se dispenser en allant habiter à quelques pas au-delà des limites de l’octroi. » Cette différence opère une ségrégation sociale et spatiale entre les deux quartiers se situant de part et d’autre du chemin de Nantes à Couëron. Les taxes d’octroi rendant la vie plus coûteuse à Nantes, Chantenay devient un territoire d’accueil des classes populaires. Le moindre coût des denrées quotidiennes et des matériaux de construction favorise alors l’implantation des ouvriers dont le nombre augmente de façon spectaculaire au cours de la première Révolution industrielle.

La rue de la Ville-en-Bois au niveau de l'actuel n°14

La rue de la Ville-en-Bois au niveau de l'actuel n°14

Date du document : 1979

Un quartier commerçant

Ce facteur explique également le caractère commerçant des rues de la Ville-en-Bois et de la Montagne puisque, dans le sillage des cabarets, de nombreux commerces alimentaires se sont implantés le long de cet axe. Cette tradition marchande perdure jusqu’aux années 1960, date à laquelle l’activité amorce un déclin en raison de la fermeture des conserveries et de l’ouverture de l’axe Croix-Bonneau – Gare maritime.

 

Un quartier résidentiel

La formation du Haut-Chantenay est finalisée par son érection en section électorale distincte en 1896. Le quartier est alors essentiellement résidentiel et ouvrier. En 1901, la population chantenaysienne s’élève à plus de vingt mille habitants dont les deux tiers vivent dans le nord de la commune. L’activité industrielle commence en effet à décroître à partir de cette période, la concurrence et le besoin d’espace poussant les entreprises à s’installer dans des zones mieux adaptées à leurs besoins. La Ville-en-Bois et le Mont Saint-Bernard deviennent cependant un foyer de l’action syndicale qui trouve refuge dans les nombreux cafés hérités de la période des guinguettes.

En 1893, le boulevard Pasteur coupe l’ancien chemin de Nantes à Couëron et forme deux voies distinctes : la rue de la Ville-en-Bois et le Mont Saint-Bernard rebaptisé en 1904, rue de la Montagne.

Carrefour de la Ville-en-Bois, avenue Pasteur et rue de la Montagne

Carrefour de la Ville-en-Bois, avenue Pasteur et rue de la Montagne

Date du document : 19e

Au début du 20e siècle, le boulevard de ceinture oriente l’urbanisation d’une façon différente et accentue le caractère résidentiel du quartier. Jusqu’aux années 1950, l’habitat s’implante alors à l’intérieur de ces nouveaux axes et comble les espaces vides entre les principales voies de communication. Il s’agit plus d’un remplissage, sous forme de lotissements, composé essentiellement d’immeubles de bas niveaux ou de maisons individuelles avec un jardin à l’arrière. Cette forme d’urbanisation renvoie encore aujourd’hui une image confuse de la trame urbaine du quartier.

 

Archives de Nantes
2013

En savoir plus

Bibliographie

Archives de Nantes, Autour de la place Emile-Zola, Ville de Nantes, Nantes, 2013 (coll. Quartiers à vos mémoires)

Pages liées

Cafés

Conserveries

Tags

Contributeurs

Rédaction d'article :

Nathalie Barré

Témoignage :

René Lins ,  Marie-Hélène Edelin ,  Jean Brevet

Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.