Nantes la bien chantée : Sul pount de Nanto
Qu'il soit question de Nantes dans une chanson en occitan, voilà qui est intéressant. Que cette chanson soit la plus connue de ce répertoire est encore plus étonnant. Sur l'air fameux de « Se canto » c'est le « pount de Nanto » qui fait parler de lui assez loin de la cité des Ducs de Bretagne et dans une langue qui lui est étrangère.
De l’Occitanie à Nantes : les origines de la chanson
Nantes est la deuxième ville la plus présente dans les chansons traditionnelles, derrière Paris. Le pont de Nantes est un thème très présent dans celles-ci, non pas en tant qu'ouvrage d'art mais comme symbole. Le site de Nantes, premier franchissement de la Loire depuis l'estuaire, est un lieu emblématique. Cité carrefour entre provinces, entre terre et mer, entre fleuve et rivières, Nantes est en fait une ville-pont, au temps où ces chansons de tradition orale se sont répandues, contribuant à sa renommée.
Le pont de l’Erdre, vers 1878
Date du document : 1878
Peut on dire que « Se Canto » est un hymne populaire officieux de l'Occitanie ? C'est une mélodie, avec de nombreuses variantes pour les paroles, qu'on retrouve sur l'ensemble des territoires des parlers d'oc. Le texte d'origine aurait été composé au 14e siècle par Gaston Fébus, comte de Foix et vicomte de Béarn. Le poème s'adressait à sa femme, Agnès de Navarre, retournée vivre dans sa famille, de l'autre côté des Pyrénées. D'où le titre originel « aquelos mountanhos » (ces montagnes) symbolisant cette séparation physique. Le thème est universel, confiant à un oiseau l'expression des sentiments de l'amant malheureux.
La diffusion de la chanson
Parmi les différentes versions collectées et publiées au 19e siècle de la chanson « Se Canto », plusieurs débutent par cette localisation : « sul pount de Nanto », en français « sur le pont de Nantes ». C'est le cas en Roussillon, dans le comté de Foix, de Guyenne, de Gascogne, de Languedoc, ou encore d’Auvergne...C'est la preuve que cette chanson a bien voyagé.
Dans son Anthologie des chants populaires français le compositeur et folkloriste Joseph Canteloube en donne l'explication suivante : « Elle fut très probablement faite par des matelots toulousains transportant le pastel de Toulouse à Nantes pour le compte d'armateurs nantais. Le pastel était cultivé en Lauragais. Le bleu était obtenu sous forme de coque d'où l'expression pays de Cocagne appliquée à un pays heureux et riche. Ce bleu pastel fit au 16e siècle la fortune du Midi de la France. Le pont dont parle la chanson est sans doute celui de Pirmil, situé à Nantes et qui portait, construite sur une arche, une hôtellerie pour les mariniers ».
Vue du pont de pierre de Pirmil
Date du document : Fin du 19e – début du 20e siècle
Ce n'est qu'une supposition. On connaît le rôle joué par les voies navigables et autres rivières dans la diffusion des chansons folkloriques. Les mariniers y ont certainement beaucoup contribué, comme toutes les professions amenées à se déplacer. Toutefois cela n'explique pas pourquoi cette version a pris racine dans des endroits aussi différents. Elle ne représente qu'une petite partie des collectes du « Se Canto », qui n'est plus guère entendue de nos jours. Cette chanson a tout de même réussi à se faire connaître hors de son milieu naturel par l'entremise du chant scolaire, qui en a diffusé une version traduite en français. C'est, sans doute, ce qui explique que des collecteurs à la recherche de chansons traditionnelles bretonnes aient pu en enregistrer un couplet dans un port du Finistère.
Ne parlant pas occitan nous ne voulions pas prendre le risque de déformer cette langue. C'est donc en partant de ce collectage, publié dans la base Dastumedia, que nous avons choisi de réinterpréter une version en français. Nous l'avons complétée par des paroles chantées par un couple de Français pour le célèbre label américain Folkways, spécialisé dans les musiques du monde. Henriette et Elie Zmirou, fonctionnaires en poste aux Nations unies dans les années 1950, ont en effet enregistré un album intitulé « French folk songs » dont cette chanson est l'un des titres. Les paroles que nous publions utilisent ces deux sources pour le français et le recueil de chansons du Languedoc de Louis Lambert pour les couplets en occitan.
Nantes, une ville-pont dans l’imaginaire des chansons
Toutes ces précisions nous font un peu perdre de vue le titre original. D'après nos recherches dans les bases de données de Dastum et d'autres régions, ce sont près de 20 chansons traditionnelles qui débutent par « Sur le pont de Nantes ». On y passe, on y danse, on y fait des rencontres bonnes ou mauvaises, on y trouve l'amour...Mais tout comme le pont de Lyon ou le pont d'Avignon, le pont de Nantes ne fait référence à aucun ouvrage d'art en particulier. Le pont désigne seulement le franchissement du fleuve. On sait qu'à Nantes les ponts étaient nombreux entre les rives sud et nord. Les îles et quartiers entre les ponts, hors des murs de la ville, ont fait de Nantes une ville-pont, notamment dans l'imaginaire des chansons. Certaines, plus anciennes, ont adopté l'incipit « Sur le pont de Nantes » aux 17è et 18è siècles.
Profil de la ville de Nantes
Date du document :
Quoi qu'il en soit, la renommée de Nantes, au travers des chansons, s'est répandue dans tout l'univers francophone. C'est donc sans trop de surprise qu'on chante notre ville dans tous ces répertoires. C'est un domaine qui s'étend au-delà des frontières existantes et jusqu'outre-Atlantique. C'est un phénomène qui fait fi de la barrière linguistique, que les chansons soient en français ou autres dialectes romans, en breton, en italien...et bien sûr, en occitan.
Jean-Louis Auneau
Dastum 44
2026
1. Sur le pont de Nantes
Il est un oiseau
Chaque jour il chante
Son chant le plus beau
S'il chante, S'il chante
Ce n'est pas pour moi
Chante pour ma mie
Qui est loin de moi
2. Dessous ma fenêtre
Il y a un amandier
Porte des fleurs blanches
Comme du papier
Le coucou se vante
D'être un bel oiseau
Il chante et s'allègre
Dessus son coteau
3. Sur le pont de Nantes
Il y a un oiselet
Toute la nuit il chante
Chante pas pour moi
S'il chante, qu'il chante
Chante pas pour vous
Chante pour ma mie
Qui est auprès de moi
Texte original en occitan, d'après Chants et chansons populaires du Languedoc de Louis Lambert (1906) :
Sul pount de Nanto
I'a un auzelou
Toute la neit canto
canto sa cansou
Si canto, que canto
canto pas per jou
canto per ma moi
qu'es alprès de jou
Al founze de l'horto
I a un amelié
que fai de flous blancos
coumo de papié
D'aquelos flouretos
ne sont d'amellous
Per roumpli las pochos
al mieu amourous
Lo coucut se vanto
qu'es un bel auzel
canto e s'alègro
sus soun sarradel
En savoir plus
Discographie
Bibliographie
CANTALOUBE Joseph, Anthologie des chants populaires français, Tome 1, Durand, Paris, 1951, page 76.
LAMBERT Louis, Chants et chansons populaires du Languedoc, H. Welter, Paris, 1906.
Enregistrement
Barberine Blaise, Janick Péniguel, Isabelle Montoir, à Nantes le 14 mars 2026.
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Rédaction d'article :
Jean-Louis Auneau
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