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Musulmans

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La présence musulmane à Nantes est très particulière si on la compare à la protestante, la juive et bien sûr à la catholique : elle est en effet bien plus ancienne qu’il n’est communément admis, et le culte n’est reconnu que très longtemps après la présence de ses pratiquants.

Les premiers musulmans sont en effet attestés au 17e siècle, mais leur présence est marginale, à l’exemple des prisonniers « maures turcs » passés en 1681 ou de cette « Moresque » – esclave ou prostituée ? – dont l’enfant est baptisé à Rezé en 1624 : en fait de musulmans, les Nantais connaissent surtout les « Barbaresques », corsaires marocains et algériens qui capturent régulièrement des équipages.

La colonisation amène les premières vraies présences, mais longtemps considérées avant tout pour leur pittoresque : une partie au moins des figurants du « village noir » de 1904 sont musulmans et conduits par un remarquable homme d’affaires sénégalais, « Jean » Thiam, futur chevalier de la Légion d’honneur ! La couleur de leur peau attire bien plus l’attention que leur religion. De même les travailleurs coloniaux de la Première Guerre mondiale, Tunisiens, Algériens et Marocains, sont-ils reconnus pour ce seul travail, même si les boissons alcoolisées leur sont interdites, et les soldats coloniaux le sont pour leur uniforme : il n’empêche que le rituel musulman est respecté pour les premières inhumations au cimetière de la Bouteillerie, en 1915, même si, la même année, le journal catholique L’Express de l’Ouest s’inquiète de l’éventualité d’une mosquée à Nantes…

Carré musulman, cimetière de la Bouteillerie

Carré musulman, cimetière de la Bouteillerie

Date du document : 23-05-2012

Le départ de la plupart de ces colonisés après 1918, et leur remplacement par des travailleurs venus essentiellement de Bretagne, d’Europe méditerranéenne et d’Europe centrale, font que l’intense xénophobie de l’entre-deux-guerres les épargne quasiment : L’Écho de la Loire dénonce bien les « bicots » en 1921, mais Nantes ne compte plus que dix-sept Marocains et quatorze Algériens en 1936, auxquels il faut ajouter quelques marchands ambulants. Abdallah El Kalib, chauffeur aux brasseries de la Meuse, qui a fondé une famille dès 1914 ou 1915 est donc un cas très particulier et rien ne nous garantit qu’il soit bien musulman.

La religion en effet n’est qu’implicite et supposée, ainsi celle des « Arabes », tous expulsés en octobre 1940 à la demande des Allemands.

L’immigration des Trente Glorieuses

Pour tardif qu’il soit – Nantes ne compte encore en 1956 que 23 Marocains et 10 Tunisiens, et environ 350 Algériens –, c’est bien le phénomène migratoire qui amène à Nantes des musulmans en nombre, et la prise en compte ouverte, et souvent négative, de leur religion : en 1962 ainsi, le recensement distingue les musulmans d’Algérie, faute de vouloir les désigner comme Algériens. En 1963, un agent consulaire algérien est arrêté parce qu’il recense ses « coreligionnaires » et en 1973 encore un ouvrier turc fait l’objet de « sérieuses réserves » sur ses capacités d’intégration notamment parce qu’il loge lui aussi deux « coreligionnaires » et non pas compatriotes. À Nantes comme ailleurs, le vocabulaire de la guerre d’Algérie, qui a conduit à désigner les « indigènes » par leur religion faute de vouloir le faire par leur nationalité, laisse des traces importantes.

Sauf à confondre systématiquement immigrés originaires des pays de tradition musulmane et religion, il est très difficile de mesurer la réalité du phénomène religieux, d’autant que le racisme vise alors l’« Arabe » bien plus que le « musulman ». On peut imaginer, sans grand risque, des pratiques religieuses dans le bidonville du quai Ernest Renaud ou au foyer des Alouettes, mais sans traces connues. En 1975 en tout cas, un premier lieu de culte musulman est ouvert dans une partie de l’église Saint-Michel, à la Croix-Bonneau, et en 1976 la chapelle désaffectée de Malakoff, rachetée au diocèse, devient une mosquée : c’est la naissance officielle du culte musulman à Nantes.

La construction d’une pratique religieuse

Pendant un quart de siècle, à partir des années 1980, l’essentiel de l’immigration étrangère à Nantes vient de quatre États, tous de culture musulmane : Algérie, Maroc, Tunisie et Turquie. Tous les ressortissants de ces pays, bien sûr, ne sont pas musulmans, pratiquants moins encore, mais d’autres immigrés, venus d’Afrique noire en particulier, le sont certainement. On peut donc considérer que la population nantaise potentiellement musulmane s’est accrue de quelques milliers de personnes pendant cette génération.

Le contrôle des lieux de culte devient un des principaux enjeux des luttes internes aux différentes « communautés » : il faut ainsi six ans pour que l’emporte à Malakoff une Association de culture arabe sans doute dominée par les Frères musulmans, autour de deux imams bénévoles qui attirent environ 150 fidèles. L’insuffisance de ce lieu unique, qui attire vers 2 000 environ 800 fidèles, conduit à des improvisations, ainsi dans une salle du foyer Sonacotra de la rue Félix Ménétrier, dans les locaux de l’Association culturelle musulmane de Nantes-nord ou, pour l’Aïd el Kébir et la fin du ramadan, dans le Palais des sports de Beaulieu. Un clergé mieux formé, un mouvement de jeunesse et même… des casques avec traduction simultanée pour les fidèles qui ne comprennent pas l’arabe montrent que le culte s’est bien structuré, jusqu’à la construction presque simultanée, en 2010-2012, de trois mosquées, à Malakoff, Nantes-nord et Bellevue.

Musulmans de Nantes

Musulmans de Nantes

Date du document : 10-01-2006

L’islam nantais évolue aujourd’hui de manière contradictoire. Il reste dominé par les fidèles issus du Maroc, d’Algérie et de Turquie, mais la diversité s’affirme nettement avec des courants portés par des fidèles originaires du Caucase, voire d’Afghanistan, et surtout d’Afrique noire, du Sénégal en particulier, autour de confréries comme celles des mourides et des tidjanes. L’influence des cultures d’origine, d’autre part, semble reculer au profit de la volonté de créer un « islam de France », symbolisé par le Conseil régional du culte musulman mis en place en 2003, seul interlocuteur des autorités pour des questions comme la construction de mosquées, l’ouverture de carrés musulmans dans les cimetières et l’organisation de certaines fêtes religieuses.

Un des meilleurs signes de l’assez bonne intégration des musulmans dans la ville a été fourni ces toutes dernières années par l’absence de phénomènes de rejet analogues à ceux relevés dans divers endroits de France, à la suite de la participation de musulmans à des attentats meurtriers.

Alain Croix
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2013, actualisé en 2018
(droits d’auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Croix Alain (coord.), Nantais venus d’ailleurs : histoire des étrangers à Nantes des origines à nos jours, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2007

Pasquier  Élisabeth, « De l’islam invisible à l’islam visible », Place Publique Nantes Saint-Nazaire, n°20, mars-avril 2010, p. 24-29

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Alain Croix

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