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Moulins nantais et conditions climatiques et météorologiques


L'histoire des moulins en Loire-Atlantique est celle d'un combat permanent contre les caprices de l'eau et du ciel. Entre la puissance dévastatrice des crues de la Loire, les hivers glaciaux et l'irrégularité des vents, chaque type de moulin a dû être adapté pour résister aux aléas météorologiques et climatiques.

Rappelons qu’à Nantes, jusqu’au début du 19e siècle, les moulins à vent sont majoritaires à 80% alors que les moulins à eau fixes ne représentent que 15%, soit une répartition exactement inverse de celle de la France. Les 5% restants sont attribués aux moulins à eau de type moulins-bateaux (estimation).

Les tempêtes

Le moulin à vent s’est imposé en Loire-Atlantique, notamment le moulin turquois puis le moulin tour, en pierre, lourd et stable. Il résiste mieux aux tempêtes hivernales que les anciens moulins dont beaucoup étaient en bois.

Le moulin Loret à Bouguenais vers 1890

Le moulin Loret à Bouguenais vers 1890

Date du document : Vers 1890

Les récits de tempête et ouragans sont nombreux. Ils évoquent des vents violents renversant églises, maisons et moulins. Pour ces derniers, de tels événements arrachent les ailes, brisent les charpentes et peuvent jeter à terre des moulins entiers. Dans les dégâts répertoriés, il n’est pas toujours fait spécifiquement état des moulins mais on peut le subodorer.

En décembre 1655 « vers les 4 à 5 heures du soir il y eut du tonnerre épouvantable […] avec un vent si impétueux et soufflant avec une telle furie qu’il semblait que tout devait tomber. Et de fait il jeta par terre quantité de moulins à vent ». (AM Nantes GG 485)

En juillet 1664 « il fit un orage de pluie mêlée de grosse grêle comme le bout des doigts […] avec des vents […] qui jetèrent plusieurs moulins par terre ». (AM Nantes 486)

L’absence de vent

Bien au contraire, en automne, de longues périodes de calme plat empêchaient régulièrement les ailes des moulins à vent de la région de tourner. Certains vont jusqu’à dire « que l’on compte seulement 100 jours par an de vent suffisant pour faire tourner les moulins ». L’absence de vent est en partie à l’origine de la pénurie de farine dont a souffert Nantes pendant des décennies.

Un arrêt du Conseil d’État de 1721 évoque les pénuries de mouture de farine à Nantes : « […] pour pouvoir prévenir la disette de farine qui est assez ordinaire dans les mois d’automne faute de vent pour faire tourner les moulins à vent et n’ayant qu’un nombre peu considérable de moulins à eau […], il est indispensable de faire venir à Nantes chaque an et tant qu’il sera jugé nécessaire, la quantité de 1000 barils de farine de 200 livres chaque baril […] achetés à Saumur et aux environs » (Archives de Nantes, FF 190).

Arrêt du Conseil d’État du Roi de 1721

Arrêt du Conseil d’État du Roi de 1721

Date du document : 1721

Une autre solution est recommandée par la municipalité : le moulin à bras. En 1729, elle décide de « faire venir de Hollande […] un petit moulin de fer à bras […] pour servir de modèle à ceux des habitants qui désirent en faire fabriquer de pareils à leurs frais […] environ 100 livres et qui permet de moudre 1 setier de bled par jour » (Archives de Nantes, BB79 p.67). Cette suggestion est surprenante, car les moulins à bras furent interdits au Moyen Âge. Actionnés par la force humaine plutôt que par l’eau ou le vent, ils étaient perçus comme une menace au monopole des moulins seigneuriaux et exposaient ainsi leurs propriétaires à de lourdes sanctions.

Les crues et pluies excessives

Jusqu’au 19e siècle, Nantes était traversée par plusieurs bras de la Loire et par l’Erdre, formant un vaste réseau d’îles (île Feydeau, île Gloriette, île Beaulieu, etc.) Cette configuration favorisait :
- Des inondations fréquentes,
- Des zones de courants rapides,
- Des phénomènes d’érosion des berges.

Les crues de la Loire et de ses affluents (Erdre, Sèvre) ont été nombreuses. Elles détérioraient souvent les chaussées, les digues, parfois les fondations du moulin, la roue hydraulique, les meules, les bâtiments. Dans tous ces cas de figure, le moulin était à l’arrêt, ce qui entraînait des tensions sur l’approvisionnement en farine et donc sur le prix du pain.

Les moulins-bateaux étaient particulièrement vulnérables. Installés sous un pont, ils étaient fréquemment brisés, déplacés ou coulés et pouvaient devenir dangereux pour les ponts et la navigation. La préfecture a commencé à refuser les autorisations d'installer des moulins-bateaux dès les années 1820. On proposait alors aux meuniers de s'installer sur des arches « moins fréquentées » pour limiter les collisions en cas de tempête ou de crue.

Pour illustrer ce paragraphe nous n’avons retenu que quelques crues significatives :

1711 : la crue atteignit environ 7,29 mètres à Nantes et provoqua notamment l’effondrement d’une partie du pont de Pirmil. Des moulins ont alors été mis hors service ou endommagés par les violents courants et les niveaux d’eau très élevés.

Carte figurative contenant l'état où se trouvent les pêcheries de Pirmil

Carte figurative contenant l'état où se trouvent les pêcheries de Pirmil

Date du document : 1711

Au 19e siècle, les crues de 1846, 1856 et 1866 ont atteint des niveaux records à Nantes, emportant souvent les roues à aubes des moulins et dégradant les maçonneries.

Hormis leurs conséquences sur le niveau d’eau et les difficultés qui en découlent sur le fonctionnement des moulins à eau, les fortes pluies de longue durée ont eu des répercussions sur l’approvisionnement des moulins en céréales.

Il en est ainsi en 1768. La mairie de Nantes s’inquiète « des pluies continuelles depuis plusieurs mois […] les paysans du diocèse sont dans le plus grand embarras pour battre [les céréales], leurs maisons n’étant pas assez spacieuses pour le faire et il est à craindre […] qu’il vint peu de grains au marché, et que dans ces circonstances […] il était nécessaire d’engager les grands vicaires […] de permettre aux paysans de battre dans les chapelles et églises de leur paroisse ». Les grands vicaires adressent une lettre aux recteurs des paroisses de campagne du diocèse concernant « la permission de battre et nettoyer le bled dans les chapelles et même dans les églises principales des paroisses […] excepté toutefois les dimanches et fêtes » (Archives de Nantes BB 100 p.85 et 87).

La sécheresse

Les moulins à eau installés sur les ponts ou le long des cours d’eau utilisaient la force du courant pour actionner leurs roues et moudre le grain. Lorsque le niveau d’eau baissait fortement lors des périodes de sécheresse, le débit n’était plus suffisant pour entraîner correctement les mécanismes des moulins qui cessaient partiellement ou totalement de produire de la farine.

Les archives de la ville de Nantes gardent la trace en 1421 d’une sécheresse qui a marqué l’histoire. En 1422, le duc de Bretagne Jean V fait don d’un emplacement sur les ponts de Loire à Nantes pour y construire un nouveau moulin à eau. Il justifie cette construction en expliquant que « l’été précédent la sécheresse avait été si grande que le peuple avait souffert de la disette de farine ».

Pour tenter de palier la difficulté, des biefs et digues ont été construits pour mieux réguler l’eau notamment autour des chaussées comme celle de Barbin. Mais ce dispositif ne résout que partiellement le problème. En période d’étiage sévère, même un plan d’eau comme le « lac » de Barbin était abaissé ; on devait réduire le temps de fonctionnement des moulins ou arrêter un ou deux moulins de la chaussée pour conserver un niveau minimal d'eau pour les autres moulins en aval, pour la navigation, l’arrosage des prairies ou les autres usagers de la rivière.

Les moulins-bateaux étaient mieux adaptés aux légères baisses d’eau que les moulins à eau fixes. Leur conception leur permet de suivre le niveau du fleuve en maintenant la roue à aubes dans une position idéale. Mais les grandes sécheresses estivales leur étaient tout de même fatales. Lorsque le niveau de la Loire atteignait son niveau le plus bas, le courant devenait trop faible pour entraîner les grandes roues à aubes.

Les glaces

Lors des périodes de grands froids, la Loire pouvait se recouvrir de blocs de glace qui s’accumulaient et s’entremêlaient sur le fleuve. Ces blocs pouvaient atteindre plusieurs mètres d’épaisseur ou de hauteur. Lorsqu’ils se déplacent avec le courant, ils peuvent heurter la roue à eau voire le moulin et les détériorer. Par ailleurs, ils participent à élever le niveau de l’eau qui alors submerge l’intérieur du moulin.

Pont de la Madeleine

Pont de la Madeleine

Date du document : 1898

Aux premières loges, les moulins-bateaux devaient être déplacés afin d'être préservés d'éventuels dégâts, voire de la destruction.

En 1660, Nicolas Travers écrit que les glaces furent en rivière pendant près de cinq mois. Le fermier du moulin de la Saulzaie obtint pour indemnisation une réduction de son bail de 150 livres.

En 1709 et 1789, les glaces ont broyé les coques des moulins-bateaux et arraché leurs amarres.

En janvier 1792, la municipalité de Nantes, craignant que l’afflux des glaces en Loire causent beaucoup de dégâts aux bateaux qui se trouvent près le pont de Belle-Croix (entre autres les moulins-bateaux), fait poser trois pots à feu sur le pont pour assurer l’éclairage des lieux la nuit (Archives de Nantes, 1D5).

Le 27 décembre 1831, la mairie de Nantes publie un arrêté concernant les mesures de précaution et de sureté à exécuter lors de l’arrivée de glaces en rivière : « Les moulins bateaux devront s’accoster autant qu’ils le pourront de terre s’y échoueront même s’ils le peuvent avant la débâcle des glaces » (Archives de Nantes, 2D 16).

Ces exemples illustrent la vulnérabilité des moulins face aux aléas météorologiques, tout en soulignant les stratégies déployées par les autorités et les meuniers nantais pour protéger ces sites et garantir la continuité de la production de farine.

Jacques Puzenat
2026

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En savoir plus

Bibliographie

Ogée Jean, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, 1778

Travers Nicolas, Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comté de Nantes, Forest, Nantes, 1836-1841

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Moulins-bateaux

Anciens moulins du pont de la Belle-Croix

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Climat Alimentation Architecture industrielle Architecture agricole

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Rédaction d'article :

Jacques Puzenat

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