La Juste
Ancien hôpital et parc Broussais

Face à l’église Saint-Martin, une maison disposée en U s’ouvre au nord sur la rue des Réformes. Il s’agit de l’ancienne maison de villégiature des parents de Jules Verne, où l’écrivain nantais a écrit certains de ses plus grands succès.

Une maison de villégiature sur les bords de Loire

En 1778, la parcelle est occupée par une « maison et jardin appartenant au sieur Courault ». La bâtisse présente une seule aile en retour, côté est, et des jardins en contrebas de l'habitation. Cette « maison à la campagne », qui figure sur le cadastre de 1837 avec les deux ailes en retour, est achetée par Pierre et Sophie Verne dans la première moitié du 19e siècle. Jules Verne, futur écrivain, est alors âgé de 14 ans. La famille Verne, élargie avec cousins et cousines, vit dans cette propriété six mois de l'année, du printemps jusqu'à l'automne. Elle réside sur l'île Feydeau au cœur de Nantes le reste de l'année. La maison et le jardin offrent, à l'époque, un superbe point de vue sur la Loire et les bateaux. Depuis Chantenay, ils peuvent aller rendre visite, par le bac de Couëron, à l'oncle voyageur Prudent Allotte de la Fuye, « confiné dans sa propriété de la Guerche près du Pellerin ». C'est dans cette maison que l'écrivain conçoit De la Terre à la Lune et Vingt mille lieues sous les mers ainsi que deux titres du cycle des Voyages extraordinaires.

Dessin de la façade sur rue de la maison des parents de Jules Verne

Dessin de la façade sur rue de la maison des parents de Jules Verne

Date du document : 1931

Description de la demeure familiale

Peu avant sa mort, l’un des neveux de Jules Verne, Raymond du Crest de Villeneuve, rédige en 1930 une description de l’ancienne maison de villégiature qui appartenait à sa famille :

« Au rez-de-chaussée, on trouvait la cuisine, l'office, la lingerie, un vaste bûcher, un billard, un fruitier et des caves qui venaient s'enfoncer sous la cour d'entrée. La maison était simple et ses pièces très éclairées prenaient jour sur le jardin et la cour. C'était tout d'abord la salle à manger dans laquelle on entrait directement. Carrelée de carreaux rouges, avec quatre petits buffets dans les coins, elle donnait par une grande porte vitrée sur le jardin auquel on descendait par un double perron. Deux portes donnaient accès à droite dans le salon : deux autres portes à gauche menaient l'une aux mansardes où étaient les chambres des domestiques, l'autre par un couloir aux chambres des Maîtres. Il y avait encore à la suite du salon, une ou deux chambres, un cabinet de toilette. Le lieu de réunion de la famille était la salle à manger, parfois aussi, surtout à l'approche de l'hiver, la chambre des Grand'Parents. »

« Plus tard tout ceci se transforma peu à peu [...]. Sur la cour à droite, à la place de petits bâtiments de réserve et de hangars, contre le mur du chemin s'éleva un pavillon à un étage avec deux chambres de plus. La salle à manger devint un grand vestibule ; elle se transporta dans une vaste chambre à gauche ; Un pavillon qui se trouvait à la suite de cette pièce fut aménagé en deux chambres et un cabinet de toilette, enfin à gauche sur la cour, un rez-de-chaussée qu'on louait donnait sur la place de l’Église. Pierre Verne fit organiser au-dessus deux chambres. »

Façade de la maison des parents de Jules Verne, 29 bis rue des Réformes

Façade de la maison des parents de Jules Verne, 29 bis rue des Réformes

Date du document : 03-04-2013

Évocation des jardins

Dans sa description, Raymond du Crest de Villeneuve évoque également les extérieurs de la maison de villégiature, soigneusement aménagés par la famille Verne.

« Du côté du jardin où donnait la façade principale, le double perron était garni d'une glycine dont les grappes violettes et le feuillage s'enroulaient gracieusement autour des balustres de l'escalier. Des Bignonias et des glycines bordaient la façade, sous les fenêtres, et venaient retomber au-dessus du billard et de la lingerie. Devant le perron, des corbeilles de fleurs, zinias, pétunias, géraniums.
Les deux jardins se faisaient suite en terrasse.

Un premier jardin d’agrément offre un lieu de détente pour toute la famille :

« Le premier, planté en jardin français d'autrefois, ne tarda pas à être transformé par Pierre Verne, en jardin anglais ; [...]. Une allée de tilleuls taillées fut la seule partie qu'on en garda le long du mur en terrasse qui dominait le deuxième jardin ; c'était un promenoir bien exposé d'où on voyait la Loire et ses prairies, terminé par une charmille et une tonnelle qui donnaient sur le chemin. [...] J'ai connu dans ce jardin cinq beaux magnolias, sous lesquels couraient une allée ombragée où aimait à s’asseoir la famille après les repas. On soignait et on conservait avec amour ces arbres que j'ai vu grandir, et autour d'eux des massifs d'arbustes et de fleurs. »

En plus de ce jardin fleuri, un potager et un verger permettent aux Verne de se fournir en fruits et légumes :

« Au deuxième jardin, en contre bas du premier, on accédait par un escalier de pierre en forme de perron. C'était le jardin fruitier et le potager le mieux compris et le plus complet qu'on pût imaginer : des carrés égaux, garnis de buis et de fraisiers sur leur pourtour et aussi d'arbres fruitiers, poiriers, pêchers, pruniers, abricotiers, cerisiers, donnaient à la "maison" tous les légumes qu'il fallait. Des fruits ! On n'en savait que faire, certaines années tant ils étaient abondants ! Devant la terrasse, des platebandes bien exposées étaient garnies de fraisiers, des pêchers en espaliers se dressaient contre les murs ainsi que des poiriers et des pommiers ; au bas du jardin encore une allée de tilleuls taillés. »

Plan de la maison des parents de Jules Verne

Plan de la maison des parents de Jules Verne

Date du document : 1931

En 1886, après la mort de Sophie Verne, la maison de Chantenay est vendue. La propriété est aujourd'hui divisée en plusieurs appartements et un cabinet médical. Une partie du jardin a été empiété dans les années 1950 pour construire le futur lycée Bougainville.

Région Pays de la Loire, Inventaire général ; Direction du Patrimoine et de l'Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole
2012

En bref...

Localisation :

Réformes (rue des) 29B ; Eugène Le Roux (rue) 16, NANTES

Typologie :

architecture domestique

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Rédaction d'article :

Frédérique Le Bec

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