Bandeau
Pompiers Église Saint-Similien (1/2)

Légendes nantaises


À la fin du 19e siècle le folkloriste Paul Sébillot va publier de nombreux ouvrages concernant les traditions et contes populaires de Haute-Bretagne. Quelques-unes de ces légendes ont leur origine à Nantes.

La Bête blanche 

Un témoignage recueilli débute par ses mots : « Quand nous habitions la rue Noire, dans mon enfance, les voisins disaient qu’on voyait toutes les nuits une bête blanche, de la grosseur d’un veau, qui se promenait sur les murs ». 

Cette légende de bête blanche n’est pas la seule en Haute-Bretagne. On trouve quelques histoires semblables, comme en Ille-et-Vilaine avec la Bête blanche aussi appelée l’Ourse blanche. Celle-ci sautait sur le dos des hommes pour les voler ou bien des femmes pour les violer. D’après une autre légende des Côtes-d’Armor, près de Quévert, un paysan tire sur une bête blanche « un peu plus grande qu’un veau » qui venait rôder près de sa ferme « tous les soirs, à la tombée de la nuit ». Le Veau blanc était un lutin qui « sous la forme que désigne son nom, frappe au ventre les femmes enceintes pour les faire avorter ; quelque fois il tette les femmes ou emporte leur enfant ».  Cette histoire est contée en 1880 par J. Legendre à Saint-Brieuc-des-Iffs en Ille-et-Vilaine. 

Enfin la Guenne, une bête blanche hantant les châteaux se présentant sous la forme d’un bouc, d’un chien ou d’un mouton n’est pas sans rappeler la légende de la Bigaine et de la Croix de la Bique à Ligné, cette chèvre maléfique qui attaquait les voyageurs.

Ancienne léproserie de Saint-Lazare, rue Noire

Ancienne léproserie de Saint-Lazare, rue Noire

Date du document : 1885-1905

La Voiture de Minuit

« On disait autrefois à Nantes que toutes les nuits on entendait un roulement de voiture, qui passait sur la place Bretagne et dans les principales rues de la ville. On appelait cela : « la Voiture de Minuit et l’on disait que c’était le diable qui se promenait dans cette voiture. » ». Ce témoignage de Mademoiselle Rabine est recueilli en 1897 tandis qu’elle a 90 ans, elle ajoute : « Ma tante maternelle, qui est née et a habité la place Bretagne pendant toute son enfance, me disait qu’au moindre roulement de voiture qu’on entendait un peu tard, elle et ses sœurs se fourraient la tête sous leurs couvertures, dans leur frayeur de voir passer « la Voiture de Minuit » ».

Faut-il y voir un lien avec l’Ankou, personnage folklorique breton associé à la mort, accompagné de sa charrette venant récupérer les âmes des trépassés ? Cette histoire rappelle également le « Death Coach », tradition des îles britanniques mettant en scène « un homme sans tête conduisant un carrosse tiré par deux chevaux noirs » qui vient chercher l’âme qui vient de quitter le corps d’un défunt. Dans l’Indre, à Saint-Pierre-de-Jards, Paul Sébillot recueille la légende du diable « dans un grand carrosse attelé de six chevaux noirs qui jettent le feu par les naseaux ».

Ruelle du Marchix de nuit

Ruelle du Marchix de nuit

Date du document : 1933

La Dame noire et la Dame blanche

« On parlait beaucoup aussi de la « Dame noire », qui disait-on, allait prier à minuit sur la place Viarme, à l’endroit où l’on guillotinait. Dans ce temps-là on disait que cette « Dame noire », était un fantôme, mais j’ai su depuis sa douloureuse histoire, aussi dramatique que le plus noir des romans, et qui, malheureusement pour la pauvre femme, n’était que trop vraie. »

L’histoire de cette femme, sans doute en habit de deuil, n’est pas plus détaillée. Au 19e siècle, la place Viarme, après la place du Bouffay, a été un des lieux d’exécutions capitales, en voici quelques exemples : Jules Verger condamné à mort pour avoir tué ses deux enfants est exécuté place Viarme le 1er février 1854, et Ignacio Yturmendi, soldat espagnol déserteur accusé d’avoir tué un de ses compatriotes est guillotiné sur la place Viarme le 19 avril 1873.

En 1836, un article de l’Ami de la Charte conseillait de « faire les exécutions de grand matin et dans un lieu moins vaste et moins populeux que la place Viarmes ».

Une autre histoire doit être mise en avant : une légende, cette fois-ci en Vendée, évoque la présence d’une Dame noire près du « Chêne chevreux », point de ralliement du général Charette et des troupes vendéennes dans la forêt de Grasla lors des guerres de Vendée. Faut-il faire un lien avec cette légende de Dame noire et l’exécution du général Charette à Viarme en 1796 ?

En décembre 1895, une rumeur circulait dans Nantes qu’une femme « désignée par l’imagination populaire sous les noms de la Dame blanche ou la Dame noire, accostait dans les faubourgs de la ville les passants attardés soit pour les effrayer, soit pour les dévaliser ». Le 18 décembre 1895, vers une heure du matin, Yves-Jules Lainé, homme violent et brutal, demeurant à la Colinière à Doulon, frappa si brutalement « une femme habillée de noir » qui aurait voulu lui arracher sa montre qu’il la tua à coups de pieds. Ivre, après l’avoir mise à mort il hurlait : « Au secours ! À la garde ! Venez voir la Dame blanche je l’ai assommée ! ». La pauvre victime se nommait Marie Deniaud, veuve Monnier, et avait 80 ans, elle avait disparu de son domicile depuis deux jours et ses facultés mentales étaient affaiblies, c’était une femme « au caractère doux et paisible ». Lors de l’audience du 6 mars 1896, Marie Biton, née Caillé, témoigna qu’au moment où se sont passés les faits, tous les habitants du quartier étaient terrorisés par les apparitions de Dame blanche ou noire.

En mai 1905, dix ans après ce sordide fait divers, un article du Phare de la Loire affirmait que cette histoire de Dame noire tirait son origine de la blague d’un plaisantin se déguisant en femme « dans le quartier de Launay et du boulevard Pasteur » et qui abordait des jeunes filles effrayées qui se sauvaient et n’osaient plus sortir le soir. « Ce mauvais plaisant eu des imitateurs. On signala des apparitions dans le quartier des Ponts, sur la route de Paris, dans plusieurs autres endroits encore ». Une marchande de légumes habitant près de Saint-Donatien déclara (hésitante car elle craignait la vengeance de la Dame noire) qu’elle l’avait vue en allant au marché de la Duchesse Anne : « une femme de taille surhumaine, vêtue de noir, portant un grand voile, chaussée de galoches ».

« Femme en noir au manchon », Jules Chéret (1885)

« Femme en noir au manchon », Jules Chéret (1885)

Date du document : 1885

Si toutes ces histoires semblent être des inventions des adultes pour effrayer les enfants, ce pan du patrimoine culturel a forgé l'imaginaire des Nantais et s'est transmis sur plusieurs générations pour arriver jusqu'à nous aujourd'hui.

Kevin Morice
Archives de Nantes
2026

Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.

En savoir plus

Bibliographie

L’Ami de la Charte, 20 août 1836.

Le Progrès de Nantes, 7 mars 1896.

Le Phare de la Loire, 20 mai 1905.

LE DOUGET Annick, Justice de sang, la peine de mort en Bretagne aux XIXe et XXe siècles, 2007. 

Revue des traditions populaires, Recueil mensuel de mythologie, littérature orale, ethnographie traditionnelle et art populaire, tome XIII, Paris 1898.

SÉBILLOT, Traditions et Superstitions de la Haute-Bretagne, Volume 1, Maisonneuve et Cie Éditeurs, Paris, 1882.  

SÉBILLOT Paul, Le folklore de France, le peuple et l’histoire, Éditions IMAGO, Paris, 1986.

Pages liées

Légende : La dame et les chats

Légende : Le dragon du Marchix

Tags

Littérature

Contributeurs

Rédaction d'article :

Kevin Morice

Vous aimerez aussi

Arthur Ier de Bretagne (1187-1203)

Personnalité nantaise

Portant le nom d’un roi légendaire, Arthur Ier de Bretagne concentre « l’espoir breton » lors de son règne marqué par les conflits avec la couronne d’Angleterre.

Contributeur(s) :Eric Borgnis Desbordes

Date de publication : 28/03/2025

2367

Mona Rosalba (1910-1996)

Personnalité nantaise

Figure majeure de la danse nantaise, Mona Rosalba reste peu connue du grand public. Son parcours, rare pour une femme de sa génération, mérite pourtant d'être mis en lumière.

Contributeur(s) :Cécile Gommelet , Isabelle Richard

Date de publication : 02/09/2021

3693

Au début du 20e siècle, les grands principes de la fin du 19e siècle sont maintenus : les travaux ont pour but de faciliter la remontée maritime et les effets de la marée dans le bras...

Contributeur(s) :Julie Aycard , Julien Huon

Date de publication : 10/02/2021

3362