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Jean Bruneau (1921-2001) Boule nantaise

Légende : « La dame et les chats »


Cette légende nantaise fait partie d’un ensemble de contes et de traditions populaires recueillis par Marie-Edmée Vaugeois au 19e siècle.

Marie-Edmée Vaugeois (1841-1921)

Marie-Edmée Pétard naît à Nantes le 1er avril 1841 et se marie dans la même ville en 1863 avec Pierre Marie Vaugeois. Comme l’indique l’ouvrage Les femmes poètes bretonnes elle « manifesta de bonne heure son goût pour la poésie, mais ne se mit sérieusement à l’œuvre qu’après avoir eu le malheur de perdre un enfant (en 1880) ». Elle écrit des poèmes dont un intitulé « Le tombeau des Carmes » sous le pseudonyme masculin de Loïc Trémor et se lance dans le projet de rassembler les traditions populaires et les chansons de la Loire-Inférieure dans des publications telles que Traditions et superstitions de Loire-Inférieure ou Contes et légendes de la Haute-Bretagne. Elle travaille également en collaboration avec le folkloriste Paul Sébillot. Veuve, elle décède le 7 août 1921 au 5 rue Mathelin Rodier.

Le conte

« Il était une fois une vieille dame très riche qui aimait beaucoup les chats. Elle en avait sept ou huit qu’elle faisait manger à table avec elle : chacun avait sa chaise et son assiette. Elle disait toujours que les bêtes valaient mieux que le monde, qu’elle ferait son testament pour ses chats et qu’elle leur laisserait toute sa fortune. Mais elle avait un neveu qui était prêtre. Il aurait bien voulu hériter de sa tante, et ça l’ennuyait fort de voir toutes ces bêtes-là dans la maison. Quand il venait voir la dame, il ne ratait pas une occasion de lui dire que les chats étaient des bêtes du diable et que c’était un péché de tant les aimer. Peine perdue ! la tante ne faisait que rire de ce que lui disait le prêtre, et elle en chérissait davantage ses chats. »

« Vieille femme mangeant du porridge », Gabriel Metsu (1656)

« Vieille femme mangeant du porridge », Gabriel Metsu (1656)

Date du document : 1656

Le symbolisme du chat varie d’un endroit à l’autre du monde « oscillant entre les tendances bénéfiques et maléfiques ». Ici le prêtre, neveu de la vieille dame, en fait un suppôt de Satan « un allié du diable et un animal fétiche des sorcières ».

« Or, une fois, elle fut obligée de s’absenter pendant huit jours afin d’aller voir ses fermiers. Elle dit à son neveu de venir demeurer chez elle, durant son absence, pour veiller à sa maison, et surtout pour bien soigner ses chats. Le prêtre vint donc s’installer chez sa tante. Quand l’heure du dîner arriva, il dit à la domestique de mettre le couvert des chats comme à l’ordinaire. Mais quand les chats furent bien installés sur leurs chaises, il fit un grand signe de croix, et, tirant un fouet qu’il avait caché sous sa soutane, il se mit à frapper les pauvres bêtes qui se sauvèrent un peu partout. Au repas du soir, ce fut la même chose, et tous les jours tant que la dame fut absente. Quand elle revint, la première chose qu’elle demanda, ce fut si les chats avaient été bien soignés. 

— Certainement, répondit le prêtre, j’ai fait tout ce que je pouvais pour eux, mais ce sont des bêtes maudites : elles ne peuvent pas supporter mon costume, et je vous montrerai tout à l’heure que ce sont vraiment des animaux du diable. 

La dame passa dans la salle à manger où le couvert était mis. Les chats, bien contents de retrouver leur maîtresse, se frottaient à sa robe et ronronnaient. Puis, comme la dame prenait place à la table, les chats sautèrent sur leurs chaises. Le prêtre fit alors le signe de la croix. Les pauvres bêtes, croyant qu’on allait les chasser à coups de fouet comme les autres jours, se précipitèrent au bas de leurs chaises en miaulant. 

— Eh bien, ma tante ! dit le prêtre, ne vous avais-je pas dit la vérité. Vous avez vu comme ces maudits animaux craignent le signe de Notre Seigneur ? 

La dame fut très étonnée. Et comme elle avait peur du diable, elle renvoya ses chats et laissa tout son bien à son neveu. » (Témoignage d’Adélaïde Dubréel recueilli en 1858 par Marie-Edmée Pétard.)

Si cette histoire de vieille dame léguant sa fortune à ses chats n’est pas sans rappeler « les Aristochats » réalisé par les Studios Disney en 1970, n’oublions pas qu’en droit français il est impossible de léguer son héritage à son animal de compagnie.

Kevin Morice
Archives de Nantes
2026

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