Parcours de chercheurs : Maryvonne et Gérard-Jean Martin
Ingénieurs

À partir du Moyen Âge, on a qualifié d'ingénieurs les constructeurs d'ouvrages d'art civils et militaires ; ainsi l'aménagement du port de Nantes et de l'estuaire est l'oeuvre d' « ingénieurs » de la Marine (Magin, entre 1753 et 1768) ou des Ponts et Chaussées (Lemierre 1834–1840, Jégou, 1859–1864, puis Lechalas, 1868_1874). Dans l'acception moderne du mot, qui a sa genèse dans la civilisation industrielle du 19e siècle, un ingénieur est un professionnel exerçant des activités de conception, d'innovation et de direction de projets, de réalisation et de mise en œuvre de produits, de systèmes ou de services impliquant la résolution de problèmes techniques complexes.

De la figure héroïque à l’équipe internationale

Ainsi Gustave Eiffel est la figure emblématique française de l'ingénieur, mais Nantes ne figure pas dans la longue liste de ses réalisations ; c'est Ferdinand Arnodin qui y a construit le pont transbordeur, symbole de l'industrie et de la modernité de la ville pendant 50 ans. Qu'ont en commun le Centralien Eiffel et le quasi-autodidacte Arnodin ? Un profil d'innovateur, le premier dans l'utilisation du fer et de l'acier dans la construction, le second dans la technique des ponts à câbles, ainsi que des capacités entrepreneuriales pour conduire des projets ambitieux en s'entourant des compétences de multiples collaborateurs.

La vie économique de Nantes a été marquée par des générations d'ingénieurs, généralement non diplômés à l’exception de quelques cas telle la lignée créée par le centralien Alphonse Lotz (1840-1921) qui, associée à la famille Brissonneau, a été très active pendant plus d'un siècle dans des applications industrielles de la mécanique et de la chaudronnerie au machinisme agricole, aux transports et à la construction.

La construction navale puis, à partir des années 1950, l'aéronautique, ont constitué le royaume nantais des ingénieurs : tous les patrons et de nombreux cadres dirigeants des grandes entreprises de ces secteurs étaient issus de Polytechnique, de Centrale ou des Arts et métiers et les bureaux d'études ont employé de nombreux ingénieurs.

Les ponts, les bateaux, les avions constituent les réalisations emblématiques des ingénieurs. Mais, au début du 21e siècle le contexte de leurs activités est bouleversé : la miniaturisation, la dématérialisation des biens et des services accompagnent les progrès de l'électronique et de l'informatique, la technologie s'enfouit dans les objets de la vie courante. Ainsi, le Smartphone ou l’I Phone que les Nantais glissent dans leur poche n'a rien à envier en termes de complexité à l'Airbus qui les survole.

En un siècle, on est passé d'une économie dominée par le travail de la matière (lourde et localisée) à une économie dominée par le logiciel et l'organisationnel (mobile et diffus) mais aussi d'individualités emblématiques à des équipes d'ingénieurs mettant en commun leur spécialité dans des projets internationaux.

En France, en 2010, le nombre des cadres exerçant la fonction d'ingénieur est estimé à près de 1 000 000 dont environ 750 000 ingénieurs diplômés. En Loire-Atlantique, dont sans doute les deux tiers dans l'agglomération nantaise, on recensait plus de 26 000 ingénieurs en activité (soit près de 5% de la population active) dont environ 7 000 informaticiens.

L’effort de la formation

À partir du milieu du 18e siècle, l'État commence à former les ingénieurs dont il a besoin pour la construction des infrastructures civiles et militaires ; les écoles publiques, puis privées, se développent pour répondre à la demande de techniciens et d'ingénieurs liée à l'essor industriel du pays.

Nantes ne commence à former des ingénieurs que tardivement : pendant près de soixante ans, l’École nationale supérieure de mécanique, issue de l'Institut polytechnique de l'Ouest, créé en 1919, est la seule structure nantaise formant des ingénieurs. Elle est devenue École Centrale de Nantes en 1991.

Une prise de conscience des industriels et des collectivités conduit à créer en 1974 l’École nationale d’ingénieurs des techniques des industries agricoles et agroalimentaire (Enitiaa), établissement public dépendant du ministère chargé de l'Agriculture et de l'Alimentation. Nantes lance ensuite un ambitieux projet de campus technologique sur le site de Chantrerie, réunissant deux écoles de l'Université, l'Ireste (électronique et informatique) et l'Isitem (thermique et matériaux), la quatrième École des Mines que le ministère de l'Industrie souhaitait ouvrir en province, ainsi que l’École supérieure du Bois. Enfin, près de la Chantrerie, s’établit le second site de l'Institut Catholique des Arts et Métiers (Icam).

Cette infrastructure conduit à ce qu’en 2012, plus de 1 100 ingénieurs soient diplômés par les différentes écoles de Nantes, ce qui est conforme au rang économique de l’agglomération.

Depuis le début du 21e siècle, les écoles d’ingénieurs nantaises se sont jointes au vaste mouvement de regroupements et de mises en réseau, qui a modifié le paysage de l’enseignement supérieur français : l’Ireste, l’Isitem (avec l’ESA IGELEC de Saint - Nazaire) ont fusionné en 2000 pour créer Polytech’Nantes, l’École polytechnique de l’Université de Nantes ; l’ENITIAA a fusionné avec l’École vétérinaire de Nantes au sein de ONIRIS (2010) et l’IMT Atlantique est issue de la fusion (2017) de l'École nationale supérieure des Mines de Nantes et de Télécom Bretagne.

 

Deux pôles d’excellence

Désormais, chaque site industriel, pour assurer sa pérennité et son développement, doit démontrer qu'il bénéficie d'un écosystème local régional spécifique et non délocalisable : les écoles, l'Université, les collectivités et les industriels nantais se sont associés pour créer l'Institut de Recherche technologique Jules Verne (2012) et des plateformes Technocampus, dédiées aux technologies avancées de production dans les domaines d’excellence de Nantes et son estuaire : matériaux composites (2009) , digitalisation de l’industrie (2014), alimentation (2018), … Initiatives dont la réussite est déterminante pour l'avenir industriel de Nantes.


Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Rochecongar, Yves, Capitaines d'industrie à Nantes au 19e siècle, Editions Memo, Nantes, 2003

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Rédaction d'article :

Bernard Remaud

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