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Le dessous des sols : Boulevard de la Prairie au Duc – Îlot A2

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Le diagnostic archéologique réalisé par la DPARC boulevard de la Prairie au Duc - îlot A2, en juillet 2013, a été déclenché par la construction d’un immeuble d’habitations sur un secteur relativement méconnu archéologiquement parlant. L’intérêt de l’opération était donc de confirmer la présence ou l’absence de vestiges, ainsi que de documenter le volet géomorphologique de cette partie de l’ancienne île de la Prairie au Duc, qui constitue aujourd’hui l’extrémité nord-ouest de l’Île de Nantes.

Commentaire historique

Si la ligne de ponts reliant le nord au sud de la Loire a fait l’objet de nombreuses études historiques, on ne sait que peu de choses sur l’occupation des atterrissements de Loire avant le 18e siècle, hormis leur appartenance au duc de Bretagne durant le Moyen Âge et, pour certaines, leur retombée dans le domaine royal au 17e siècle.

Détail de la carte d’arpentage des îles et îlots de la Loire

Détail de la carte d’arpentage des îles et îlots de la Loire

Date du document : 1665

L’île de Biesse passe pour être le lieu d’implantation des vikings en 853 après le pillage de la ville mais, à l’exception d’objets mis au jour lors de dragages de Loire, aucun indice ne permet à l’heure actuelle d’en spécifier l’emplacement. Toutefois, les productions iconographiques et cartographiques modernes sont assez nombreuses et riches d’enseignement. Des premiers croquis des îles de Loire au 17e siècle aux plans géométriques des restructurations fluviales du 20e siècle, nous pouvons suivre, au fil de l’eau, l’évolution du cours du fleuve sur près de 300 ans.

Pour la période moderne, ces îles sont essentiellement utilisées comme aires de pacage, à l’exception notable de la ligne de ponts et de ses faubourgs, où, s’étirant en ruban, s’installent maisons, moulins, auberges, boutiques, filatures, tanneries, ateliers et établissements religieux (chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours, prieuré de la Madeleine, aumônerie de Toussaint et couvent des Récollets). A contrario, sur le plan Cacault de 1756, la seule bâtisse que nous connaissions sur la Prairie au Duc, de taille très réduite, est située tout à l’est de l’île. Son statut de zone inondable n’a sans doute pas favorisé l’implantation pérenne de bâtiments à cet emplacement, tout comme sa situation à l’écart de la ligne de ponts.

Plan Cacault vectorisé

Plan Cacault vectorisé

Date du document : 15-10-2013

Le virage de l’aménagement massif de ces îles de Loire s’opère avec la révolution industrielle, qui va totalement restructurer le paysage nantais. Plusieurs raffineries de sucre s’installent au 19e siècle, et l’on peut voir sur le plan Pinson de 1869 les prémices des chantiers navals qui vont structurer l’espace jusqu’au milieu du 20e siècle.

Plan géométral de la ville

Plan géométral de la ville

Date du document : 1867

On profite de ces vastes étendues non construites pour y établir de l’industrie lourde (métallurgie, engrais, ...), bénéficiant de l’accès au fleuve et au chemin de fer, la gare de l’État étant implantée sur l’île depuis 1887. Ainsi, les chantiers navals investissent la Prairie au Duc dans la première moitié du 19e siècle, avec notamment les chantiers Guibert, qui deviendront chantiers Gouïn en 1856. La réunion de la majorité des anciennes îles de Loire intervient peu après, au début du 20e siècle, formant désormais une seule et même entité, l’actuelle Île de Nantes.

L’activité industrielle, jusqu’alors prédominante, s’efface en 1969 au profit de l’installation du Marché d’intérêt national, et les friches se multiplient aux alentours. Le quartier de l’Île de Nantes est aujourd’hui en pleine reconversion, puisque les projets y foisonnent, mêlant immeubles de logements, Palais de justice, École d’architecture, École des Beaux-Arts, Machines de l’île ou encore Hangar à bananes. Dernière évolution en date, le nouveau Centre hospitalier universitaire devrait s’y installer prochainement, en partie occidentale de l’ancienne Prairie au Duc.

Commentaire archéologique

L’opération archéologique a consisté en quatre sondages réalisés à la pelle mécanique, sur une profondeur maximale de 4 m. Aucun vestige n’a été mis en évidence, à l’exception d’une base de grue datée du milieu du 20e siècle. Cependant, toutes les ouvertures révèle la même stratigraphie, composée de remblais de deux types : en partie supérieure se trouve une couche de limon comportant des matériaux de démolition en grand nombre (briques, enrobé, sable, mortier, …), tandis qu’au-dessous se développe une couche mêlant sable, limon, vase et argile, le tout sur une épaisseur de près de 3 m ; enfin, le fond des sondages est tapissé d’un niveau d’argile bleue.

Détail d’un sondage archéologique

Détail d’un sondage archéologique

Date du document : 03-07-2013

Il semble que nous soyons là en présence d’un remblaiement massif de la zone. En effet, les niveaux inférieurs correspondent vraisemblablement à des épandages de sédiments issus des dragages de Loire, qui ont permis l’exhaussement et l’assainissement de la zone pour l’installation d’infrastructures à vocation « industrielle », en particulier les chantiers navals au début du 20e siècle, dont les fondations ont été partiellement conservées. Les couches sus-jacentes s’apparentent quant à elles à des niveaux de destruction en lien avec l’arasement de bâtiments préexistants.

Direction du Patrimoine et de l'Archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2017

En savoir plus

Bibliographie

ARTHUIS Rémy, LACOSTE Nicolas. Nantes (44). Boulevard de la Prairie au Duc – Îlot A2. Rapport de diagnostic archéologique. Nantes : DPARC, 2013. 34 p.

AMOUROUX Dominique, CROIX Alain, GUIDET Thierry, GUYVARC’H Didier. Dictionnaire de Nantes. Rennes : Presses universitaire de Rennes, 2013. 1119 p.

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Rédaction d'article :

Mathieu Laurens-Berge

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