Bandeau
Nantes la bien chantée : War bont an Naoned Manufacture des tabacs

560

Fortifications de 1793


En 1793, Nantes se retrouve au cœur de la guerre civile. Dépourvue de ses fortifications médiévales, des mesures doivent être prises pour défendre la ville contre l'Armée catholique et royale.

Un contexte militaire et politique explosif

Depuis 1792, la France révolutionnaire est en guerre contre plusieurs pays européens, souvent coalisés. En février 1793, la Convention organise une levée de 300 000 hommes pour faire face aux armées étrangères. Cette mesure militaire suscite une vive opposition au sein de la population et fait naître des foyers insurrectionnels en France à partir de mars 1793. Dans l’ouest, une grande armée d’insurgés se constitue : l’Armée catholique et royale. La décision est prise, par les généraux fidèles aux idées royalistes, d’attaquer la ville de Nantes qui n’est plus protégée par ses murailles médiévales et est ouverte de toutes parts ; stratégiquement, c’est un port pouvant accueillir l'armée anglaise qui soutient les insurgés. La ville de Nantes va se fortifier de nouveau pour mettre en échec une attaque coordonnée sur six fronts.

Plan de la place de Nantes

Plan de la place de Nantes

Date du document : 22/09/1796

Une ville sans défense en pleine guerre civile

En juin 1793, trois mois après le début de la guerre civile, tandis que l'Armée catholique et royale menace d'attaquer Nantes, la ville n'étant plus protégée : on fortifie donc à la hâte. Un arrêté du comité central datant du 27 avril a déjà ordonné que « toutes les avenues qui aboutissent aux différentes entrées de la ville de Nantes soient palissadées à doubles palissades de retraites et placées à portée du fusil de toutes les issues. Qu'il sera fait une quantité de chevaux de frise suffisante propre à arrêter la cavalerie, lesquels seront placés dans les lieux qui leur sont propres, sous l'inspection des gens de l'art. Que l'emploi d'une quantité suffisante de charrettes entrelacées et enchaînées les unes dans les autres, paraissant une barrière impénétrable en cas d'attaque, il en sera fait recherche de la plus grande quantité possible pour être employées à cette destination et réparties dans les lieux où elles paraîtront plus nécessaires et que dans le cas où les charrettes ne pourraient se trouver en assez grande quantité, il sera fait recherche de chaînes de navires qui serviront à barrer les issues. La route de Paris, de Clisson et les issues de Richebourg paraissant être les endroits les plus menacés, les précautions indiquées ci-dessus y seront particulièrement appliquées ».

Plan et élévation d’un bureau d’octroi à construire sur un terrain vague près de la route de Paris

Plan et élévation d’un bureau d’octroi à construire sur un terrain vague près de la route de Paris

Date du document : 18e siècle

La construction des fortifications en prévision de l’attaque

Pour l’emploi de ces travaux publics, des fonds sont délivrés à des architectes nantais comme Seheult, Ogée ou Demolon. Dès le 15 juin 1793, des ouvrages de fortifications ont déjà débutés, les citoyens et citoyennes sont invités à se porter avec ardeur à la confection des travaux. Sont construits des redoutes, des levées de terre, des murs où sont pratiquées des meurtrières et des fossés sont creusés tout autour de la ville. La ville est déclarée en état de siège onze jours plus tard.

Dommages de guerre

Dommages de guerre

Date du document : 18e siècle

L’attaque de la Saint-Pierre (29 juin 1793) est un échec pour l’Armée catholique et royale. Dès le lendemain, le Général Beysser ordonne que soit incendiées les maisons offrant à l’ennemi des retranchements derrière lesquels ils pourraient s’embusquer. Pour « éclairer le fort », les murs des propriétés sont abattues, les haies et toutes les plantations sont arrachées. Les pierres des maisons détruites servent aux travaux de défense. Dans l’urgence, certaines habitations sont brûlées sans que les habitants n’aient le temps de récupérer leurs biens. Toutes ses propriétés seront estimées et les propriétaires seront indemnisés plus tard.

Révolution française : attaque de Nantes par les Vendéens, la Journée du 11 Messidor (29 juin 1793)

Révolution française : attaque de Nantes par les Vendéens, la Journée du 11 Messidor (29 juin 1793)

Date du document : 1799

Tout autour de Nantes, en commençant par le faubourg Saint-Jacques, puis depuis le quartier Sainte-Anne jusqu’au-delà de Richebourg, les nouvelles fortifications sont liées par des forts qui protègent les voies principales aboutissant à la ville.

Les travaux des fortifications se déroulent dans un temps de grande sécheresse. Des maçons et des charpentiers travaillent sur les chantiers accompagnés de citoyens volontaires mais également de réfugiés et d’infirmiers réquisitionnés. L’indolence des ouvriers sera pointée du doigts et la proximité de cabarets où vont boire les travailleurs retarde les travaux.

Les levées de terre sont surmontés de parapets longés de chemins-couverts par lesquels on accède par des rampes, les glacis sont recouverts de gazons arrachés dans les propriétés voisines ; les revêtements extérieurs et intérieurs sont élevés en maçonnerie. Au retranchement entre les forts de Miséricorde et de la Route de Vannes, le fossé fait treize pieds de large (environ 4 mètres) et 8 pieds de profondeur (environ 2,50 mètres).

La démolition des fortifications de 1793

Le temps passe et les petits forts devenus inutiles sont démolis au début du Directoire. L’architecte-voyer nantais Mathurin Peccot relate sommairement la chronologie des événements dans une lettre du 3 avril 1804 : « En l'an VI ( 1797/1798) le ministre de la guerre permit aux propriétaires de démolir les fortifications qui existaient sur leur terrain. L'année suivante, la guerre civile s'étant rallumée, on fit relever à la hâte les fossés et les forts, mais depuis l'heureuse restauration de brumaire (coup d'état du 9 novembre 1799 par Napoléon Bonaparte et début du Consulat) les propriétaires ont été autorisés à les démolir ».

Kevin Morice
Archives de Nantes
2023

Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.

En savoir plus

Bibliographie

Chassin Charles-Louis, La Vendée patriote. Tome 2, 1893

Mellinet Camille, La Commune et la Milice de Nantes, 1840

Verger F.-J., Archives curieuses de la ville de Nantes et des départements de l'Ouest

Documentation Archives de Nantes

Cote H2 Carton 9
Cote H4 Dommages de guerre

Pages liées

Dossier : Révolution française

Fortifications

Tags

Extension et limite urbaine Révolution française

Contributeurs

Rédaction d'article :

Kevin Morice

Vous aimerez aussi

La belle attend le retour de son bien-aimé. Un messager lui apporte la nouvelle selon laquelle il a changé de maîtresse. Elle s’enquiert des qualités de sa rivale et apprend que, sans...

Contributeur(s) :

Date de publication : 20/03/2019

1517

Prairie d'Aval

Architecture et urbanisme

Cernée par la boire des Récollets, le bras de Pirmil et la rue de Vertais, la Prairie d'Aval est à partir de 1771, investie par les indienneurs Petitpierre et Favre qui vont développer...

Contributeur(s) :Nathalie Barré , Thérèse Petit

Date de publication : 03/11/2022

997

Pont de Pont-Rousseau

Architecture et urbanisme

Situé à proximité de l’arrêt de bus et de tramway Pirmil, le pont de Pont-Rousseau permet le franchissement de la Sèvre. Cet ouvrage, dont les premières mentions apparaissent dans des...

Contributeur(s) :Julie Aycard

Date de publication : 08/04/2021

1820