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Julienne David (1777 – 1843) Quartier de Malakoff (2/2)

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Fédération des amicales de Boule Nantaise


Créée en avril 1931, la Fédération des amicales de Boule Nantaise se propose d'encourager, de défendre et de propager le jeu de boule tel qu'il est pratiqué dans notre région, et surtout à Nantes où il est en vedette.

La création de la Fédération des amicales de Boule Nantaise

Au 19e siècle, la boule nantaise est d’abord jouée au sein de cercles d’amateurs, avant que les cafés populaires ne deviennent des lieux de pratique pour les boulistes. En 1913 est créée la première amicale de boule nantaise, qui marque le passage progressif d’une pratique informelle à un sport régi par des statuts et des règlements. Il faut attendre 1930 pour voir enfin la perspective fédérative se consolider. Les sociétés nantaises de boule se groupent en associations et créent l’Association des Amicales Boulistes Nantaises (AABN), officiellement déclarée le 24 avril 1931. Les objectifs prioritaires visent finalement à faire reconnaître la boule nantaise comme un sport à part entière. La Seconde Guerre mondiale, puis les années 1960, en instaurant de nouvelles formes de loisirs avec l'avènement de l'automobile et de la télévision, mettent en péril de nombreuses amicales. Les habitudes des clients changent et les cafés populaires se transforment fréquemment en lieux de restauration et d’animation culturelle, voire en autres commerces ou résidences. De ce fait, les salles de boule nantaise sont menacées de disparition. Leur richesse patrimoniale est pourtant indéniable, sa préservation doit constituer une priorité pour la Fédération des Amicales de boule nantaise et les autorités municipales.

Le patrimoine matériel lié à la boule nantaise

Le visiteur est surpris par la beauté et la configuration originale d’une salle de boule nantaise. Son entrée, souvent discrète, dissimule, à l’arrière, une vaste piste incurvée, lisse, délimitée par des madriers de bois appelés talons. L’enchantement qui saisit immédiatement le néophyte est renforcé par la grâce des grosses boules colorées qui empruntent majestueusement les pentes ou qui reposent paisiblement dans les râteliers, aux extrémités de la piste. Les décors muraux complètent l’esthétique des lieux et témoignent de l’histoire de l’Amicale : listes de membres et composition de bureaux, calendriers de compétitions, photographies de figures illustres, tableaux de scores, affiches de sponsors, gravures anciennes. Les trophées glanés par les champions de l’Amicale sont également en bonne place pour témoigner des exploits passés et pour authentifier la gloire sportive.

Ce patrimoine matériel offert au regard est complété par des traces moins visibles, rangées dans les placards, illustrations de l’activité amicaliste : articles de presse, courriers des responsables, notes internes, horaires d’ouverture, convocations aux réunions, règlements.

Chaque Amicale de boule nantaise est un espace délibérément propice à l’accueil du joueur, où il se sent bien, où il se sent un peu chez lui.

Le patrimoine immatériel

La boule nantaise désigne en outre des manières de jouer, propres à la spécialité, la boule devant être déposée délicatement au sol avant d’être doucement propulsée afin qu’elle roule lentement, majestueusement, jusqu’à sa destination finale, la plus proche possible du petit. La posture du joueur résulte de techniques durement acquises – savoir se placer, adopter la bonne trajectoire, éviter les obstacles – et de gestes progressivement assimilés – caler le pied, stabiliser le buste, allonger la jambe, ajuster la main, visualiser la piste. Le spectacle de la compétition ne se conçoit pas sans la beauté corporelle et l’harmonie des gestes.

Les manières d’être ensemble s’ajoutent à la seule exécution technique du jeu. La relation à l’autre compte autant que la performance sportive. Le cérémonial des poignées de main l’atteste. Dès son entrée, le nouvel arrivant est tenu de se conformer à l’usage qui consiste à saluer tous les présents et à leur serrer la main. Il montre ainsi qu’il adhère à la cohésion instaurée par le groupe. Cette démonstration fraternelle contribue à affirmer l’appartenance amicaliste.

Se retrouver autour d’un verre est une autre façon de se comporter avec les autres. Payer sa tournée résulte d’une tradition immémoriale de l’enjeu à travers laquelle s’expriment la confrontation ludique et, après l’affrontement, la réconciliation générale. Suite au déséquilibre provoqué par la victoire des uns et la défaite des autres, la tournée réactive l’unité du groupe.

La logique du défi est aussi une manière d’instaurer une bonne ambiance. Le défi verbal, amorcé par des boutades laissant entendre que l’adversaire n’est pas en forme, complète le défi purement sportif. Le talent du joueur se mesure également à ses performances oratoires, fondées sur la dérision. Les plaisanteries fusent dans une ambiance rivalitaire et, en même temps, fraternelle.

Sur un mode burlesque, le rite de la Fanny donne aussi aux joueurs l’occasion d’affirmer les liens ténus qui les unissent. La Fanny désigne à la fois le fait de ne marquer aucun point à l’issue d’une partie, le personnage féminin grâce auquel les vaincus s’amendent symboliquement de cette défaite cuisante, et, la cérémonie mise en place en son honneur. Les perdants, humiliés par l’échec absolu, doivent rendre visite à Fanny, icône profane, aux fesses opulentes et avenantes, cachée derrière une petite guérite. Les perdants sont tenus de réparer leur mauvaise prestation en embrassant, à tour de rôle, le postérieur de Fanny.

Les pratiques festives sont en bonne place dans la vie de l’amicale, la mémoire des joueurs s’appuie largement sur les excursions annuelles, les banquets, les fêtes de quartier, les buffets proposés lors de la remise des prix. La mémoire collective de l’Amicale conjugue les performances, les sorties, les fêtes. Elle façonne un esprit d’équipe et une identité de quartier.

Les mesures de sauvegarde

La préservation de ce riche patrimoine à la fois matériel et immatériel s’impose avec évidence. Des dispositions adoptées par la Fédération des Amicales de la boule nantaise et des mesures prises par les pouvoirs publics vont dans ce sens.

Une demande a été formulée par la Fédération pour que l’appellation « boule nantaise» soit protégée par l’Institut National de la Propriété Intellectuelle. Nul ne peut désormais se réclamer de la spécialité sans autorisation. L’adhésion, en 2001, de la boule nantaise à la FALSAB (Fédération des Amis de la Lutte et des Sports Athlétiques Bretons) lui a donné plus de poids pour intervenir auprès des institutions et plus de visibilité au sein de la population. Pour preuve, l’organisation, en octobre 2002, dans les locaux de l’ancienne Manufacture des tabacs, des Rencontres internationales de Nantes et, en juillet 2022, Cours Saint-André, toujours à Nantes, d’un Festival des Jeux de Bretagne. La participation des boulistes nantais, cette même année 2022, cette fois sur le site de l’Île de Nantes, à la manifestation Sentez-vous Sport, proposée par le Comité Départemental Olympique et Sportif de Loire-Atlantique, y a également contribué.

Des actions permanentes sont par ailleurs mises en place pour favoriser la pratique de la boule nantaise : initiation de nouveaux publics dans les amicales ; publication d’un Journal trimestriel de la FABN ; réalisation d’une piste démontable et transportable pour participer à des rassemblements festifs et y proposer des démonstrations.

Les responsables de la fédération ont également entrepris des démarches, dès les années 1990, pour une reconnaissance nationale et internationale : texte sur les jeux traditionnels soumis au Parlement européen ; inscription à l’Inventaire national du Patrimoine culturel immatériel ; dossier déposé auprès des instances de l’UNESCO. Ces démarches ont porté leurs fruits puisque cet organisme prestigieux vient d’accepter l’inscription de la boule nantaise à son patrimoine culturel immatériel.

La métropole nantaise, de son côté, mobilise ses moyens pour sauvegarder les amicales. Les subventions annuelles et la mise sur pied d’un Grand Prix de la Ville de Nantes (devenu Grand Prix de Nantes Métropole) en témoignent depuis longtemps. La construction de la salle municipale de la Noë-Lambert en 2008, a entériné cet appui. En outre, le classement des sites grâce au Plan Local d’Urbanisme Métropolitain donne un droit de regard aux autorités municipales sur les projets immobiliers qui pourraient menacer les salles de boule bantaise.

La Fédération des Amicales de la Boule Nantaise et Nantes Métropole rassemblent ainsi leurs forces pour sauvegarder le riche patrimoine de la boule nantaise.

Joël William Guibert
2023

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En savoir plus

Bibliographie

Guibert Joël William, « Jeux et sports traditionnels », La Loire-Atlantique, édition Bonneton, Paris, 1998, pages 152-159

Guibert Joël William, « Le bistrot des boulistes », Revue 303 arts, recherches, créations, n° 158, Nantes, 2019, pages 71-74

Guibert Joël William, « Le jeu de boules : histoire et patrimoine », Conférence, Musée du vignoble, Maisdon-sur-Sèvre, 16 octobre 2020

Institut culturel de Bretagne, Quels loisirs sportifs pour la société de demain ?, Cahiers n° 6, Vannes, 2005

Webographie

La pratique de la boule nantaise au bistrot « Aux p’tits joueurs » Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

Comment jouer à la boule nantaise ? Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

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Boule nantaise

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Association Sport

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Rédaction d'article :

Joël William Guibert

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