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Eugène Cornu (1903-1987)


Coqueluche des plaisanciers d’après-guerre, Eugène Cornu popularise la voile avec des types de bateaux encore célèbres aujourd’hui. Le début de sa précoce carrière est également riche en splendides unités.

Aux premières loges

Bien que né à Lorient, en 1903, Eugène Cornu passe son enfance à Trentemoult où vit sa famille, également très investie dans la construction navale : son père est mécanicien et l’un de ses oncles traceur aux Chantiers de Saint-Nazaire. Il est fasciné par les régates qui se déroulent sous les fenêtres de sa maison. Si sa scolarité se limite à un certificat d’études, il a n’a pas son pareil pour jauger les qualités d’un bateau !

Prendre le large

Poussé par sa passion, il rejoint à 16 ans la région parisienne pour apprendre le métier dont il rêve. C’est ainsi qu’il est accueilli comme apprenti dessinateur par un « pays » : Francis Chaptois. Cette rencontre est déterminante pour le reste de sa carrière, comme il le résume avec élégance dans un courrier qu’il lui écrira en 1954, après la victoire de l’un des ses voiliers à la Coupe de France : « … je vous demande d’accepter de la partager avec votre élève, dont la pensée va vers ses débuts dans votre bureau de l’Île de la Jatte, où vous avez bien voulu me prendre en apprentissage, et vous demande également de trouver dans ces lignes, toute ma gratitude... ».

Une carrière précoce

Quand la société Nieuport décide de fermer son établissement de l’Île de la Jatte pour concentrer toute sa production sur celui d’Argenteuil, Eugène Cornu se sent déjà suffisamment sûr de lui pour proposer ses services chez Jouët à Sartrouville, où il est immédiatement embauché comme dessinateur début 1923. Il côtoie dans un premier temps l’architecte Victor Brix, qui travaille en collaboration avec le chantier, avant de retrouver deux ans plus tard Francis Chaptois, comme patron attitré.

C’est l’époque où il commence à publier dans Le Yacht des dessins personnels pour des voiliers de course de la Jauge Internationale. En 1925, pour la première fois, il signe ainsi les plans du 8 mètres JI qu’il présente : « Eugène Cornu, architecte naval ». Il a 22 ans.

De l’ombre à la lumière

Après le départ de Francis Chaptois, Eugène Cornu devient l’architecte de référence du chantier Jouët. Les commandes sont limitées à cause de la crise économique : il s’agit surtout de vedettes de service pour la Marine ou de canots de secours pour la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (SCSN). Un nom émerge cependant dans ses réalisations de l’époque : la vedette Arielle pour le peintre et navigateur Marin-Marie, avec laquelle celui-ci traverse l’Atlantique en 19 jours. Et en 1936, Eugène Cornu prend officiellement la responsabilité du bureau d’études et approvisionnement du chantier Jouët.

Quelques années plus tard, une rencontre va donner une autre dimension à sa carrière. En 1943, à la demande du champion olympique de voile Jacques Lebrun, il dessine un dériveur habitable et transportable par chemin de fer. Le Belouga est né, qui popularisera la plaisance après la guerre : plus de 1000 exemplaires en seront construits dans différents chantiers.

Un grand nom… commun

En 1946, le voilier qu’Eugène Cornu dessine chez Jouët, Jalina, est pour la première fois signé de son nom. Cette reconnaissance est d’autant plus marquante que Jalina gagne d’emblée la célèbre course-croisière de Cowes (île de Wight) à Dinard, avant d’accumuler les exploits.

L’année suivante, un arrangement permet à Eugène Cornu de dessiner librement pour son propre compte : il devient architecte naval-conseil du chantier Jouët, pour qui il dessine encore une douzaine de voiliers dans les années 1950, dont : Forban V puis VI et Hallali, l’un des derniers grands voiliers de course-croisière.

Il peut maintenant travailler avec d’autres constructeurs français, une quarantaine, pour lesquels il développe aussi bien des bateaux uniques que de série. Très appréciés des plaisanciers, ses voiliers sont alors connus comme des « Cornu ».

Pourquoi brûler ses vaisseaux ?

Eugène Cornu, grand amoureux de la construction traditionnelle en bois, cesse son activité dans les années 1960, quand se répand la mode des coques en polyester. Sa renommée est exceptionnelle, servie par les si nombreux voiliers qui ont remporté des courses ou des succès populaires. Après son décès, en 1987, sa veuve a pour instructions de détruire tous ses plans. Heureusement elle n’en fait rien et les remet à Jean-Pierre Jouët, ancien propriétaire des chantiers de Sartrouville, qui en déposera une grande partie au Musée de la Marine, à Paris.

Gérard Krebs
2023

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En savoir plus

Bibliographie

Auzépy-Brenneur Georges, « Eugène Cornu : architecte naval », Le Chasse-Marée, N°173, octobre 2004

Gilles Daniel, « Le chantier Jouët de Sartrouville », Le Chasse-Marée, N° 159, avril 2003

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Architecte et urbaniste Bateau

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Rédaction d'article :

Gérard Krebs

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