Croix et calvaires
Il subsiste encore quelques croix que le passant peut rencontrer dans les rues nantaises. Sous l’Ancien Régime, un grand nombre de croix et de calvaires a été érigé sur des places ou à l’angle de certains chemins dont voici une liste non exhaustive.
Le calvaire « des trois-crucifix »
À la différence des croix « simples », le calvaire comporte trois croix représentant le Christ et les deux larrons suppliciés. Rue Gaston-Turpin, à l’emplacement de l’actuelle maison de retraite Saint-Joseph, un calvaire s’élevait autrefois sur la tenue dite des « Trois-Pendus », également appelée des « Trois-Crucifix ».
« Calvaire breton », Prosper Barbot
Date du document : 1829
Sur les lieux du supplice
Au 3e ou 4e siècle, les « Enfants-Nantais », les frères chrétiens Donatien et Rogatien, sont exécutés sous le règne de l’empereur Maximien. Selon la tradition, leur supplice aurait eu lieu à l’emplacement de l’actuel 63 rue Dufour où ont été érigées deux croix. Détruites en 1793 lors de la Révolution française, deux nouvelles croix en bois sont installées au même emplacement en 1816 avant l’érection des croix en granit datant de 1896 que l’on connait aujourd’hui.
Anciennes Croix du Martyre des Enfants Nantais, Saint-Donatien et Saint-Rogatien, rue Dufour
Date du document : Fin 19e siècle
Après l’exécution de Gilles de Rais le 26 octobre 1440, une croix de pierre marquait avec la chapelle Notre-Dame-de-Crée-Lait l’emplacement où le baron de Retz avait été pendu. Bien plus tard, après l’exécution du général vendéen Charette sur la place des Agriculteurs en 1796 (actuelle place Viarme), une croix est érigée sur le lieu où il fut tué. La croix de Charrette changea de place plusieurs fois. Elle se trouve à présent à l’angle de la rue Félibien et de la place Viarme, à plusieurs mètres de son emplacement initial.
La Croix-Blanche, la Croix-Verte…
Certains édifices portent des noms de croix liés à des couleurs comme la raffinerie de la Croix-Blanche rue Richebourg, l’auberge de la Croix-Verte dans le quartier du Marchix (sans doute liée au nom de la croix éponyme qui se trouvait à l’angle de la rue des Hauts-Pavés et de la rue Noire) ou encore la maison de la Croix-d’Or dans le même faubourg. Lorsqu’en 1673 la ville fait paver le chemin de Paris (actuelles rue Général-Buat et rue Dufour), il y est indiqué que le tronçon restauré partira de l’ormeaux des Chartreux jusqu’à la « Croix-Rouge ».
Les croix des mottes Saint-André et Saint-Pierre
Les actuels cours Saint-André et Saint-Pierre sont d’anciennes mottes périurbaines sur lesquelles ont été dressées des croix aujourd’hui disparues.
Une première croix fut érigée en bas de la motte Saint-André dans l’ancien cimetière Saint-Léonard (ou Saint-Cyr). Elle se nommait « Croix de Saint-André, parce qu’elle dominait la rue de ce nom (actuelle rue Préfet-Bonnefoy, où il y avait autrefois une croix au niveau de l’angle de la rue Monfoulon) ». Au pied de cette croix qui appartenait au fief de Saint-Cyr, la prieure de Saint-Cyr percevait un droit de chanson des nouvelles mariées : « quelle chanczon ils doyvent dire le lundi prochain des grans Pasques, devant la croez estante au cymetière ». D’après La tradition en Poitou et en Charentes : art populaire, ethnographie, folklore, hagiographie, histoire, le droit ou devoir de chanson obligeait la jeune mariée à apprendre un répertoire « assez considérable » de chansons sous peine d’être condamnée à payer une redevance à l’abbaye.
L’autre croix était sur la motte, à la sortie de la rue Saint-Clément. Elle avait été déplacée en 1609 par autorisation du Chapitre à qui appartenait la motte Saint-André, puis restaurée par les soins de M. Juchaut. En 1610, celui-ci est autorisé par le Chapitre à y apposer ses armoiries, à condition que ses « armes » soient au derrière de la croix pour que les armes du Chapitre soient visibles face à la rue Saint-Clément. Le piédestal de la croix disparue était encore visible en 1744 ; son ancien emplacement est approximativement au niveau de l’angle des rues Maréchal-Joffre et Sully, où se trouve aujourd’hui l’Hôtel Ceineray.
Concernant la motte Saint-Pierre, sa croix est mentionnée en août 1578 lorsqu’il est prévu d’aplanir le bas de la motte « depuis la croix jusqu’au parapet ». Elle est également évoquée comme repère géographique lorsque le duc de Mercœur fait construire le bastion de la motte Saint-Pierre en 1597 (démoli en 1742) : la grande croix de pierre « etoit vis-à-vis la rue des Minimes [ancien nom de la rue Malherbe] ». Au 18e siècle, les chanoines de Saint-Pierre sont autorisés à faire graver leurs armes sur une nouvelle croix érigée sur la motte en remplacement de celle évoquée en 1578.
Détail des mottes Saint-Pierre et Saint-André issu d’une vue cavalière de Nantes
Date du document : Fin du 17e siècle
Les croix de la paroisse Saint-Similien
Mis à part la Croix-Verte et la croix de Charette, d’autres monuments bordaient les voies de la paroisse Saint-Similien. Ainsi, on peut dénombrer de nombreuses croix, comme celle qui était à l’angle des actuelles rues Noire et Haute-Roche ; en 1731 cette croix de pierre près d’un chemin creux « absolument impraticable » est évoquée comme ayant été « jadis […] à la rencontre des deux chemins et est depuis quelques années enfermée dans le mur de ladite cour ». Il y avait également la Croix-du-Marchix et deux autres près du cimetière Miséricorde, dont la Croix-de-Saint-Yves. Au milieu du 18e siècle étaient encore visibles deux croix sur la place Viarme, « la Croix de Saint-Michel » et une autre appelée « Croix de Victoire ».
Plan du chemin neuf de la route de Vannes et de Rennes arrivant à Nantes
Date du document : 1750
Une longue liste…
Croix-des-Herses au sud de Nantes, Croix-Bonneau sur la place éponyme, Croix-de-Gatineaux là où se trouve aujourd’hui la place de l’Édit-de-Nantes, Croix-des-Gohards à Doulon, Croix des Capucins à l’Hermitage, Croix-Cathuis sur la route de Paris, etc. Aucun faubourg de Nantes ne se trouve démuni de croix.
Kevin Morice
Archives de Nantes
2026
En savoir plus
Bibliographie
Travers Nicolas, Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comté de Nantes, tomes 1 et 2, Forest, Nantes, 1836-1841
Durville Georges, « Études sur le vieux Nantes », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de la Loire-Atlantique, Société archéologique et historique de Nantes et de la Loire-Atlantique, 1899
Brugnola Gildo, Histoire du culte de Notre-Dame de Miséricorde à Saint-Similien de Nantes, 1954
Ressources Archives de Nantes
DD 177 : biens communaux, Eaux et Forêts, Travaux publics, Voirie. Routes et chemins, banlieues (1667-1739)
Pages liées
Tags
Contributeurs
Rédaction d'article :
Kevin Morice
Vous aimerez aussi
12 août 1944 : Libération de Nantes
Événement historiqueAprès quatre années d'occupation, les Alliés entrent dans Nantes le 12 août 1944. Les Allemands viennent alors de quitter la ville après avoir saboté ponts et équipements portuaires.
Contributeur(s) :Musée d'Histoire de Nantes - Château des ducs de Bretagne , Andrée Allio
Date de publication : 07/08/2019
10782
La Cloche
Société et cultureVider un bock de bière ou une fillette de muscadet, fumer une pipe, un cigare ou une cigarette en écoutant les histoires ou élucubrations de diseurs et autres chansonniers, voilà la...
Contributeur(s) :Stéphane Pajot
Date de publication : 06/11/2023
2252
Ancienne motte Saint-André
Architecture et urbanismeL’actuel cours Saint-André tient son nom d’une ancienne motte, élévation à la périphérie de l’enceinte fortifiée. Bordée autrefois de deux voies antiques, ce lieu escarpé a connu cimetières...
Contributeur(s) :Kevin Morice
Date de publication : 29/11/2024
1238