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Eugène Livet (1820-1913)


Eugène Livet est une personnalité importante du monde éducatif et de la formation professionnelle. En 1846, cet Angevin fonde à Nantes un établissement qui forme les élèves aux métiers manuels, tout en leur dispensant un enseignement générale classique.

L’enfance et la jeunesse d’Eugène Livet

Alexandre Eugène Livet naît le 13 août 1820 à Vernantes. La mère d'Eugène Livet, Marie Elisa Landry y est postière. Son père, Guillaume Livet, gendarme, est ensuite affecté à Bourgueil, chef-lieu de canton angevin, puis à Beaufort-en-Vallée en 1827. Eugène Livet est issu d’une famille de classe moyenne de six enfants : il est le quatrième enfant, mais le premier garçon.

Il a une grande envie d’apprendre mais n’aime pas l’école de son époque. Les professeurs tapent à coup de rouelle de cuir épais à chaque faute : c’est la patoche. Son premier rêve était de s’engager comme élève-trompette à l’école militaire de Saumur, son second rêve était de faire une longue série d’études pour monter en grade et devenir général. Il s’ennuie au collège quand la Mairie de Beaufort lui propose un poste de moniteur – assistant de l’instituteur – dans une école mutuelle primaire à Mazé. Il a 14 ans.

Avec toujours ses rêves de soldat en tête, il accepte pour compléter l’instruction insuffisante de son collège. Il reste deux années dans cette école sous la direction de Monsieur Guerrier, un maître normalien réputé. Malheureusement, c’est une expérience sans profit pour lui car son directeur est chargé d’une classe de 135 élèves et donc il n’a pas le loisir de l’instruire. Il entre alors à l’École Normale d’Instituteurs d’Angers.

La formation d’Eugène Livet à l’École Normale d’Instituteurs

Grâce à ses capacités, Eugène Livet est admis quatrième sur 12 et intègre une classe de 24 normaliens, la plupart issus de familles de condition humble. Il dira que ses professeurs étaient d’excellents maîtres. Il finit cinquième la première année. La deuxième année, en 1837, est semblable à l’année précédente : les mêmes camarades de promotion, les mêmes professeurs, et les mêmes ouvrages d’études. Ainsi s’achèvent ses études à l’École Normale d’Angers. En ce 5 septembre 1838, il obtient donc son brevet supérieur et estime qu’il en sait désormais assez pour revenir enfin à son objectif initial : rentrer dans l’armée. Mais son père s’y oppose suite à la naissance de son petit frère Arthur : il se sent vieillir et estime que son fils est le soutien dont il en a tant besoin. Il ne le lâchera pas et Eugène accepte de faire une ou deux années supplémentaires dans cette profession qui lui est encore tout à fait étrangère. Toutes ses décisions le conduisent à devenir maître d’école dans un petit village de Maine-et-Loire appelé la Pouëze.

Les débuts en tant qu'instituteur

Lors de ses débuts en tant que maître, Eugène Livet accumule beaucoup de reproches suite à sa façon d’être et à ses prises de libertés avec ses fonctions, car il fait aussi office de secrétaire de mairie. Il s’accroche malgré des conditions de travail pénibles pour enseigner comme la taille de la classe, les tenues inappropriées pour une classe de l’époque, l’absence de logement pour l’enseignant et de mobilier. Il fait cependant ses preuves et devient maître-formateur à l’École Normale d’Angers à l’âge de 21 ans.

La création de la pension Notre-Dame

Eugène Livet rêve d’un autre système éducatif et décide de s’installer à Nantes pour dispenser son propre enseignement : celui-ci consiste à former des jeunes aux métiers techniques, en leur donnant un socle général tout en pratiquant dans les domaines en question. En 1846, il fait l’acquisition de son premier établissement à Nantes, la pension Notre-Dame. Lors de la première rentrée scolaire de l’institution, 80 élèves sont inscrits. La formation dispensée au sein de l’établissement connaît rapidement un fort succès : 10 ans plus tard, on enregistrera 200 élèves.

En 1846, Eugène Livet s’est aussi marié avec Anne Trielle, qui le soutient dans son projet. Ensemble, ils ont en 1847 une première fille, Anne Livet, et en 1851 un fils, lui-même nommé Eugène Guillaume, et deux petites filles qui mourront en bas âge.

Un succès qui attise la jalousie

Le succès de son école ne tarde pas à parvenir aux « concurrents directs » d’Eugène Livet, c’est-à-dire les écoles religieuses, les maîtres de pensions, et surtout l’école professionnelle municipale. On envoie des inspecteurs d’académie au pensionnat Notre-Dame en espérant que ceux-ci ramènent un rapport rempli de faits qui justifieraient la fermeture de l’établissement. Mais ces fameux rapports ne  mentionnent rien de négatif à l’encontre de l’établissement d’Eugène Livet. Au contraire, il reçoit des éloges et sa notoriété s’accroît d’année en année.

On sait peu de choses de la vie personnelle d’Eugène Livet sur cette période : ses relations avec sa femme se dégradent et il obtient le divorce pour faute et la garde exclusive de leurs deux enfants. Sa femme quitte Nantes avec le petit Louis qui porte le nom de Livet bien que né de sa relation adultère.  

En novembre 1877, sa fille, mariée à Louis Déluen, pharmacien à Nantes, meurt en donnant naissance à une petite fille.

L’établissement de Livet devient une École Nationale Professionnelle

À la fin du 19e siècle, l’enseignement technique se développe en France, et l’État crée des Écoles Nationales Professionnelles : le 9 juillet 1881 l’école de Vierzon, le 26 juillet 1882 l’école de Voiron, le 10 mars 1882 l’école d’Armentières. L’État est intéressé par l’institution de Livet déjà équipée. Eugène Livet vend son établissement afin de rembourser les dettes contractées pour l’agrandir et le moderniser depuis sa création. Le 13 octobre 1898, l’école de Livet à Nantes devient donc la quatrième École Nationale Professionnelle (ENP). Le vieil instituteur quitte son école avec son fils, devenu directeur, et s’installe à quelques pas, place Notre-Dame. À son départ, Eugène Livet reçoit les remerciements de ses anciens élèves, des professeurs et de tous ses proches. Première déception : suite à la vente de l’école, son fils trouve à s’employer mais à Paris. Il quitte la ville définitivement, et son père qu’il n’a jamais quitté. Un an après la vente de son établissement, les professeurs de l’institution quittent à leur tour l’établissement alors qu’ils pensaient être conservés. Nouvelle désillusion. Toutefois, l’État donne son nom à l’ENP au lieu de la désigner par le nom de la ville, comme se fut le cas pour les trois autres écoles. Le nom conservé jusqu’à aujourd’hui par l’établissement reste le sien.

En 1910, l’École Nationale Professionnelle déménage au 16 rue Dufour : elle change de quartier. Une page se tourne. Les anciens locaux sont rachetés par la commune pour installer la bourse du travail. Une seule aile subsiste aujourd’hui de l’institution bâtie par Livet. Eugène Livet vieillit loin de l’école qui porte son nom et loin de son fils avec lequel il correspond. Les Nantais le reconnaissent cependant encore dans la rue.
Les hommages rendus à Eugène Livet après son décès

Le vieil homme s’éteint à quatre heures du matin le vendredi 22 août 1913. Les obsèques d’Eugène Livet ont lieu le 25 août 1913 à l’église Paroissiale Notre-Dame de Bon-Port et son inhumation au cimetière Miséricorde à Nantes, trois jours après sa mort. De nombreuses personnes viennent lui rendre un dernier hommage, sa famille, ses amis, ses élèves et collègues mais aussi de personnalités importantes de la ville ou de l’éducation. Des cartes postales sont éditées à cette occasion et témoignent de l’importance du personnage.

Le 3 septembre, le maire Paul Bellamy donne à la place Notre-Dame le nom de place Eugène Livet. Dès la mort d’Eugène Livet, un projet de buste, financé par la municipalité pour orner sa tombe voit le jour, mais l’œuvre ne sera mise en place qu’après la Grande Guerre de 1914 à 1918.

Le 8 mai 1972, une rue à son nom est baptisée à Vernantes, sa ville natale. Le 8 avril 1995, une plaque commémorative est installée sur la maison où il est né. Le 14 septembre 2013, sur la bibliothèque Eugène Livet, une plaque commémorative est inaugurée pour rappeler ses premiers pas en tant qu’instituteur à la Pouëze. À Nantes, le 6 octobre 2017, un passage reliant la rue Désiré-Colombe au jardin Say prend son nom.

Élèves du BTS électro-technique du lycée Eugène-Livet, promotion 2022-2024
2023

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