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Logements et équipements cheminots de Doulon Charles Ange Laisant (1841 – 1920)

Cités de relogement du Pin Sec


Dans le cadre de la création d’un nouveau quartier administratif dans le centre-ville de Nantes, plus de 550 logements sont construits entre 1954 et 1962 au Pin Sec pour reloger les habitants du Marchix, un quartier insalubre touché par les bombardements.

Des logements HLM pour reloger les habitants du Marchix

La construction de logements sociaux au Pin Sec par l’Office Public d’HLM de Nantes s’inscrit dans le programme de renouvellement urbain du Marchix. Dans le cadre du Plan d’Aménagement de la ville de Nantes du 27 août 1948, la municipalité nantaise a pour projet de réhabiliter ce secteur du centre-ville, réputé insalubre, pour le transformer en un véritable quartier administratif. Le ministère des Postes, télécommunications et télédiffusion (PTT) souhaite y faire construire un nouvel Hôtel des Postes. Le projet comprend également la création de nouveaux bâtiments pour la Caisse Régionale de Sécurité Sociale. Envisagé dès 1927, cette opération nécessite la destruction de nombreuses habitations du Marchix où vit une population majoritairement pauvre.

Une première opération de 191 logements

Dans un premier temps, un programme de 333 logements à construire aux lieux-dits du Pin Sec et de la Lande doit être financé par le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Le premier est situé à proximité de l’actuelle rue de Valenciennes à l’est de Nantes tandis que le second est localisé aux environs de l’actuelle rue du Fer-à-Cheval à l’ouest de la ville. Afin de mener à bien ce projet, la Ville de Nantes fournit gratuitement les terrains nécessaires à l’Office Public d’HLM de Nantes, pilote de l’opération. Au Pin Sec, une parcelle de 2 hectares, incluse dans la propriété de la Grande Garenne, entre en possession de l’Office.

En mars 1954, Charles Friesé et Louis Teffaud sont engagés comme architectes pour la construction des deux cités. 191 logements doivent être implantés au Pin Sec, en immeubles collectifs et en maisons individuelles. Cet ensemble est également destiné à accueillir cinq boutiques. En juillet de la même année commence officiellement le chantier. Début 1957, une première fraction de travaux est terminée. Au Pin Sec, 93 logements sont investis par des locataires entre le 22 février et le 1er juillet.

Des litiges entre l’OPHLM de Nantes et les entrepreneurs

Au début de l’année 1958, les 152 logements restants sont achevés au Pin Sec et à La Lande. La cité de relogement du Pin Sec comprend au total quinze maisons, dont une réservée au concierge, et neuf immeubles. Ces derniers s’élèvent sur deux à quatre étages et offrent un nombre variable de pièces, les plus grands logements étant les maisons individuelles. Chaque appartement ou maison est doté du confort moderne avec cuisine, salle d’eau et toilettes. Cinq de ces logements collectifs accueillent un commerce.

Sur les 20 000 mètres carrés de terrain, 11 600 sont réservés aux espaces verts agrémentés d’arbres, d’arbustes et de haies. Un plateau d’évolution dédié aux activités sportives, des bacs à sable et des bancs en ciment viennent en complément.

Lors de la réception des travaux, des taches d’humidité ainsi que des fissures sont constatées sur certains murs des immeubles du Pin Sec et de la Lande. Par conséquent, les travaux de maçonnerie, effectués par l’entreprise Sainrapt et Brice, sont refusés par l’Office Public d’HLM de Nantes. Cette dernière accuse l’entreprise d’être responsable de ce défaut de perméabilité. Sainrapt et Brice se défend : dans son devis de 1954, elle avait proposé la pose d’une peinture devant assurer l’étanchéité des murs. Dans un premier temps, cette proposition avait été validée par l’Office, avant que celui-ci ne la supprime dans le but de faire des économies financières.

À la réception des travaux, l’entreprise propose de remédier au défaut d’étanchéité par l’application d’une peinture spéciale, solution jugée insuffisante par l’Office. Le 1er août 1958, ce dernier saisit le tribunal administratif de Nantes en vue de faire constater l’état des bâtiments par des experts et de déterminer si l’entreprise à respecter ou non les clauses du marché. En parallèle, l’Office prend diverses mesures pour remédier aux problèmes d’humidité, dont la mise en place d’un système de chauffage central. En effet, à l’époque du lancement de la construction du programme du Pin Sec et de La Lande, ce type d’installation n’était pas obligatoire dans les immeubles HLM. Le chauffage central est pourtant une solution pour lutter contre les problèmes de condensation excessive engendrée par la surpopulation de logements aux volumes réduits. L’Office passe également un nouveau marché avec l’entreprise Sika pour la réalisation de travaux d’étanchéité en extérieur. 

Cette affaire a pour conséquence de retarder le lancement de la construction de l’Hôtel des Postes, condition de l’aménagement du nouveau quartier administratif. Malgré la procédure judiciaire en cours, la préfecture de la Loire-Atlantique autorise l’installation des locataires dans les logements concernés par le litige afin de libérer les parcelles du Marchix.

L’audience du tribunal administratif de Nantes se tient le 23 juillet 1965. Le tribunal donne gain de cause à l’entreprise Sainrapt et Brice. À partir des rapports des experts, il a été déterminé que les problèmes d’humidité sont liés à la qualité des constructions, « trop légères et bon marché ». Des malfaçons causées par d’autres entreprises intervenues sur le chantier, mais aussi la suppression des couches de peinture prévues initialement dans le marché pour assurer l’étanchéité ont notamment conduit à cette situation.

L’extension de la cité de relogement

Alors qu’un premier programme HLM est en cours au Pin Sec et à la Lande, le nombre de terrains mis à la disposition de l’administration pour la construction de l’Hôtel des Postes et de bâtiments pour la Caisse Régionale de Sécurité Sociale se révèle insuffisant. L’Office Public d’HLM de Nantes lance de nouveaux programmes HLM au Pin Sec et à la Boissière afin de libérer des terrains supplémentaires au Marchix.

Au Pin Sec, une parcelle située le long de l’actuel boulevard Henri-Dunant, est pressentie pour accueillir ce nouveau projet. Elle appartient aux négociants Émile Moreau et Abel Luguet, qui refusent de traiter à l’amiable avec la Ville de Nantes. Ce n’est qu’à la fin de l’année 1956 et suite à une procédure d’expropriation que la municipalité acquiert la propriété pour la céder à l’Office. 

En janvier 1957, le ministère de la Reconstruction et du Logement donne son accord de principe pour la réalisation de l’opération. Ce nouveau projet n’aurait pas pour seule fonction de permettre l’achèvement de l’Hôtel des Postes et de l’Hôtel de la Sécurité Sociale, mais aussi de « de supprimer l’écran de taudis indésirable devant l’entrée principale du futur Hôtel des Postes ».

Sur les 365 foyers du Marchix concernés par cette opération, la majorité d’entre eux compte 1 à 2 personnes. On dénombre 3 à 9 individus dans les 141 foyers restants. Malgré ces chiffres, les coordinateurs du projet choisissent de réduire le nombre de T1 bis et de T2 pour privilégier les logements comportant plusieurs chambres. Ils se conforment ainsi aux règlements en vigueur pour les HLM qui stipulent que ce type d’appartement doit comporter en moyenne 3,5 pièces principales.

Un programme de 370 logements

Le dossier de permis constitué par les architectes Jean Boquien et Philippe Devorsine en décembre 1959 prévoient finalement la construction de 370 logements avec chauffage central. L’ensemble est réparti en deux îlots situés de part et d’autre de l’actuel boulevard Henri-Dunant. Sur l’îlot délimité par le boulevard Henri-Dunant ainsi que les rues Urbain-Le-Verrier et Pierre-Bouguer, les logements bordent un terrain de sport appartenant à l’Association Diocésaine, à l’emplacement de l’actuel stade du Pin Sec.

 

La construction de cet ensemble doit être réalisée en deux tranches en fonction des possibilités de financement. Ainsi, des fonds sont débloqués par l’Office Public d’HLM de Nantes pour la réalisation d’un premier groupe de 260 logements. 

En juin 1960, la Sous-Direction de la Rénovation Urbaine attribue à l’Office Public d’HLM de Nantes un programme social de relogement (PSR) de 120 logements. Il est décidé que ce soutien serve exceptionnellement à financer les 110 logements restants du Pin Sec, bien que la surface des logements soit inférieure aux normes des PSR.

Les travaux débutent officiellement en octobre 1960. Les 370 logements se répartissent au sein de 37 bâtiments groupés en 10 immeubles. Chaque bâtiment comprend un rez-de-chaussée sur caves et quatre étages ayant deux appartements par niveau. Les appartements vont du T1 au T5, couvrant une superficie standardisée de 25 mètres carrés à 80 mètres carrés. Il est également prévu de construire un local social mis à la disposition des locataires pour se réunir. Les espaces verts sont quant à eux aménagés par les services de la Ville de Nantes. Plantés d’arbres, d’arbustes et de massifs de plantes vivaces, ils sont agrémentés de terrains de basket-ball et de volley-ball, de bacs à sable et d’agrès pour les enfants.

Une fois achevés, les immeubles sont progressivement mis en location à partir du 1er avril 1962. 

Suite à la signature des accords d’Évian en mars de la même année, le rapatriement des pieds-noirs qui vivaient en Algérie est organisé par l’État. Le décret du 8 mars 1962 oblige les Offices Publics d’HLM à réserver aux rapatriés 10 % de leurs logements mis en location à partir du 1er janvier 1962. Dans la nouvelle cité du Pin Sec, 37 logements sont concernés par cette mesure. Les familles sont relogées à partir de la fin de l’année.

La réhabilitation des logements et des espaces verts

Depuis la mise en location des cités du Pin Sec, aucun chantier d’ampleur n’y a été entrepris. Seuls certains immeubles ont été concernés par des interventions ponctuelles. Au début des années 1980, 48 logements du Vieux Pin Sec bénéficient d’une réhabilitation. En 1992, d’autres travaux sont effectués par IDEA Architectes. Les intérieurs sont rafraîchis, modernisés et mis aux normes. Des briques rouges sont posées sur les murs extérieurs jusqu’à hauteur du premier étage. En 1995 et 1997, la cité du Pin Sec 2 est à son tour réhabilitée. Ces travaux occasionnent notamment la mise aux normes de l’électricité, la modernisation des salles de bain et l’amélioration de l’isolation hydrique et thermique. Les extérieurs sont également repensés avec les habitants.

En 2014, la Ville de Nantes lance un projet global de renouvellement urbain et social pour le quartier Bottière-Pin Sec. 

Les premières études et la concertation des habitants aboutissent à un avis citoyen remis à la maire de Nantes Johanna Rolland. En 2016, le plan-guide du projet, élaboré par Jacqueline Osty paysagiste et Claire Schorter architecte-urbaniste, fruit du dialogue citoyen, donne les orientations pour les dix prochaines années en s’appuyant sur un projet de cohésion sociale fort.

Dans ce but est créée en 2018 la Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) de Bottière-Pin Sec. Nantes Métropole devient le maître d’ouvrage et confie l’aménagement à société publique locale d’aménagement Nantes Métropole Aménagement. La même année, l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) retient le quartier dans le cadre de son nouveau programme national mais soutient financièrement uniquement les projets de démolitions, de réhabilitations, d’aménagement et de constructions sur la Bottière, hormis l’école Urbain Le Verrier. Malgré tout, la collectivité et Nantes Métropole Habitat s’attellent à améliorer le cadre de vie des habitants du Pin Sec : en 2020, le cœur d’îlot du Vieux Pin Sec fait l’objet d’un réaménagement global, en 2022 Nantes Métropole réaménage les rues Champollion et Valenciennes, et la Ville de Nantes agrandit et restructure le groupe scolaire et le gymnase Urbain Le Verrier. En 2023, elle ouvre également la première épicerie sociale dans le local associatif du Colibri.

En 2024 c’est la Grande Garenne qui verra le démarrage de travaux de réhabilitation des halls d’entrée par Nantes Métropole Habitat et le réaménagement des squares par la Ville, avec une nouvelle pataugeoire et des jeux. Les livraisons sont prévues en 2025. 

Noémie Boulay
Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2024



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En savoir plus

Bibliographie

Centre socioculturel de la Pilotière, « Histoires de vies d’hier et d’aujourd’hui des quartiers Pilotière et Pin Sec à Nantes », septembre 2009, à consulter en cliquant ici

Lycée professionnel Léonard de Vinci, La Bottière, histoire d’un quartier, 1995, à consulter en cliquant ici

Webographie

Ressources Archives de Nantes

13 W 77
1189 W 152
1254 W 21
1254 W 148

Ressources Archives départementales de Loire-Atlantique

147 W 752
193 W 18
193 W 19
195 W 2
198 W 37
285 W 210
285 W 211
285 W 248
285 W 347
1306 W 182

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Extension et limite urbaine Immeuble Logement social et grand ensemble Parc Reconstruction

Contributeurs

Rédaction d'article :

Noémie Boulay

Témoignage :

Georgette

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