Couvent des Récollets
Étienne Destranges et Jeanne Salières

A

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Chapelle de l'Hôtel-Dieu


La chapelle du Centre hospitalier universitaire de Nantes est marquant par son décor architectural monumental conjuguant des scènes médicales et religieuses, imaginé par l’architecte Michel Roux-Spitz et son ami le sculpteur Raymond Delamarre.

La chapelle de l’ancien Hôtel-Dieu

En 1644, l’Hôtel-Dieu, alors situé sur les bords de l’Erdre, est reconstruit hors des murailles de la ville sur l’île Gloriette. Mais dès son ouverture, l’hospice, doté d’une chapelle, est fortement endommagé par la Loire. Chaque année pendant un mois, la montée des eaux le rend inaccessible par voie terrestre. Le reste du temps, les caves sont submergées. Malgré l’urgence d’une reconstruction, la municipalité n’agit pas par manque de moyens financiers. Elle est pourtant contrainte de lancer en 1850 la construction d’un nouvel Hôtel-Dieu capable de faire face à la croissance démographique et aux nouveaux besoins de la population de Nantes et sa région. La chapelle est reconstruite à partir de 1863. Placée au centre du pavillon d’accueil, elle est surmontée d’un clocher. Le nouvel Hôtel-Dieu est achevé en 1864.

Façade de l'entrée de l'Hôtel Dieu et de la chapelle

Façade de l'entrée de l'Hôtel Dieu et de la chapelle

Date du document : 08-1950

La reconstruction du CHU

En 1943, les bombardements détruisent presque entièrement l’Hôtel-Dieu. La fin de la guerre annonce le temps de la reconstruction de Nantes, fortement sinistrée par les années d’occupation. L’édification du nouvel hôpital, sur les ruines de l’Hôtel-Dieu, est dévolue à Michel Roux-Spitz, l’architecte en chef de la reconstruction de Nantes. Le chantier débute en 1951. Suite à son décès en 1957, c’est son fils Jean Roux-Spitz qui termine la construction. En 1964, le nouvel hôpital est inauguré.

Construit selon un plan en croix, cet hôpital-bloc se veut avant tout fonctionnel. Les façades sobres sont parées de béton et percées de bandeaux de fenêtres horizontaux. Le programme architectural de Roux-Spitz prévoit également l’élévation d’une nouvelle chapelle en béton armé s’intégrant parfaitement au reste de l’édifice. Achevée en 1958, elle est surmontée d’un clocher-mur qui n’abrite pas de cloche afin de garder le lieu calme pour les patients.

Façade de l'Hôtel Dieu

Façade de l'Hôtel Dieu

Date du document : fin du 20e siècle

Un décor imaginé par Raymond Delamarre

Dès les débuts du chantier, Michel Roux-Spitz prévoit d’orner la façade de la chapelle d’un décor monumental. Il fait appel au sculpteur Raymond Delamarre avec lequel il a déjà travaillé sur d’autres programmes architecturaux. Le projet de bas-relief, conçu par les deux partenaires et amis, évolue constamment de 1950 jusqu’à la mort de l’architecte en 1957. Ils imaginent ensemble un décor constitué de panneaux et dont la réalisation durera 13 ans, des ébauches à la finalisation de l’œuvre en 1963.

Dès les premières esquisses, le portail de la chapelle est divisé en quatre parties par une croix latine en saillie dans lesquelles s’insèrent douze bas-reliefs. En juillet 1958, Delamarre signe le marché avec l’administrateur de l’hôpital. Tout au long des travaux, il fournit des maquettes et esquisses qui sont étudiées par la commission chargée du suivi du chantier. Peu de modifications significatives sont apportées aux premiers jets du projet, le programme étant élaboré et convaincant dès ses débuts. Toutefois, certains panneaux ont été repensés, à l’image de celui dédié à la chirurgie. À l’origine, l’ébauche représente deux chirurgiens se faisant face et opérant un patient qui n’est pas visible. Au contraire, l’œuvre finale met en avant le patient, allongé au premier plan et opéré par trois chirurgiens. Au centre se tient l’un des médecins, dont les mains à l’œuvre sur la table d’opération figure comme le point central du panneau.

Les bas-reliefs sont ensuite sculptés dans l’atelier parisien de Delamarre par l’artiste lui-même, assistés de deux jeunes sculpteurs, Leducq et Massé. Réalisés en pierre de Vilhonneur, un matériau particulièrement résistant au climat océanique, l’œuvre mesure 280 centimètres de haute sur 150 centimètres de large. Une fois disposés sur la façade par l’entreprise Coignet en août 1963, elle est finalisée par Delamarre.

Chapelle de l’Hôtel Dieu

Chapelle de l’Hôtel Dieu

Date du document : 18-01-2019

Une œuvre conjuguant spiritualité et sciences médicales

Le thème a été décidé par Michel Roux-Spitz et Raymond Delamarre lors de leurs séances de travail. Deux religieux, le Père Doncoeur et le Père Lelong ainsi que Suzanne Fouché, une personne en situation de handicap œuvrant pour la réintégration des individus touchés par un handicap physique dans la vie active, ont également pris part à la réflexion autour des thèmes abordés dans l’œuvre. La thématique de la Passion du Christ est ici associée à la Passion humaine. Les actions menées par le corps médical pour accompagner, soigner et soutenir les patients dans leur maladie, handicap et aux différentes étapes de leur vie sont représentées.

Le portail dont le style est très influencé par l’Art déco se divise en douze panneaux. Au sommet, quatre panneaux appartenant à l’iconographie traditionnelle chrétienne se suivent. Les quatre Anges musiciens de la Passion, chantant la consolation et la joie de la Résurrection, sont accompagnés de quatre Anges tenant les instruments de la Passion : la lance, l’éponge, le fouet, la couronne d’épines et les clous. L’œuvre est remarquable de part l’absence du Christ qui apparaissait pourtant sur la première maquette.

Façade de la chapelle de l’Hôtel Dieu

Façade de la chapelle de l’Hôtel Dieu

Date du document : 18-01-2019

Les huit autres panneaux illustrent le rôle du divin dans le soulagement et la consolation des malades ainsi que des actes de la médecine moderne : La main de Dieu console les affligés, L’aide des infirmières et des sœurs, La chirurgie, La main de Dieu soulage les infirmes, La main de Dieu rend la vue aux aveugles, Le don du sang, La maternité, La main de Dieu redonne la parole aux muets.

La chapelle, tout comme le bâtiment central en forme de croix imaginé par Roux-Spitz, ont été labellisés « Patrimoine du 20e siècle » par le Ministère de la Culture. En 2014, les ayants droits du sculpteur ont fait don au Musée d’histoire de la ville de Nantes des esquisses et des modèles en plâtre produits par l’artiste durant les phases préparatoires.

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2021

En bref...

Localisation :

Gaston Veil (rue) 3, NANTES

Date de construction :

1951

Auteur de l'oeuvre :

Roux Spitz, Michel (architecte) , Liberge, Yves (architecte) , Joëssel, Pierre (architecte) ; Delamarre, Raymond (sculpteur)

Typologie :

architecture religieuse

En savoir plus

Bibliographie

Bouillé, Anne – De Decker, Aurélie – Gualdé, Krystel – Guillet, Bertrand, « Cinquante esquisses de Raymond Delamarre », Chronique des collections, Musée d’histoire de Nantes – Château des ducs de Bretagne, p. 47-53

Delamarre, Jean-François, « Chapelle de l’hôpital : l’entrée au musée », Place publique, n°44, mars-avril 2014, p. 88-91

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Île Gloriette

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Rédaction d'article :

Noémie Boulay

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