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Origines de la famille Amieux Musulmans

Armand Guéraud (1824-1861)


À la fois libraire, imprimeur, écrivain, chercheur et correspondant de multiples sociétés et institutions, Armand Guéraud figure parmi ces érudits locaux du 19e siècle, très investis dans la vie culturelle et savante de l’Ouest de la France.

Une famille de la bourgeoisie vieillevignoise

Armand Laurent Guéraud est issu d’une famille de notables présente à Vieillevigne depuis au moins la fin du 17e siècle. Son père, Laurent Guéraud, est rentier. Sa mère, Rose Aimée Francheteau, est également issue de la bourgeoisie locale. Tous deux sont des Vendéens survivants de la Virée de Galerne. Leurs cinq garçons et quatre filles sont élevés dans une ferme foi catholique et le respect des valeurs républicaines, de justice et de tolérance. L’inventaire réalisé à la mort de Laurent Guéraud en 1835 témoigne du patrimoine matériel et culturel dont jouit la famille : il compte de multiples biens et terres ainsi qu’une bibliothèque comptant 803 volumes.

Un enfant à la santé fragile

Armand Guéraud est le membre le plus connu de la famille, ayant laissé de nombreux écrits et ouvrages. Avant dernier enfant du couple, il naît le 31 août 1824. De santé fragile, il doit rester trois années sans scolarité en raison d’une fièvre typhoïde qui faillit l’emporter.

Son enfance est heureuse. En raison de sa fragilité, il bénéficie des attentions de toute la famille et de ses nombreux serviteurs. Il fait toutes ses études au Collège Royal de Nantes (actuel lycée Clemenceau). Sa santé délicate perturbe ses études, mais son intelligence lui permet de faire trois classes dans une même année, et il est reçu bachelier à Rennes le 8 août 1844.

Portrait d’Armand Guéraud

Portrait d’Armand Guéraud

Date du document : 1862

Les premiers pas dans l’édition

Armand délaisse les études pour se mettre au service des livres et de la librairie, résolu à se faire une place dans la corporation de l’édition. Dès 1845, ayant la parole aisée, il parcourt la France comme représentant pour le compte de la librairie familiale. Fondée par son frère Auguste, la boutique est gérée depuis la mort de celui-ci en 1843 par Léon, l’aîné de la fratrie.

Armand démarche les notables des diverses régions françaises pour engager des souscriptions et proposer des éditions à des auteurs méconnus. Il fait un long voyage en Bretagne en 1845, entretenant une correspondance abondante avec son ami Jean Baptiste Braud, lui aussi ancien étudiant au Collège Royal. Ses périples le mènent également en 1849 en Allemagne, en Suisse et en Italie.

Les frères Léon et Armand Guéraud, imprimeurs-libraires à Nantes

Armand Guéraud est nommé le 5 juin 1848 bibliothécaire adjoint de la ville de Nantes. Mais après avoir proposé un catalogue raisonné, admis par la commission de la bibliothèque, et pour l’exécution duquel le conseil municipal a voté des fonds, il démissionne dès le 10 août malgré l’assurance d’une rémunération conséquente. Sa vie sera consacrée à l’édition, non à l’ordonnancement d’une bibliothèque ! Son association comme imprimeur-libraire avec son frère Léon devient officielle le 1er juillet 1849.

L’investissement d’Armand Guéraud dans les sociétés et institutions culturelles

Outre ses fonctions commerciales, Armand Guéraud écrit des chroniques et des articles pour différentes revues. En 1850 avec son professeur Talbot, il publie à 26 ans La Petite Géographie de Loire-Inférieure, un succès qui fera longtemps référence. Il est aussi membre fondateur de la Société Archéologique de Nantes et de l’Association Bretonne en 1845. Il est reçu membre en 1848 de la Société Académique de Nantes où il est très actif, puis en 1850 de la Société des Antiquaires de l’Ouest.

Première page de l’ouvrage « La Petite Géographie de Loire-Inférieure »

Première page de l’ouvrage « La Petite Géographie de Loire-Inférieure »

Date du document : 1850

Correspondant du ministère de l’Instruction Publique dans la section des Arts à partir de 1851, il entre en 1852 à la Société des Monuments Historiques de France. En 1853, il est correspondant de la Société Impériale des Antiquaires de France et en 1858, il devient membre de la Société Académique de Brest. Ses appartenances à diverses sociétés l’amènent à fréquenter et à se lier d’amitié avec de nombreux érudits locaux tels que Charles Dugast-Matifeux, Benjamin Fillon, Prosper Levot, Bizeul, Braud, De Sourdeval, et c’est grâce à ce réseau patiemment tissé qu’il va pouvoir préparer son important travail sur les chansons régionales. Après le coup d’état du 2 décembre 1851 orchestré par Louis-Napoléon Bonaparte, l’historien Jules Michelet, réfugié à Nantes, vient souvent à la librairie Guéraud. Les deux hommes s’apprécient et se côtoient un temps.

Armand Guéraud et le recueil de chansons populaires locales

En 1852, Armand Guéraud débute son recueil de chansons populaires dans le cadre de l’enquête Fortoul décrétée le 13 septembre 1851. Cette enquête a pour but la création d’un recueil de poésies populaires de la France. Son héritage culturel vieillevignois mêle les traditions bas-poitevines et bretonnes que l’on retrouve dans nos pays de Marches Communes ou Avantagères de la Bretagne et du Poitou, Armand va donc essayer d’en tirer parti. Joseph Lefloch qui a réédité en 1995 son ouvrage parle de rencontre de la mythologie celtique et d’un fonds romain christianisé pour définir la culture incorporée dans les contes et les chansons que Armand recueille méthodiquement dans nos contrées. Sa passion pour l’histoire dans ses diverses représentations, prend toute sa mesure dans ce travail de mémoire qui associe histoire, archéologie et mythologie.

À Vieillevigne où il fait de nombreuses excursions, il collige 96 textes et 25 mélodies. C’est à sa mère Rose qu’il dédie son conséquent manuscrit.

La Revue des Provinces de l’Ouest : Bretagne et Poitou

La création de la Revue des Provinces de l’Ouest, Bretagne et Poitou est rapidement un franc succès. Les articles choisis traitent d’histoire, de littératures, de sciences et d’arts. Dans la préface de celle de 1854, Armand Guéraud détaille les hauts objectifs qu’il souhaite atteindre par la réalisation de cet ouvrage. Son unique ambition est la promotion de la culture régionale et sa divulgation aux plus nombreux : « En fondant cette revue, nous savions qu’une persévérance soutenue nous était indispensable pour parvenir à satisfaire des lecteurs qui goûtent les travaux historiques, littéraires, artistiques, et cultivent la véritable érudition. […] Suivant notre programme, nous n’avons admis que des œuvres utiles et morales. Si nous ne nous sommes pas astreints servilement aux données du prospectus, nous les avons bien dépassées, en publiant de longs et intéressants articles que nous n’avions pas annoncés. […] Le goût des études historiques et littéraires, le sentiment et l’intelligence de l’art, le culte du beau, comme nous le disions l’année dernière, se propagent de plus en plus dans la Province. C’est un heureux résultat du mouvement de décentralisation intellectuelle qui s’opère incessamment. La liste de nos abonnés comprend les noms les plus honorables des départements formés de la Bretagne et du Poitou. Presque toutes les institutions publiques, telles les bibliothèques de ville, les sociétés littéraires, etc., y sont inscrites. […] Nous tâcherons de répondre à ce haut et bienveillant appui, à ce témoignage si flatteur, en consacrant plus particulièrement tous nos efforts à l’amélioration d’un recueil périodique qui, nous en avons le noble espoir, pourra contribuer au développement des études historiques et au progrès littéraire dans notre contrée ».

Premier volume publié de la « Revue des Provinces de l’Ouest, Bretagne et Poitou »

Premier volume publié de la « Revue des Provinces de l’Ouest, Bretagne et Poitou »

Date du document : 1853

Armand Guéraud, seul propriétaire de la librairie familiale

Après la mort de Léon Guéraud en 1853, le brevet de libraire-imprimeur est transféré à Armand le 21 mars 1853, lui permettant ainsi de lui succéder. En 1858 ayant été récompensé par une médaille d’or à l’exposition d’Angers, il obtient le brevet d’imprimeur lithographe.

En 1861, il transfert les locaux de la librairie Guéraud dans un immeuble totalement reconstruit au 6 du quai Cassard. Armand avait épousé le 30 juillet 1849 au Mans, Christine Veron fille de Guillaume François, officier de cavalerie en retraite et chevalier de la légion d’honneur. Christine était la jeune sœur de l’épouse de Léon, Anne Andréline. Le couple n’a pas d’enfant, et reporte son affection sur ses neveux et nièces. Christine tente avec ses moyens d’aider son mari dans sa lourde tâche historique, mais doit surtout le soigner pendant ses longues et récurrentes périodes de maladie.

Facture de l’imprimerie, librairie, lithographie A. Guéraud & Cie

Facture de l’imprimerie, librairie, lithographie A. Guéraud & Cie

Date du document : 30/10/1861

Un décès prématuré

Armand décède le 25 juillet 1861 à Nantes après plusieurs mois de souffrance, âgé de seulement 36 ans. Il laisse une librairie-imprimerie en faillite. Les brevets d’imprimeur, d’imprimeur-lithographe et de libraire sont attribués pour un temps le 13 septembre 1861 à Anne Andréline Veron veuve de Léon, avant que l’imprimerie ne soit reprise par les frères Douillard.

Au décès de son épouse Christine, le 8 janvier 1898, les manuscrits d’Armand sont légués à sa nièce Marie Guéraud. Cette dernière dépose les quelques 1 500 pièces à la Bibliothèque municipale de Nantes suivant le testament que son oncle avait établi en 1859. Le couple est inhumé au cimetière de Vieillevigne.

Détail du plan d’alignement du bourg de Vieillevigne

Détail du plan d’alignement du bourg de Vieillevigne

Date du document : 1864

À la fois libraire, imprimeur, écrivain, chercheur, correspondant de multiples sociétés et institutions, Armand Guéraud s’était dispersé et épuisé, alors que son entreprise nécessitait un vrai gestionnaire comme l’était son aîné Léon. Non seulement il a engagé sa santé mais aussi son fonds de commerce vers un déclin qui se termine par sa mort sans pouvoir finir son œuvre, le Recueil de Chants Populaires du Comté Nantais et du Bas-Poitou. Il n’aura pas le temps de l’éditer alors que les achats du matériel nécessaire à sa réalisation avaient déjà été engagés. Son manuscrit avait obtenu le 14 novembre 1858 la médaille d’Or à la Société Académique de Nantes et le succès de son édition était attendu et entendu par ses pairs.

Article rédigé d’après la biographie des Frère Guéraud de Vieillevigne de Dominique Tétaud, publié en décembre 2008 dans le numéro 7 de la revue d’histoire locale le Marcheton

Dominique Tétaud
2026



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En savoir plus

Webographie

Tétaud Dominique, « Biographie des Frères Guéraud de Vieillevigne », extrait de la revue le Marcheton n° 7, décembre 2008, à consulter en cliquant ici

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Musique Littérature Personnalité nantaise

Contributeurs

Rédaction d'article :

Dominique Tétaud

Témoignage :

Armand Guéraud

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