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Anciens bains-douches et lavoirs de la rue Noire


Jusqu’en 1925, Nantes possède trois établissements de bains-douches municipaux : rue de la Maison-Rouge, rue Dupleix et celui de l’asile de nuit, rue de la Pelleterie. En 1903, les habitants du premier canton désirent des bains-douches plus accessibles.

Une action collective des habitants du quartier

Alors que le mouvement hygiéniste incite les municipalités à installer des bains-douches et des lavoirs publics, les habitants du quartier Hauts-Pavés – Saint-Félix s’estiment lésés. Pour prendre un bain complet, il est en effet nécessaire d’aller aux bains du quai de la Maison-Rouge.

Les ouvriers et jardiniers groupés dans les rues de Rennes, des Hauts-Pavés, de la route de Vannes et des rues adjacentes lancent alors de nombreuses pétitions : « Vous penserez comme nous, Messieurs, que la distance qui sépare le premier canton de cet établissement n’est pas pour nous faciliter ces ablutions si salutaires, et il est malheureusement à craindre que certains ne pouvant, en raison de leurs occupations journalières, aller jusqu’au quai de la Maison-Rouge, négligent ce soin de leur épiderme, au détriment de leur santé. »

En 1908, c’est plus de 470 signatures qui accompagnent un plaidoyer pour la construction de nouveaux bains-douches dans le quartier.

Les pétitionnaires ont de nombreux arguments. Ils mettent en avant l’existence d’un lavoir rue des Hauts-Pavés. Mais construit en 1856, il est trop exigu ce qui entraîne un ralentissement du lavage du linge. Certains ouvriers perdent deux jours de travail à cause de l’attente ! Vétuste, sa réparation serait aussi coûteuse qu’une reconstruction. Pour la construction des bains-douches, les habitants mentionnent que les terrains autour du lavoir appartiennent déjà à la Ville et qu’ils seraient assez spacieux pour les accueillir. Le coût de construction serait vite amorti par les entrées dans les bains et lavoirs.

Convaincu, le conseil municipal délibère le 30 décembre 1909 pour la construction de nouveaux bains-lavoirs.

Des travaux engagés mais stoppés par la Première Guerre mondiale

Soutenue par l’État, la Ville achète en 1910 les immeubles de M. Beurrier, propriétaire des immeubles de rapport situés rue des Hauts-Pavés. Mais il faut attendre 1911 pour que tous les baux de location soient résiliés. La Ville dispose désormais d’une surface de 5000 mètres carrés avec une façade de 110 mètres de long sur la rue du Général-Bedeau.

Le premier plan prévoit un agrandissement du lavoir de 95 à 158 gargottes (appareil sanitaire en forme de cuvette alimenté en eau qui permet de faire sa toilette) avec un logement pour le receveur. Le premier étage est affecté au séchoir à air libre.

Les bains comprennent au rez-de-chaussée : 12 bains et 34 douches pour les hommes et 8 bains, 12  douches pour les femmes ainsi que 5 cabines de bains de Barèges et un logement pour le receveur. Le premier étage est identique au rez-de-chaussée. Chaque étage contient des WC. Un bâtiment sans étage est également prévu pour le machiniste.

Enfin, un dispensaire est envisagé avec des cabinets pour un médecin et un chirurgien, des salles de pansements et de déshabillage une conciergerie et un WC. L’ensemble des travaux est évalué à 375 000 francs.

Les travaux commencent le 31 mars 1914, mais la Première Guerre mondiale donne un coup d’arrêt aux travaux en novembre 1915. Le 27 février 1917, la Société anonyme de construction des bains douches et lavoirs municipaux qui réalisait les travaux, est en liquidation. Le gros œuvre du bâtiment principal est presque terminé, mais faute des ressources suffisantes, les travaux sont suspendus.

La reprise des travaux

En 1920, la Ville reprend le projet. L’architecte municipal, Étienne Coutan, modifie légèrement les plans initiaux mais le projet est encore trop coûteux. Les installations seront donc limitées à la seule partie où les travaux sont déjà commencés. Les entrepreneurs nantais, qui avaient déjà passé des marchés avec la société de construction pour l’exécution des travaux ou pour l’approvisionnement des fournitures, offrent de céder à la Ville les matériaux qu’ils avaient déjà approvisionnés en échange de nouveaux contrats. Ainsi, Chatellier donne les vitreries déjà commandées, et obtient un contrat pour faire les peintures avec 5 % de rabais.

Finalement, les travaux reprennent en mai 1923. Le chauffage et l’hydrothérapie sont réalisés par la maison Rineau Frères, les mosaïques par l’entreprise Odorico et les cloisons de briques vernissées par Métairaud Frères.

« Une douche de luxe »

L’ inauguration des bains-douches et lavoirs de la rue noire a lieu le 27 juin 1925. L’équipement est alors composé d’un bâtiment flanqué de deux ailes avec un étage. Au centre sont installés les services de l’administration et dans les ailes les salles de douches (12 au rez-de-chaussée pour les hommes, et 12 au premier étage pour les femmes). Les douches ont une surface de 4 mètres carrés avec une première salle pour se déshabiller et se rhabiller, une glace encadrée de cuivre, caillebotis et siège, et une deuxième salle avec la douche.

L’article du Phare du 28 juin 1925 vante la modernité de l’édifice : « À l’intérieur, on se trouve dans un véritable hammam aux escaliers de mosaïque épaisse, aux murs ripolinés, aux cabines de briques émaillée. Tout est d’une propreté, d’une netteté éblouissante. […] Un robinet fait obtenir à volonté de l’eau froide ou l’eau chaude. Il suffit de tourner à droite pour l’eau froide, de tourner à gauche pour l’eau chaude. On peut obtenir l’eau chaude immédiatement après l’eau froide ou réciproquement, pour réaliser la brusque transition appelée "douche écossaise" ou bien la température peut être augmenté ou diminuée progressivement ».

L’équipement est ouvert tous les jours sauf le lundi et le dimanche après-midi.
Les prix pratiqués pour chaque service sont les suivants :
• L’accès aux bains-douches : 1,15 francs,
• Une serviette : 0,15 francs,
• Un peignoir : 0,30 francs,
• Un bonnet de bain : 0,20 francs.

Fermeture et reconversion

Les bains-douches ont fonctionné jusqu'en 1973, année de leur fermeture. Pendant des décennies, ces établissements ont fourni un accès essentiel à l'hygiène corporelle pour les personnes qui en avaient besoin.

Le dispensaire a été établi en 1927 avec une mission initiale bien définie. Cependant, au fil du temps, son rôle s'est élargi et son emplacement a changé à plusieurs reprises, aboutissant à sa mise à disposition de la Mutualité. Après la période de guerre, la Mutualité a entrepris d'aménager les locaux pour y installer un centre de soins, un cabinet médical, puis ultérieurement un cabinet dentaire. Cette évolution s'est concrétisée en 1976, lorsque le dispensaire municipal a été transformé en un cabinet dentaire mutualiste.

En 1983, les mutuelles de Loire-Atlantique ont acquis les deux bâtiments communaux (les bains-douches et le dispensaire) en échange de leur crèche situé rue de Savenay, précédemment gérée par la Croix-Rouge. Cette transaction a entraîné la municipalisation de la crèche. Les mutuelles de Loire-Atlantique ont ensuite entrepris la rénovation des deux bâtiments, les adaptant tour à tour à leurs besoins spécifiques. Aujourd’hui, au 61, rue Noire se trouve un centre de santé dentaire mutualiste.

Sophie Audoux
Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2023

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