Étienne Destranges et Jeanne Salières
Traite négrière

A

183

Ancienne conserverie Amieux

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Les débuts de l’épopée nantaise de la conserverie Amieux débute en 1856 lorsque Maurice Amieux implante sa première fabrique dans la cité des ducs. En 1884, ces fils ouvrent une nouvelle usine dans le Bas-Chantenay, spécialisée dans la production de conserves de légumes et de sardines. Après le rachat de la société, l’usine cesse toute activité vers 1969.

La conserverie : une spécificité nantaise

À la suite de l'installation de la conserverie de Pierre-Joseph Colin, en 1824, rue des Salorges à Nantes, de nombreuses conserveries nantaises, parmi lesquelles Cassegrain et Saupiquet et, à Chantenay, les conserveries Deffès et Amieux, se développent très rapidement. La proximité des lieux de production maraîchère et celle des ports sardiniers de Vendée et Bretagne font de Nantes et Chantenay des bassins propices à la croissance de cette industrie. En 1873, l'état de situation industrielle de Chantenay dénombre sur la commune 9 conserveries employant 62 ouvriers, qui alimentent le carnet de commandes de nombreuses autres entreprises de la commune dont des ferblanteries, fabricants de vernis, imprimeurs sur métaux, outilleurs, fabricants de caisses. En deux siècles d'existence sur Nantes, l'industrie de la conserverie s'adapte aux innovations technologiques : appertisation (conservation des aliments par stérilisation à la chaleur dans des récipients hermétiques), autoclave, double-couvercle, techniques de sertissage. Dans la deuxième moitié du 20e siècle, l'industrie de la conserve de légumes s'appuie sur des courtiers qui établissent des réseaux de cultivateurs-clients-producteurs.

En-tête d'un courrier représentant les usines Amieux

En-tête d'un courrier représentant les usines Amieux

Date du document : 1913

Une aventure industrielle familiale

En 1856, Jean « Maurice » Amieux, originaire des Hautes-Alpes, commerçant de comestibles à Rennes, s'associe à un de ses beaux-frères et crée, à Nantes, la maison Amieux et Carraud. Ses enfants, Maurice et Émile, fondent la maison Amieux-Frères, rue Haudaudine (actuelle rue Gaston-Veil). En 1878, elle obtient une médaille d'or à l'exposition universelle de Paris. Vers 1884, les frères Amieux établissent à Chantenay, à la Saulzaie (actuelle rue Chevreul), une fabrique, composée d'une usine, de bureaux, d'une porterie et d'une remise. Une cave des beurres et fabrication de moutarde sera également construite vers 1902.

En 1885, la société compte alors en France 6 usines et 2000 salariés, avec une production de 6 millions de boîtes (sardines et légumes, principalement). Ils érigent également vers 1895, des magasins, route de Roche-Maurice (actuel boulevard du Maréchal Juin) à proximité des ressources maraîchères de la commune. La production annuelle de l'entreprise progresse très rapidement et atteint 12 millions de boîtes en 1899, date à laquelle elle compte 11 usines, de Périgueux à Douarnenez, et de Paris aux Sables-d'Olonne.

Suite à la crise sardinière due à la concurrence de l'Espagne et du Portugal au début du 20e siècle, la société est reprise par Louis et son frère Maurice, fils de Maurice, qui relancent la production, avec, à Chantenay, l'agrandissement de l'usine de la rue Chevreul, en 1920. En 1913 puis 1921, la société étend la diversification de sa production à la confiturerie et à la chocolaterie.

Agrandissement de la confiturerie de la conserverie Amieux

Agrandissement de la confiturerie de la conserverie Amieux

Date du document : 1914

L'urbanisation et l'abandon des potagers pour l'alimentation familiale entraînent la consommation de produits alimentaires nouveaux, parmi lesquels les conserves. Mais, à partir de 1930, les techniques de réfrigération et de congélation, concurrençant fortement l'appertisation, contribuent à en diminuer la consommation. Après avoir fermé ses usines de Douarnenez, des Sables-d’Olonne et d’Étel entre 1952 et 1962, la société Amieux bénéficie d'aides publiques aux entreprises. Elle est rachetée par la CANA (Coopérative Agricole La Noëlle-Ancenis) en 1969, qui ferme l'ensemble de ses conserveries en 1973. La marque est revendue à Buitoni.

L’activité de l'entreprise Amieux à Chantenay

Vers 1850, la main-d'œuvre est principalement issue des usines de conserves bretonnes des petits ports bretons. En 1883, l'usine Amieux, dite de la Saulzaie (rue Chevreul), compte de 15 à 27 ouvriers, dont des femmes et filles, employées au travail des petits pois, notamment à l'écossage manuel qui devient ensuite mécanique. À l’époque des poissons et des légumes verts, les heures ne sont plus limitées. Les salaires journaliers des hommes sont de 3 francs, ceux des femmes de 1,5 franc. L'usine de Chantenay, dite de « Chantenay-lès-Nantes » sur les papiers à en-tête de la société, produit surtout des conserves de légumes : petits pois, haricots verts, fruits au vinaigre, salaisons, viandes, sardines, moutarde, saumon, boîtes bébé. L'emboîtage et le sertissage, qui remplace à partir des années 1920 le soudage à la main, sont réalisés au sein de l'usine Amieux, qui, d'une part, produit ses boîtes, et, d'autre part, fait appel à la société Carnaud, voisine chantenaysienne.

Publicité pour la conserverie Amieux

Publicité pour la conserverie Amieux

Date du document : 2013

La politique sociale et culturelle de l'entreprise

Jean « Maurice » Étienne Amieux s'investit dans la vie politique de Chantenay comme conseiller municipal à la fin du 19e siècle. La famille possède une maison aux Alouettes puis des immeubles d'habitation 32 et 42 rue Chevreul, dont elle cède les terrains à la Ville qui les détruit dans les années 1940-1950 en vue de l'élargissement de la rue. Membre du parti radical de Chantenay, Maurice Amieux s’oppose à l'annexion de Chantenay par Nantes en 1908. Pendant la Grande Guerre, il renonce aux bénéfices importants créés par les fournitures au ministère de la Guerre et aux comités d'assistance aux prisonniers de guerre au profit d'œuvres de bienfaisance. En 1915, il crée « La Sauvegarde », caisse de secours et de prévoyance, pour son personnel féminin. À sa mort, en 1919, le journal Le populaire précise que « par les œuvres philanthropiques qu'il créa, l'emploi de l'hygiène sociale appliquée sous toutes ses formes, son dévouement à la cause de l'antialcoolisme, il avait su s'acquérir des droits à la reconnaissance de la classe ouvrière ». En 1917, son fils, Louis, continue ses œuvres sociales et met en place une garderie scolaire pour les enfants des ouvriers de son usine, des écoles communales et des écoles libres du quartier, dans le parc de La Chaumière (actuelle rue Andrien Langlois, à Chantenay). En 1923, les frères Amieux rachètent l'usine Colin, aux Salorges, et y fondent un « musée technique et rétrospectif de la conserve » devenu Musée des Salorges. Ce bâtiment est détruit lors des bombardements alliés de 1943. C'est aujourd'hui le Musée du Château des Ducs de Bretagne qui accueille le fonds du musée des Salorges.

L’usine de conserverie et bureaux Amieux, rue Chevreul

Aux bâtiments originaux, construits ex nihilo sur une pâture appartenant à la Ville, la société ajoute en 1920 un bâtiment spécifique destiné à la production de conserves de petits pois, dans un îlot constitué en partie d'habitations entre la rue Chevreul et la voie ferrée de Nantes à Saint-Nazaire. À cette date, la société procède également à la surélévation et au réaménagement de l'usine. La tour dite « des petits pois », d'une hauteur de 16 mètres, comprend, du premier au troisième étage : une salle des cribles, une salle des écosseuses, un grenier à petits pois. Sa terrasse dispense une lumière zénithale naturelle à l'intérieur du bâtiment grâce à un système de galeries périphériques donnant sur le vide. L'usine est constituée d'un ensemble de bâtiments formant halles contiguës de formes diverses. Le rez-de-chaussée comprend une charcuterie ; une cuisine intégrant des bassines à vapeur, des bassines pur jus, un fourneau central, un étage à petits pois ; un laboratoire constitué de groupes d'emboîteuses à petits pois et sertisseuses ; le bâtiment dit « des petits pois » ; des magasins, un hall d'emboîtage donnant accès aux caves ; un bâtiment des ébullitions équipé de 2 autoclaves de 5 mètres de diamètre environ. Ce dernier bâtiment correspond à la grande halle dont le pignon en façade donne sur la rue Chevreul. L'ensemble est équipé d'une cour vitrée intérieure et est couvert de nombreuses fermes permettant l'évacuation des vapeurs d'eau. Il s'articule autour de deux escaliers principaux et de monte-charge (monte-caisses). La structure de l'ensemble est en béton ou en maçonnerie et supporte une charpente constituée de fermettes métalliques. Au début des années 1970, l’usine et ses locaux administratifs sont détruits. Le site est à présent occupé par un magasin LIDL.

Bâtiment dédié à l'écossage des petits pois de la conserverie Amieux

Bâtiment dédié à l'écossage des petits pois de la conserverie Amieux

Date du document : 1922

Les magasins Amieux, dits annexe de Roche-Maurice, boulevard Maréchal Juin

Les magasins, datant de la fin du 19e siècle, d'une surface de 12 000 mètres carrés de plancher, s'organisent autour d'une nef principale formant pignon sur rue d'une portée de 20 mètres environ (couvert par 2 pans), flanquée de 4 nefs à l'ouest et de 3 nefs à l'est (portée de 8 mètres environ). Deux halles équipées d'une cheminée longent la rue des Granits. Des adjonctions de bâtiments, diversement couverts, sont effectuées après les années 1920, au nord des magasins.

Magasins Amieux vus depuis le sud lors des inondations de 1904

Magasins Amieux vus depuis le sud lors des inondations de 1904

Date du document : 1904

Le bâtiment est racheté par la Ville de Nantes qui le détruit vers 1982. Le site est occupé par la vinaigrerie Caroff qui y fait construire, en 1990, un bâtiment de bureaux et une halle de stockage. Les murs de clôture des magasins Amieux, donnant sur le chemin des Granits et l'avenue Saint-Martin, sont encore en place en 2012.

Hélène Charron
Région Pays de la Loire, Inventaire général ; Direction du Patrimoine et de l'Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole
2010

En savoir plus

Bibliographie

Bonnault-Cornu Phanette (de), Cornu Roger, Pratiques industrielles et vie quotidienne : Conserveries et ferblanteries nantaises XIXe-XXe siècle, LERSCO, Nantes, 1989

Collectif, Cultures du travail. Identités et savoirs industriels dans la France contemporaine, Maison des sciences de l'homme du Ministère de la Culture, Paris, 1989

Fichou Jean-Christophe, « La grande guerre et les conserveurs de sardines », Guerres mondiales et conflits contemporains, n°219, 2005, p. 71 à 86

Rochcongar, Yves, Machelon, Jean-Pierre, Capitaines d'industrie à Nantes au XIXème siècle, E+PI, 2003

Webographie

Histoire du mangeur de sardines à l’huile par Jean-Christophe Fichou sur le site du musée digital de l’industrie de la conserve

Pages liées

Colin (Pierre-Joseph, Nantes 1745 - Nantes 1848)

Cassegrain

Saupiquet

Conserveries

Dossier : Patrimoine industriel (3ème volet)

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