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Alfred Laidet (1849-1921)


Natif de Nantes, artiste lyrique de l’Opéra-Comique français, Alfred Laidet est formé au conservatoire de musique de Nantes dont il sort diplômé en 1872. Il devient professeur de chant au conservatoire de musique de Versailles puis au Caire en Égypte. Il sera médaillé de la guerre de 1870 puis nommé officier d’académie en 1897. Il adhère à une loge maçonnique de Versailles dans les années 1890 qui prône les valeurs républicaines, laïques et dreyfusardes.

Les origines familiales d’Alfred Laidet 

Alfred Laidet naît à Nantes le 18 juillet 1849, quai d’Aiguillon. Il est issu d’une famille nantaise à la vocation tournée vers les métiers de la mer depuis plusieurs générations. Trois de ses oncles décèdent en mer à l’âge de 30 ans, deux sont capitaines au long cours. Le plus célèbre à son époque est Emmanuel Laidet second sur le « Regina-Coeli » qui appareilla de Saint-Nazaire le 29 août 1857 vers Gorée, il fut assassiné durant la mutinerie qui se déclenche à bord le 9 avril 1858 au large du Cap Monte (Liberia).

Portrait d’Alfred Laidet en 1878

Portrait d’Alfred Laidet en 1878

Date du document : 1878

Son père Pierre Laidet dit l’aîné, issu d’une fratrie de neufs enfants, reprend l’entreprise familiale de fabrication de poulies (poulieur) dont le père Jean avait appris le métier auprès de Jacques Laidet, charpentier de marine à Nantes et Chantonnay. Pierre fait fructifier l’atelier sur les quais de Nantes (quai d’Aiguillon, quai Saint Louis), c’est l’époque florissante de la marine commerciale à voile. Pierre est également un inventeur, il dépose le 2 février 1864 un brevet de quinze ans d’une « pompe à double aspiration pour l’épuisement des navires ». La famille gravit les échelons de l’échelle sociale jusqu’ à atteindre le milieu de commerçants nantais aisés et éduqués. 

Brevet INPI déposé par Pierre Laidet en 1864

Brevet INPI déposé par Pierre Laidet en 1864

Date du document : février 1864

Alfred est l’aîné des huit enfants Laidet, tous élevés à l’école républicaine de Nantes. Deux de ses sœurs sont artistes lyriques, l’une formée au conservatoire de Nantes et l’autre mezzo-soprano encadrée par son frère Alfred. Deux de ses frères sont poulieurs quai Saint Louis, un autre chimiste à l’Institut Pasteur et le plus brillant Jules qui passe à 16 ans son baccalauréat à Nantes avec mention, reçoit une bourse de la Ville et entre à Centrale Paris dont il sort major de promotion en 1880. 

La guerre franco-prussienne de 1870 et les prisons 

Alfred est mobilisé le 10 août 1870 au déclenchement de la guerre du 19 juillet car il a tiré un mauvais numéro. En effet, selon la loi de 1868, dite loi Niel, les appelés doivent tirer au sort un numéro, qui détermine s’ils doivent ou non partir (les plus petits numéros étaient incorporés).  Il est incorporé au 93e puis 19e régiment d’infanterie envoyé sur le front de l’Est. Il fait partie des 173 000 prisonniers de la capitulation de Metz qui sont répartis à travers le royaume de Prusse.

Livret militaire d’Alfred Laidet

Livret militaire d’Alfred Laidet

Date du document : 1870

Alfred est libéré en juin 1871 après la signature de l’armistice. Enrégimenté de nouveau à Versailles, après la semaine sanglante du Paris en feu de la Commune, il paye un remplaçant et rentre à Nantes le 30 août 1871. 

La carrière lyrique

Alfred Laidet est formé au Conservatoire de musique de Nantes alors dirigé par François Joseph Bressler (1805-1889), dans la classe chant de M. Marie. 

Dans la presse locale, Le Phare de la Loire relate qu’à la remise des prix de fin d’études du conservatoire en 1872, le premier prix de chant n’est pas attribué mais pour rappel le deuxième prix de 1870 avait été donné à Alfred Laidet, preuve s’il en faut qu’il ne fût pas encore remis en 1872, néanmoins il se lance.

Il est engagé comme ténor léger pour la saison 1874-1875 au Grand-Théâtre de Versailles puis on le retrouve sur la plupart des scènes théâtrales de France (Nantes, Brest, Cherbourg, Rennes, Montpelier…) mais aussi deux saisons à Constantinople.  La chance de sa vie sera de rencontrer à Paris le grand Victor Louis Joseph Warot (1808-1807), alors professeur de chant et d’harmonie qui complète sa formation. Alfred épouse en 1876 Anne Berthe Charlot-Serraut (1855-1944), la cousine par alliance de Warot qui lui-même sera son témoin. Victor Louis Warot a été premier ténor adulé puis chef d’orchestre et professeur de chant durant quinze ans dans la ville de Rennes. 

Mais les liens familiaux avec les Warot ne s’arrêtent pas là. Le fils de Victor Louis Warot, Victor Alexandre (1834-1906), qui sera un des plus grands ténors de l’Opéra-Comique puis de l’Opéra de Paris et enfin professeur de chant du conservatoire de Paris, devient l’ami d’Edmond Laidet poulieur à Nantes et frère d’Alfred. Edmond se marie en 1881 à Angèle Léger, cousine germaine de l’épouse du ténor, faisant de Victor Alexandre Warot son témoin et cousin par alliance.

Portrait d’Alfred Laidet en tenue de scène en 1877

Portrait d’Alfred Laidet en tenue de scène en 1877

Date du document : 1877

Quelques rôles titres où Afred Laidet s’est illustré :

- Le 18 février 1877 au Grand Théâtre d’Angers on joue La Petite Mariée, opéra-comique en trois actes (opéra bouffe). Alfred Laidet joue San Carlo. 

- Le 19 août 1883 au Théâtre de Boulogne-sur-Mer dans Les Mousquetaires de la Reine, opéra-comique en trois actes, Alfred Laidet est Olivier d’Entragues.

- En juin 1884 à Paris dans Le Caïd Alfred Laidet interprète Birotteau.

Vers la fin de sa carrière de chanteur lyrique, le 28 octobre 1889, Alfred Laidet est engagé comme professeur de chant au conservatoire de musique de Versailles. La presse locale relate régulièrement de façon élogieuse ses interventions et les prix obtenus par ses élèves. Alfred sera également durant quelques années critique musical et théâtral au Journal de Versailles. Parallèlement, il ouvre un cabinet d’assurance avec un collègue.

Portrait d’Alfred Laidet au Théâtre d’Aix en 1884

Portrait d’Alfred Laidet au Théâtre d’Aix en 1884

Date du document : 1884

La presse versaillaise rapporte également ses interventions comme membre de la loge maçonnique « Les Droits de l’Homme ». Fondée le 3 janvier 1882, sous les auspices du Grand Orient de France, elle prône les principes philosophiques et sociaux de la Révolution française et est réputée pour ses travaux et ses débats. Elle défend les valeurs républicaines, prend position contre le Boulangisme en 1888 et pour les valeurs dreyfusardes. Alfred Laidet chante pour des concerts organisés lors des conférences de la loge.

Le départ en Égypte 

En 1909 Alfred Laidet divorce et se remarie avec Jeanne Journès (1866-1912), elle est la fille d’un ingénieur des Ponts et Chaussées, Isidore Journès (1833-1909) membre de la direction générale de l’Exposition Universelle de 1889, ingénieur des chemins de fer égyptien. Suite au décés de Isidore Journès, Alfred, Jeanne et leur fils Robert, né hors union, rejoignent au Caire, Marie Journès (1848-1926) la mère de Jeanne et épouse de Isidore. Marie est née Brû, elle est cousine germaine de Léon Casimir Brû, le père de Lucie Cousturier la célèbre peintre néo-impressionniste et écrivain anticolonialiste, décédée en 1925. 

Alfred, tout en poursuivant sa carrière de professeur de chant et d’harmonie, devient progressivement un membre éminent de la communauté française du Caire, invité aux multiples réceptions. Il est nommé capitaine des Éclaireurs Français du Caire en 1912, association sous protectorat du ministère français de la Guerre qui prépare les jeunes en cas de conflit. 

Carte postale adressée à Alfred Laidet en 1915

Carte postale adressée à Alfred Laidet en 1915

Date du document : 1915

Alfred devenu veuf, se remarie en 1916 avec Ida Pièromali. Son fils Robert est engagé dans la Première Guerre mondiale. Il est blessé à la seconde bataille de la Marne en juillet 1918. Durant la guerre Alfred et Robert échangent une centaine de lettres relatant la vie au quotidien au Caire et au front. Alors engagé à Adama en Turquie en 1919, Robert recommande à son père de lire Le Feu de Henri Barbusse lui disant que cela décrit bien la vie au front de son escouade. Robert rentrera d’Égypte au décès de son père Alfred en 1921. Il épouse en 1922, la jeune fille de la Croix Rouge qui lui donna les premiers soins à Sarlat dans le Périgord, après sa blessure. Robert sera capitaine des Pompiers de la ville et recevra de nombreuses médailles, il sera nommé officier de la Légion d’Honneur en 1951.

Lettre d’Alfred Laidet à son fils Robert, 11 septembre 1918

Lettre d’Alfred Laidet à son fils Robert, 11 septembre 1918

Date du document : 11/09/1918

Son demi-frère Raymond (1921-2002), fils d’Alfred et d’Ida, sera engagé dans la Résistance dès 1940 au sein de la Première Division Française Libre. Il débarque en Provence avec Leclerc et de Lattre de Tassigny pour libérer la France. Il y avait de l’atavisme dans les gènes des enfants d’Alfred Laidet...

Philippe Armagnac
Petit-fils de Robert Laidet 
2026

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