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Nantes la bien chantée : Ah ! Les civelles !

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Bien des chansons traditionnelles citant la ville de Nantes vantent la beauté de ses habitantes mais rares sont celles qui prennent le temps de promouvoir les plaisirs de la table qui lui sont attachés. Cette truculente pépite se propose de corriger cette injustice.

Nantes, dans le texte

Certes, Nantes n’est pas seule ville de France à compter les civelles parmi les valeurs sûres de sa gastronomie, et quand j’écris « valeur sûre », je peux à la fois faire référence à la place de choix qu’elles occupent dans l’imaginaire des gourmets de la région mais également à la dimension pécuniaire qui, objectivement, dépasse l’entendement.

Trois des quatre couplets mentionnent Nantes, auxquels il faut ajouter le refrain qui sonne et résonne comme un véritable hymne à la gastronomie locale.

La belle anguille

Peut-être n’est-il pas inutile, pour commencer, de rappeler quelques fondamentaux concernant l’anguille dite européenne, ainsi nommée pour ne pas la confondre avec le frelon asiatique. Cette globe-nageuse naît quelque part au large de la Floride, pour faire simple, dans la fameuse mer des Sargasse, qu’on ne connaît pratiquement que pour cela  : être la maternité des anguilles. En s’aidant des courants marins, la larve rejoint l’Europe et s’aventure dans les fleuves et rivières qu’elle va remonter, surmontant vaillamment les nombreux obstacles qui vont lui pourrir la vie jusqu’à sa destination  : barrages, moulins, pêcheurs, etc. C’est notamment lorsqu’elles parcourent les estuaires que les larves devenues civelles – mais pas encore anguilles – subissent les assauts des pêcheurs, légaux ou braconniers.

Les civelles constituaient il y a peu, un plat « de pauvre ». On la servait volontiers froide, en vinaigrette. Chacun sait qu’aujourd’hui, c’est un plat de luxe : comptez jusqu’à… vraiment beaucoup d’euros le kilogramme, de ce truc aussi appétissant qu’une gamelle remplie à ras bord de lombrics rectifiés à l’eau de Javel. C’est sans doute le prix qui fait le goût mais tout de même…

Un bel exemple de chanson locale

Avec cette chanson dans laquelle l’esprit de clocher et le chauvinisme gastronomique ont le mérite d’être totalement assumés, on sort quelque peu des sentiers plus ou moins battus de la chanson traditionnelle pour s’aventurer vers les méandres créatifs de la chanson locale. La plupart de ces chansons ont été écrites sur un air préexistant, à l’instar de nombreuses complaintes criminelles. Au reste, nombre de complaintes criminelles peuvent être également considérées comme des chansons locales, mais à la différence des complaintes, la plupart des chansons locales sont écrites sur un ton humoristique, satirique même, allant parfois mais plus rarement, jusqu’à l’autodérision. Les unes vantent la beauté du patelin, les autres la qualité et la beauté de ses filles, d’autres encore préfèrent écorner des personnalités locales. Celle-ci, comme son titre l’indique, porte aux nues les mérites et vertus d’un plat en heureuse voie de disparition alimentaire.

Cela dit, si l’on peut effectivement parler de chanson locale, il serait injuste de limiter son origine à une seule commune. D’ailleurs, plusieurs villes, parfois devenues quartiers (comme Doulon) sont citées à juste titre et plutôt que de localiser la chanson sur un seul patelin, il serait plus juste et judicieux de la situer sur l’estuaire. De la Loire, en l’occurrence.

Cette chanson fut écrite sur l’air de Quand on revoit la tour Eiffel, succès paru en 1930, par Raymond Lengronne, qui ne faisait pas que dans l’humour gastronomique puisqu’on lui doit également Le Naufrage du Petit-Pierre, remarquable complainte relatant le naufrage d’un sloop de Saint-Nazaire, survenu au début du 20e siècle.

Hugo Aribart
Dastum
2022

1. L’habitant de Lyon
Vante son saucisson
L’hôtelière de Caen, ses tripes
Marius « Té, mon bon »
Prépare son poisson
En bouillabaisse et dit : comme c’est bon !
Oui mais Nantes aussi
A des plats exquis

REFRAIN
Quand on déguste un plat d’civelles
C’est à Nantes, c’est à Nantes que l’on s’trouve
Quand on déguste un plat d’civelles
Arrosé d’muscadet
Ou de bon vin d’Vallet
On est heureux et pas morose
Y’a pas à dire, ça nous fait quelque chose
Quand on déguste un plat d’civelles
Oui, j’vous l’dis
Tout l’monde a bon appétit

2. Le dimanche matin
Le cœur plein d’entrain
On part au bord de la Loire
Au son du piano
Tout au bord de l’eau
On danse le fox-trot ou le tango
De Nantes à Mindin
On chante ce refrain

3. A Nantes, à Doulon
Basse Indre ou Couëron
Quand un marmot vient sur terre
Pour qu’il soit costaud
Pas besoin d’lolo
C’est un plat d’civelles qu’il lui faut
Puis un verre de vin
D’nourrice, pas besoin

4. Notre cher président
Doit v’nir prochain’ment
Nous honorer d’sa visite
Etant fatigué
Par ce long trajet
Son estomac s’ra dans ses doigts d’pieds
En sautant du train
Il dira soudain :

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Enregistrement

Nicolas Pinel (chant), Rémy Le Mauff (violon) et Laetitia Lemoine (accordéon), à Nantes (44), le 28 janvier 2022, d’après la feuille volante collectée par l’Association Historique des Îles d’Indre

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Rédaction d'article :

Hugo Aribart

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