Il y a, au moins, trois Saint-Donatien, avec de parfois subtils éléments de continuité. 

Le premier s’organise autour du lieu « traditionnel » du martyre des « enfants nantais » Donatien et Rogatien, au bord de la très ancienne route de Nantes à Angers, à l’emplacement d’une nécropole du Haut-Empire romain. Une basilique y est élevée dès le 5e ou au plus tard le 6e siècle, dans laquelle se font notamment enterrer plusieurs évêques de Nantes aux 9e et 10e siècles : ce serait même, selon la Chronique de Nantes du 11e siècle, le premier lieu de sépulture d’Alain Barbetorte. Le prieuré que Charlemagne confie en 787 à des Bénédictins est transformé en abbaye entre 824 et 827. L’édifice est reconstruit après l’occupation viking et cette nouvelle église subsiste, pour l’essentiel, jusqu’en 1872. Les traces archéologiques des premiers bâtiments sont très difficiles à interpréter, d’autant que les très fructueuses fouilles réalisées par Abel Cahour en 1873 – elles dégagent notamment plus d’une centaine de sarcophages – sont menées selon des méthodes aujourd’hui dépassées. La chapelle Saint-Étienne, à quelques pas, pourrait dater de l’époque mérovingienne ou carolingienne. 
Il reste donc bien plus de traces actuelles du deuxième Saint-Donatien, une paroisse « champêtre et non pas des faubourgs » selon Dubuisson-Aubenay (1636), où l’on cultive encore la vigne au 16e siècle, suffisamment à l’écart pour que Nantes y isole ses pestiférés au 15e siècle, dans une maison probablement proche de l’Erdre, suffisamment rurale aussi pour que l’hôpital y envoie en nourrice ses enfants abandonnés. Les vastes étendues dégagées permettent d’y implanter le couvent des chartreux et tout naturellement, au 19e siècle, les casernements du quartier Mellinet. 

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Au 19e siècle, l’extension de la ville transforme peu à peu la paroisse en un quartier urbanisé de presque 6 000 habitants en 1872, de plus du double en 1907, mais jardiniers et horticulteurs y côtoient encore les ouvriers travaillant notamment à la Manufacture des tabacs qui peuplent la rue de Coulmiers. Cette dualité est consacrée par la construction de la chapelle Sainte-Élisabeth en 1888, érigée en paroisse en 1941, tandis que le quartier nettement plus bourgeois et un temps encore rural se resserre autour de la nouvelle église édifiée entre 1873 et 1902, une basilique de style gothique avec une crypte romane due aux architectes Émile Perrin et Louis Liberge, victime d’un grave incendie en juin 2015. Cette « terre sainte » nantaise, où le martyre de Donatien et Rogatien est rappelé rue Dufour par les deux croix du sculpteur Hernot érigées en 1896, est marquée par des personnalités comme l’abbé Thomas (1861-1939), à l’origine en 1901 de la Caisse rurale et urbaine des enfants nantais, et par les rassemblements patriotiques ou religieux qui se tiennent sur la place où est érigée, en 1913, une statue de Jeanne d’Arc. Il demeure de ce passé le monastère du Carmel et la maison de retraite du clergé Le Bon Pasteur, fondée en 1856 par l’abbé Guibout. 

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Cahour, Abel (Abbé), « Compte-rendu des fouilles faites à Saint-Donatien en 1873 », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°13, 1874, p. 19-130

Jarnoux Alphonse, « Paroisse Saint-Donatien », Les anciennes paroisses de Nantes, vol. 2. Les paroisses hors de la cité, Impr. régionale, Bannalec, 1982, p. 9-35

Monteil, Martial, «Les édifices des premiers temps chrétiens à Nantes », dans Nantes religieuse de l’Antiquité chrétienne à nos jours : actes du colloque organisé à l'université de Nantes (19-20 octobre 2006), Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, Nantes, 2008, p. 15-60

« Quartier de Paris : de Chanzy aux Batignolles », Les annales de Nantes et du pays nantais, n°226, 1987

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Basilique Saint-Donatien et et Saint-Rogatien

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Rédaction d'article :

Alain Croix ,  Marcel Launay ,  Martial Monteil