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Restaurants municipaux pendant la Seconde Guerre mondiale Pierre Louis Athénas (1752 – 1829)

Polonais


Nantes, ville ouverte aux étrangers ? Hollandais, Italiens, Espagnols, Irlandais, et tant d’autres nationalités y ont trouvé un toit. Des communautés s’y sont formées, des personnages y ont laissé un souvenir marquant. Bien que leur présence soit plus discrète et un peu oubliée, la ville a également accueilli des Polonais, et ce, dès le 19e siècle. Le recensement de 1851 en dénombrait déjà 95. Retour sur ce passé.

« Offrande aux Polonais »

Boguski, Choynacki, Byzsinski, Maluski, Miezinski… Pas de doute sur la nationalité des ces hommes, qui ont quitté leur pays après les échecs des soulèvements contre l’occupant russe (1830-31) ou prussien (1848). Dans la cité nantaise, ils vivent ou survivent, pour la plupart, de métiers manuels. D’autres ouvrent un commerce. Plusieurs fondent une famille franco-polonaise.

L’arrivée de ces patriotes est accompagnée d’un élan de générosité des Nantais. En octobre 1832, la mairie et la Garde nationale s’associent pour une « Offrande aux Polonais », sous la forme d’une souscription soutenue par la garnison ; des milliers de Nantais répondent à l’appel.

Souscription de soutien aux Polonais de Nantes

Souscription de soutien aux Polonais de Nantes

Date du document : octobre 1832

La main d’œuvre polonaise dans l’industrie nantaise

Après la Première Guerre mondiale, les usines font appel aux hommes pour travailler l’acier. Les femmes polonaises aussi tiennent une place dans ce recrutement économique. À l’usine ou comme cuisinières, lingères, femmes de ménage : une dizaine de Polonaises sont, ainsi,  « employées de basse-cour » par une institution religieuse de la Perverie dans les années 1930. Le recensement de 1936 à Nantes mentionne la présence de 105 Polonais et 78 Polonaises.

Des ouvriers polonais sont notamment recrutés à l’usine des Batignolles aux côtés d’autres étrangers (principalement Autrichiens et Tchèques), pour la construction et la réparation de locomotives. Un recensement en dénombre 75 en 1931. Le nom de l’un de ces ouvriers a durablement marqué la mémoire nantaise. De son nom de naissance Władysław Kubera, Willy Wolf était ajusteur aux Batignolles. Habité par l’idée de célébrité, il arrive à Nantes en 1924. Boxeur et acrobate amateur, Willy défraye la chronique nantaise le 31 mai 1925 : il se jette du haut du Pont Transbordeur avant de disparaître dans les eaux de la Loire. Bien qu’aucune rue nantaise ne lui rende hommage, son décès tragique est évoqué dans deux fresques du centre-ville : Le mur tombé du ciel et la fresque de la rue Montaudouine.

Willy Wolf sur le « Mur tombé du ciel »

Willy Wolf sur le « Mur tombé du ciel »

Date du document : 19/02/2019

Il a fallu loger ces ouvriers – polonais ou non – et leurs familles. La Compagnie des Batignolles a fait appel à la société Bessonneau d’Angers, qui a installé près de l’usine des maisonnettes en bois, donnant naissance aux cités du Ranzay, de la Baratte et de la Halvêque.

Ce sont les mêmes maisonnettes que l’on retrouve dans une ville voisine, à l’ouest de Nantes, à Couëron, haut-lieu de l’immigration polonaise dans le département. Comme l’usine des Batignolles, les Établissements J.J. Carnaud et Forges de Basse-Indre ont eu recours dans ces années 1920 à la main d’œuvre étrangère – Polonais, Espagnols, Italiens, etc. – pour la production du fer-blanc. Cette communauté polonaise couëronnaise, forte de plus de 800 personnes avant la Seconde Guerre mondiale, a défendu son identité, affirmant ainsi sa personnalité. Bien des patronymes polonais ont essaimé sur le territoire, que l’on retrouve sur les boîtes aux lettres nantaises.

Maison en bois des Batignolles

Maison en bois des Batignolles

Date du document :

Les fêtes de l’amitié franco-polonaise

À l’issue de la Première Guerre mondiale, le jeune État polonais, reconstitué aux termes du Traité de Versailles, est un pays encore fragile. Il doit se résoudre à combattre dès 1919 sa voisine, la Russie rouge, empressée d’étendre ses frontières.

Pour soutenir le pays, allié de toujours, une Association des Amis de la Pologne voit le jour en France, avec des antennes dans moult villes et même des lycées. Des fêtes de l’amitié franco-polonaise sont notamment organisées à Couëron, Indre et également à Nantes, comme c’est le cas fin mai 1927.

L’ambassadeur de Pologne, l’attaché militaire et le consul général honorent de leur présence cette manifestation au programme copieux : le samedi 27, bénédiction et pose du premier rivet d’un sous-marin en cours de construction aux Chantiers de la Loire ; le soir au Royal-Ciné, rue de Flandres, conférence sur « La glorieuse résurrection de la Pologne », par Rose Bailly, secrétaire générale des Amis de la Pologne. Ce comité nantais est alors présidé par l’avocat Louis Linÿer, conseiller général, président de la Société géographique et commerciale de Nantes.

Arrivée à Nantes d’Alfred Chlapowski, ambassadeur de Pologne, pour les fêtes franco-polonaises

Arrivée à Nantes d’Alfred Chlapowski, ambassadeur de Pologne, pour les fêtes franco-polonaises

Date du document : 27/05/1927

Le lendemain sont programmés une messe en la cathédrale, un pèlerinage au cimetière militaire de la Bouteillerie et, à midi, un grand banquet officiel aux Salons Bernard, rue du Bocage.

Victimes de la Déportation

Bien des Juifs polonais quittent leur pays natal pour la France pour des raisons économiques, mais aussi pour fuir l’antisémitisme et les persécutions. Il n’est toutefois pas simple de retracer ces parcours individuels, les archives permettant de les quantifier et d’en savoir plus sur la date de leur arrivée et les motifs de leur immigration étant rares. Parmi les familles juives ayant élu domicile à Nantes, plusieurs d’entre elles sont frappées par les rafles opérées en Loire-Inférieure pendant l’Occupation allemande. Les 15 et 16 juillet 1942, 25 personnes sont arrêtées, de nationalités diverses : française, russe, turque, roumaine, hongroise. Douze Polonais sont promis au convoi qui doit les conduire à Auschwitz, parmi lesquels le jeunes Simon Kravetz, encore lycéen, Salomea et son frère Alexander Galek, dont les parents échappent au coup de filet avant d’être finalement arrêtés et de connaître le même sort. Tous ces noms figurent sur les tables mémoriales de la synagogue de Nantes.

Avec le « salut » de CZEŚĆ !

Ce passé des Polonais de Nantes et des environs a été le terreau sur lequel a pris racine en 2008 CZEŚĆ ! Nantes-Pologne (en polonais, le mot signifie « Salut ! »). Cette association, que préside Olivier Jaworski, se propose de promouvoir et faire perdurer le patrimoine culturel, linguistique, gastronomique de la Pologne, d’enrichir les liens entre les deux pays. Elle accueille les ressortissants polonais de passage ou en résidence dans la ville, leur proposant de les accompagner.

Ateliers de conversation en langue polonaise, conférences, expositions, concerts, rencontres familiales, animations festives…CZEŚĆ Nantes-Pologne, qui a son siège à la Maison de l’Europe, multiplie activités et initiatives.Les Nantais ont pu lui

emboîter le pas en septembre 2024 lors des Journées européennes du patrimoine et du matrimoine à la faveur d’un « Parcours polonais dans la ville » minutieusement défini par Jean-Bernard Lugadet, membre actif.

Guy Chabior
CZEŚĆ Nantes-Pologne
2026



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En savoir plus

Bibliographie

Croix Alain (dir.), Nantais venus d’ailleurs. Histoire des étrangers à Nantes des origines à nos jours, Association Nantes Histoire, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2007, 416 pages

Pages liées

Dossier : Batignolles

Juillet 1942 : rafles et déportations de Juifs à Nantes

Fresque de la rue Montaudouine

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Solidarité Ouvrier Migration

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Rédaction d'article :

Guy Chabior

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