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Clémence Royer (1830 – 1902) Fontaine de la place Royale

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Observatoire astronomique de la Marine


Il existe à Nantes une longue tradition de l’observation astronomique qui remonte au 17e siècle. Différents lieux ont servi de sites d’observation, révélant l’importance de cette pratique nantaise pour l’avancée de la connaissance scientifique et la navigation. Parmi eux, l’observatoire de la Marine perdure dans le paysage.

Les premiers sites d’observation astronomique nantais

À Nantes, la pratique de l’observation astronomique est, depuis 1672, et jusqu’à la suppression de leur ordre en 1762, entièrement liée aux Jésuites et à l’École d’hydrographie située à l’hôtel de Briord. C’est dans ce cadre que des observations astronomiques sont pratiquées, notamment au cours d’événements importants, tel le passage de la comète de 1681 par le père Fontenay, ou encore le passage de la planète Vénus devant le Soleil en 1761 par le père Chardin. Les Jésuites possèdent alors un observatoire constitué d’un matériel fourni, avec cinq lunettes dont la plus grande mesure 21 pieds de longueur, soit environ 7 mètres. Dans les dernières années du 18e siècle, un observatoire est installé sur la tour sud de la cathédrale, avec pour fonction d’être un lieu de formation pour les élèves de l’École d’hydrographie. Haut d’une dizaine de mètres et construit en bois, l’observatoire est une sorte de donjon coiffant la tour de l’édifice religieux et fait partie du paysage nantais des années 1790 aux années 1820.

L’observatoire de la maison Graslin

Dans les années 1810, un véritable service des observatoires de la marine se met en place dans les principaux ports de France. Le rôle de ces établissements est d’offrir un cadre privilégié au contrôle des montres marines devant être embarquées sur les navires et de permettre aux capitaines de la marine militaire ou marchande de traverser les mers avec des instruments de navigation fiables. C’est dans ce contexte qu’en 1823, sous l’impulsion de la Société académique, un observatoire astronomique est installé dans la tour de la maison Graslin. Située à l’angle de la rue Crébillon et de la rue Molière, la maison Graslin désigne l’hôtel particulier de Jean-Joseph Graslin, le promoteur du quartier qui porte aujourd’hui son nom. La gestion de cet établissement scientifique est confiée à une Commission de l’observatoire, spécialement créée au sein de la Société académique, dont les membres sont l’opticien de la marine Frédéric Huette, le professeur d’hydrographie Pierre Caillet et le sculpteur Thomas Louis. L’observatoire est équipé d’une lunette murale et d’une horloge astronomique Berthoud, permettant ainsi de contrôler la marche des montres marines appartenant aux capitaines nantais.

L’observatoire astronomique de la Marine

En 1827, un véritable observatoire astronomique de la Marine est édifié dans le port marchand breton au 18 rue de Flandres, juste au-dessus du quai de la Fosse, dans le même ensemble de bâtiments constituant l’École d’hydrographie nouvellement construite. Bâti par l’architecte Étienne-Jean-Baptiste Blon, ce nouvel observatoire possède une architecture spécifique à une utilisation astronomique, caractérisée par la présence de voûtes de pierres destinées à casser les vibrations préjudiciables aux instruments astronomiques. Le contrôle des montres marines s’opère au dernier étage de la tour, dans une pièce appelée le cabinet des montres. L’observatoire nantais est également le théâtre d’une page de l’histoire de l’astronomie populaire non négligeable, en étant le siège de l’une des toutes premières sociétés astronomiques françaises. Créée en 1884, la Société astronomique de Nantes y réalise plusieurs observations dont celle de la supernova de 1885 dans la galaxie d’Andromède. Enfin, un cinquième observatoire, dédié aux études météorologiques et magnétiques, a également été créé au Petit-Port en 1880.

L’observatoire de la rue de Flandres ferme ses portes en 1887, tandis que l’École d’hydrographie est transférée dans un autre lieu. Les bâtiments ont miraculeusement survécu, et la tour de l’ancien observatoire est toujours visible au 18 de la rue de Flandres-Dunkerque. Fortement menacé de destruction à la fin des années 1990, l’ancien observatoire de la Marine de Nantes vit aujourd’hui une période d’une grande importance, où la question de son devenir en tant qu’objet patrimonial est désormais posée.

Si la création de cet observatoire est intervenue dans le premier tiers du 19e siècle dans un contexte de mise en place d’un réseau d’observatoires de la Marine dans les ports de Toulon, Rochefort, Lorient, Brest et Cherbourg, l’établissement nantais est toutefois un cas unique en France : le seul observatoire chronométrique construit dans un port marchand.

Olivier Sauzereau
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2013 (mis à jour en 2023)
(droits d’auteurs réservés)

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