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Hôtel de Bretagne, 23 rue de Strasbourg


Imaginé par l’architecte Émile-Adolphe Ogée en 1875, l’Hôtel de Bretagne est un établissement hôtelier de standing érigé aux abords de la nouvelle rue de Strasbourg. Aujourd’hui occupé par des services municipaux, sa façade monumentale ornée de décors sculptés en rapport avec la Bretagne a été préservée.

De l’ancien hôtel de Bretagne…

Au 19e siècle, au moins depuis 1848, il existait un hôtel de voyageurs, l’hôtel de Bretagne, occupant une partie de l’immeuble situé à l’angle de la place du Port-Communeau et de la rue des Pénitentes. Vers 1865, ses propriétaires sont les descendants de la famille Hectot-Delaunay.

Or, cet immeuble est concerné par une procédure d’expropriation dans le cadre du percement de la rue de Strasbourg (route nationale n°137) qui débute en 1866. Depuis la fin du 18e siècle, le projet d’une percée nord-sud à travers la ville ancienne est plusieurs fois ajourné. Il est relancé en 1860 et, après plusieurs aller-retours entre la Ville et l’État, est finalement approuvé en 1862. Il s’agit de prolonger la route de Rennes entre le Port-Communeau et la Loire.

En 1866, Aimée, Elisabeth et Marthe Hectot, propriétaires de l’hôtel de Bretagne, font part à la Ville de leurs inquiétudes et incertitudes sur le devenir de leur hôtel. Ils demandent à ce que l’intention d’exproprier soit clairement exprimée par la Ville et qu’un arrêté en fixe la date. Cette demande semble être restée sans suites.

Aussi, en 1869, les propriétaires remettent en location leur hôtel auprès de Louis Pierre Lahaye et son épouse, et de M. Sinan pour une durée de 15 ans, contre un loyer annuel de 8 500 francs, auxquels s’ajoutent 2 000 francs pour le loyer de trois magasins du rez-de-chaussée. Mais en décembre 1871, la Ville ordonne l’expropriation pour cause d’utilité publique, qui doit être effective pour Noël 1873.

S’ensuit une longue négociation entre les gérants de l’hôtel et la Ville devenue propriétaire des lieux, négociation qui vire au contentieux. Le différend porte d’abord sur le montant des indemnités à percevoir : les gérants réclament 210 240 francs, montant jugé exorbitant par la Ville. Devant ces prétentions, la Ville ajourne la procédure d’expulsion, mais les gérants n’acceptent pas la proposition d’une prolongation de leur bail, réclamant des dommages et intérêts. La situation s’envenime jusqu’au procès. En 1874, les riverains de la rue de Strasbourg s’inquiètent et contestent la lenteur de la procédure qui rend impossible la livraison de la percée. Certains menacent de poursuivre la Ville en justice.

Aussi, en juillet 1875, la Ville signe une convention avec les intéressés par laquelle elle s’engage à verser 85 000 francs d’indemnités, à permettre aux gérants de poursuivre leur activité jusqu’en décembre 1876 et enfin à leur céder gratuitement un terrain sur la rue de Strasbourg pour y édifier un nouvel hôtel ; en échange les gérants s’engagent à quitter les lieux au plus tard en décembre 1876 avec une possibilité de permission dérogatoire de trois mois supplémentaires.

… au nouvel hôtel

Le terrain cédé se trouve situé sur la nouvelle artère en cours d’achèvement. La situation sur la rue de Strasbourg est censée être gage de plus-value. Mais les édiles ne portent pas d’ambition économique ou commerciale à ce projet, vécu avant tout comme un projet de voirie utilitaire voulu de l’État.

Pour autant, les gérants de l’hôtel de Bretagne ambitionnent d’y créer un établissement d’importance. Ils s’adressent à l’architecte Émile-Adolphe Ogée pour les plans qui sont approuvés en octobre de 1875.

La construction se veut rapide puisque les travaux doivent être achevés au plus tard début 1877, période à laquelle leur ancien hôtel, selon les termes de l’accord, devra être vacant.

L’achèvement de la construction est retardée par divers aléas dont une grève ; dans une lettre en date du 3 mai 1876, les propriétaires s’expliquent : « Nous avons l’honneur de porter à votre connaissance la situation pénible et inquiétante qui nous est faite par suite de la grève des maçons et tailleurs de pierres. Comprenant l’embarras et le préjudice que nous causons à la Ville ainsi qu’aux nombreux propriétaires qui ont déjà bâti sur la rue de Strasbourg, nous activions autant qu’il était possible les travaux de notre construction afin de faciliter au plus tôt l’ouverture de la rue. Nous avons été contrariés par une saison très rigoureuse et peu propice à la construction ; c’est au moment où les travaux auraient subi l’impulsion la plus vive que nous les voyons suspendus par cette malheureuse grève qui paraît se prolonger au-delà de toute prévision. »

À son ouverture, le nouvel établissement apparaît comme un établissement de standing. L’hôtel présente une façade sur rue, monumentale, de style éclectique, ornée de décors sculptés en rapport avec la Bretagne. Ainsi, les portraits d’Anne, duchesse de Bretagne, et de son époux Louis XII y figurent en bonne place ainsi que les armoiries bretonnes en position centrale.

Les cartes postales du début du 20e siècle révèlent également la qualité du décor intérieur des pièces d’apparat, notamment la grande salle des fêtes, au plafond éclairé par une vaste verrière et aux murs peints (arbres aux formes tourmentées) et ornés de stucs (coquilles, ornements floraux et putti) d’inspiration Rococo. Les portes vitrées adoptent un motif d’entrelacs en imposte qui accompagne le décor peint. Cet ensemble de décoration est possiblement réalisé aux alentours de 1900 ; cette salle des fêtes et de réceptions de l’hôtel est spécifiquement mentionnée dans l’Annuaire général de Loire-Inférieure à partir de 1902, alors qu’elle n’apparaît pas dans les éditions précédentes.

Un hôtel éphémère remplacé par la Société Nantaise d’Électricité

Alors que la nouvelle rue de Strasbourg est enfin ouverte, l’hôtel de Bretagne reste le seul établissement de sa catégorie dans la rue et aucune grande enseigne ne s’y installe. L’hôtel est géré successivement par Louis et Perrine Lahaye et son épouse puis par leur fille Constance qui est également gérante du grand hôtel de la Plage à la Baule (aujourd’hui disparu). Elle est secondée par son fils qui en devient directeur vers 1900.

Mais l’hôtel ne parvient pas à se maintenir après guerre sans qu’on n’en connaisse la raison. Il est revendu en 1924 à la Société Nantaise d’Éclairage et de Force par l’Électricité (ou Société Nantaise d’Électricité) qui en revoit la distribution intérieure pour l’adapter à ses besoins en bureaux et en salles de travail. Néanmoins, d’après les plans existants, les modifications (nouveaux cloisonnements) opérées par les architectes Étienne Coutan et Camille Robida restent à la marge et l’on peut encore profiter de la salle des fêtes et des pièces d’apparat.

Après guerre, l’immeuble est restructuré pour répondre aux besoins de la société d’Électricité. En 1959, une surélévation est réalisée en fond de parcelle pour y loger six bureaux sur trois niveaux supplémentaires. La salle des fêtes est détruite à l’occasion des travaux de 1964 et remplacée par un garage donnant sur la rue Beausoleil.

Un immeuble pour les services municipaux  

Les principaux changements récents surviennent avec l’achat de l’immeuble par la Ville de Nantes en 1997. À cette date, la mairie a besoin de reloger une partie de ses services, trop à l’étroit dans les locaux de l’hôtel de ville. Or l’immeuble du 23 rue de Strasbourg est libéré par Électricité de France qui vient de déménager dans un nouveau siège, allée des Tanneurs, sur le cours des Cinquante Otages. La Ville saisit cette opportunité et acquiert le bien pour un montant de 12,2 millions de francs.

Depuis 1997, plusieurs services municipaux s’y sont succédé, notamment la Direction de la Vie Associative et de la Jeunesse, et plus récemment la Direction générale de l’Information et de la Relation au Citoyen.

Irène Gillardot
Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2023



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Extension et limite urbaine Immeuble Plan d'embellissement

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Irène Gillardot

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