Escaliers et statue Sainte-Anne
Palais des sports

Habiter Bellevue : 1960-2000

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Alors que l’explosion pavillonnaire avait marqué les décennies précédentes, les années 1960 font la part belle aux grands ensembles. Le changement d’échelle est net et le surgissement de ces nouveaux quartiers bouleverse le paysage urbain, à Nantes comme ailleurs en France. Après la période d’hégémonie des grands ensembles, le modèle pavillonnaire reprend toute sa place dans l’urbanisation de la banlieue, avec cependant des expérimentations nouvelles d’habitat social mixte à partir des années 1980. Bellevue poursuit sa transformation, laissant place à un paysage composite.

Carte des formes d'habitat avant 1960, quartier Bellevue

Carte des formes d'habitat avant 1960, quartier Bellevue

Date du document : 22-09-2020

La Z.U.P. Nantes-Saint-Herblain : changements d’échelle

Pour accélérer la construction des grands ensembles, l’État crée un nouveau modèle d’intervention planifiée : les Z.U.P. , les Zones à Urbaniser en Priorité.
A Nantes, la Z.U.P. de Bellevue créée en 1959 est la plus ancienne et la plus importante : touchant deux communes – Nantes et Saint-Herblain – sur 110 hectares, elle est vouée à accueillir 30 000 personnes. Il ne s’agit plus de construire un lotissement ou une cité de quelques centaines d’habitants, mais bien de bâtir une ville nouvelle fondée sur des principes largement partagés par les urbanistes de cette époque : le zoning qui implique une séparation des fonctions d’habitation et de production, l’architecture fonctionnelle qui privilégie des modes de construction standardisés et rationalisés.

Plan de la ZUP de Nantes Saint-Herblain

Plan de la ZUP de Nantes Saint-Herblain

Date du document : 1961

Les premiers coups de pioche interviennent en 1962, les premiers immeubles d’habitation sortent de terre en 1964 et le chantier dure jusqu’au milieu des années 1970. Une décennie pendant laquelle on construit plus de 7 000 logements – les « unités d'habitations » du T2 au T7 –  dont 3 500 logements sociaux. L’arrivée massive des nouveaux habitants n’est pas sans poser problème : les habitants dénoncent le manque de moyens de transports, l’absence de supermarché, le manque de places dans les écoles.

Les autres équipements tels les centres de loisirs et équipements socio-culturels suivront dans les années 1970. Le chantier du tramway interviendra sur la décennie suivante, annonçant le désenclavement de Bellevue désormais relié au centre-ville en moins de 20 minutes. Mais il faudra attendre les années 1990-2000 pour que le secteur Est de la ZUP (secteur Lauriers) qui compte parmi les plus peuplés mais les moins bien desservis, bénéficie de nouveaux équipements publics – la Maison de l'Habitant et du Citoyen –, de nouvelles activités – la cour artisanale boulevard Jean-Moulin – et enfin du tramway.

Développement de la ZUP Nantes-Bellevue-Saint-Herblain

Développement de la ZUP Nantes-Bellevue-Saint-Herblain

Date du document : années 1980-1990

Mais revenons aux années 1970. Même si les chantiers se poursuivent, le modèle de la Z.U.P. est déjà remis en cause. A ce sujet, un des épisodes les plus connus à Bellevue est la contestation des habitants menée en 1974, à l’annonce de la construction d’une nouvelle tour de 110 logements, rue de l’Adour. Le projet est contesté au point que la municipalité renonce et accepte d’y installer au bénéfice des jeunes du quartier le premier Terrain d’Aventure de Nantes.

Le retour au modèle pavillonnaire

Dès la fin des années 1960, la contestation populaire, à l’exemple de la fronde menée par les habitants de Bellevue, avait été précédée par d’autres critiques émises dans les salons feutrées des ministères.
Le modèle du grand ensemble est remis en cause : uniformisation, banalisation, sous-équipement, déshumanisation, isolement.... Des enquêtes démontrent que les Français aspirent à accéder à la propriété individuelle. Mais l’État souhaite maintenir un mode de planification afin de répondre aux impératifs économiques et quantitatifs nécessaires à la construction de masse.

Aussi, de nouvelles expérimentations sont menées par l’État pour favoriser le développement d’habitat individuel bon marché. En 1966 s’ouvre le Villagexpo de Saint-Michel-sur-Orge suivi par celui de Saint-Herblain en 1968. Voici ce qu’en dit Edgar Pisani, ministre de l’Équipement en 1966 : « L’intérêt d’une expérience comme celle de Villagexpo est de démontrer que l’on peut dorénavant, avec des procédés et des matériaux très divers, édifier rapidement et à un prix de revient socialement raisonnable, des types d’habitations indépendants propices à l’épanouissement des foyers tout en évitant le double écueil de la maison isolée et du trop grand ensemble. Il importe, en effet, afin que ne s’étiole la personnalité humaine, de recréer entre l’individu et sa famille, entre la famille et l’alvéole sociale du quartier, entre le quartier et la grande Cité, une série de seuils successifs susceptibles de concilier vie individuelle et vie collective ».
 
Villagexpo repose sur le lancement d'un concours national, à l'issue duquel vingt modèles ont été retenus en vue de promouvoir un habitat individuel de qualité et à coût réduit. Les pavillons sont regroupés et présentés en « hameaux-témoins » ouverts à la visite pour permettre aux futurs acquéreurs de se projeter dans leur vie future.

 

Couverture du guide Village Expo

Couverture du guide Village Expo

Date du document : 10-1966

Projet n°11 Interapro

Projet n°11 Interapro

Date du document : 10-1966

Au delà de l’expérimentation, des projets de lotissement en accession à la propriété individuelle voient le jour. C’est le cas du lotissement des Cytises à Bellevue, dont le permis de construire est déposé en 1968 par « La Maison familiale », société coopérative H.L.M. Son concepteur, Emile Fays, architecte lauréat du concours national de Villagexpo, propose de décliner le modèle présenté à Saint-Michel-sur-Orge pour réaliser 60 habitations – des maisons du type 3 au type 6, de 65 m² à 114 m² regroupées en hameaux : « au morcellement traditionnel, souvent monotone et impersonnel, semble devoir se substituer un nouveau découpage fondé sur le principe du regroupement d'habitations (10 environ) avec espaces communs auquel on désire conférer un caractère villageois. L'expérience montrera si les populations urbaines voudront bien s'accommoder de ce genre de vie (absence de jardins) qui ne tient pas compte du caractère individualiste du Français. Quoi qu'il en soit, cette innovation doit être encouragée… » Même si le lotissement des Cytises n'a pas la même audace que Villagexpo – le projet déçoit quelque peu les services instructeurs de la Ville –, il reprend pour partie les codes et les dispositions qui ont prévalu à sa conception, notamment sa forme architecturale et urbanistique.

Lotissement des Cytises, maisons de type 4

Lotissement des Cytises, maisons de type 4

Date du document : 10-10-2019

Dans les décennies suivantes, cet engouement pour la construction individuelle se vérifie, amenant les offices publics d’H.L.M. à créer de nouvelles formules d’habitat mixte, capables de ménager les exigences de la densification et les principes de l’habitat individuel. On en voit la traduction dans les programmes de construction du Plessis-Cellier.

En 1985, l'Office Public H.L.M. de la Ville de Nantes dépose un permis de construire pour un lotissement de 79 logements individuels et collectifs, le long de la rue Jean-Baptiste Georget. L'OPHLM fait appel à la Coopérative d'Architecte et d'Urbanisme (CAU), composée de 4 architectes : J.-C. Le Fur, J.-P. Lusson, J.-J. Péan et J.-P. Régy. Ce programme décline trois sortes de logements du type2 au type7 : la maison individuelle, le petit collectif et l’habitat dit « intermédiaire ». Cette dernière forme d’habiter propose des logements superposés avec entrées indépendantes desservies par une coursive extérieure.

Lotissement rue Jean-Baptiste-Georget

Lotissement rue Jean-Baptiste-Georget

Date du document : 04-04-2011

Dans les années 1980, les préoccupations énergétiques font également leur apparition. Aussi, les logements du lotissement de la rue Georget sont pensés pour répondre aux normes « bioclimatiques ». Leur conception tient compte d’une orientation optimale ainsi que d’un souci d’isolation thermique.

Outre la recherche d’optimisation énergétique, la recherche de variété architecturale à travers des esthétiques variées est également promue.

En 1992, l’Office Public H.L.M. Nantes Habitat dépose un permis de construire pour créer un nouveau lotissement, au sud de la rue des Alouettes, sur un ensemble de parcelles en friche ou occupées par des jardins. Le projet est de construire 113 logements collectifs et individuels du type 2 au type 7/8. Le programme propose 80 pavillons avec garage et jardin et 33 logements collectifs avec garages au sous-sol. L'innovation du programme a été de faire appel à deux équipes d’architectes : les architectes Evelyne Rocheteau et Eric Saillard en charge de 58 logements (25 individuels et 33 collectifs) et l'Atelier Levy en charge de 55 logements individuels. L'objectif est de varier les modèles d’architecture pour éviter trop d’uniformité. Ce que résume un des auteurs du journal de quartier de l’époque : « Nous sommes loin du béton à la chaîne où les logements construits invariablement à l’identique étaient censés répondre aux attentes de chaque famille. Ce n’est pas l’architecture qui conditionne le mode de vie, mais bien le mode de vie qui définit l'architecture ». Les travaux débutent en mars 1993, les premiers logements terminés sont attribués en janvier 1994.

Lotissement des Alouettes, maisons, avenue de Noroît

Lotissement des Alouettes, maisons, avenue de Noroît

Date du document : 11-10-2019

Lotissement des Alouettes, Maisons, rue d’Autan

Lotissement des Alouettes, Maisons, rue d’Autan

Date du document : 05-01-2020

Alors que l’ensemble de l’espace semble urbanisé, que nous apportent les années 2000 ? Il est encore un peu tôt pour répondre. Toujours est-il que l'heure n'est plus aux grands ensembles – Bellevue entre dans une deuxième opération de rénovation urbaine. L'heure n'est plus aux lotissements individuels consommateurs d'espace. Peut-être est-il temps d'inventer de nouvelles formes d'habiter hybrides, fruits d'initiatives collectives ? Des initiatives venues de ceux qui vivront là plus tard ? A la manière des castors du 21e siècle…  


Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole

2020

En savoir plus

Bibliographie

Pinson, Daniel, « Succession des banlieues et forme de la croissance urbaine dans l'Ouest nantais », Villes et parallèle, n°15-16, 1990

Pinson Daniel, Voyage au bout de la ville. Histoires, décors et gens de la ZUP, Saint-Sébastien-sur-Loire, 1989

Halgand, Marie-Paule, Pasquier, Elisabeth, La construction d'un patrimoine. De l'Office Public d'HBM à Nantes-Habitat 1913-1993, Nantes, 1993

Bossé, Anne, Guénnoc, Marie-Laure, Villagexpo : un collectif horizontal, Paris, 2013

Neveu Joël, Bellevue 1967-1997, Nantes, 1997

Webographie

VILLAGEXPO

Projet le Grand Bellevue

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Rédaction d'article :

Irène Gillardot

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