Étienne Destranges et Jeanne Salières

A


Étienne Destranges (Nantes, 1863 – Nantes, 1915) ; Jeanne Salières (Troyes, 1885 – Nantes, 1988)

 

Grands amateurs d’opéras, ces deux critiques musicaux nantais sont à l’origine de la découverte de l’œuvre de Richard Wagner par le grand public au théâtre Graslin de Nantes.

Date du document :

La promotion de Richard Wagner

Dans les années 1880, Étienne Louis Augustin Rouillé adopte son nom de plume « Étienne Destranges » et devient critique musical dans le quotidien Le Phare de la Loire. Musicographe reconnu par ses pairs, il est le premier nantais à se rendre à Bayreuth en 1888-1889 pour découvrir l’œuvre de Richard Wagner, dont il fait la promotion auprès du directeur du théâtre Graslin à Nantes. C’est là-bas qu’il croise la femme de l’artiste, Cosima Wagner, qui l’autorise à présenter Lohengrin à Nantes en 1891, et La Walkyrie douze ans plus tard, après leurs premières représentations au Théâtre des Arts de Rouen.

Date du document :

Date du document :

Un critique musical reconnu

Il fait également découvrir les œuvres de César Franck et de Claude Debussy, dès ses premières compositions. En 1890, il est le fondateur et rédacteur en chef de l'hebdomadaire L'Ouest-Artiste (qui paraît de 1891 à 1922) et il est aussi à la tête de la rédaction de Nantes-Lyrique jusqu'en 1894. En 1892, il devient ami avec Alfred Bruneau, un compositeur et chef d’orchestre français qui joue un rôle déterminant dans l’introduction du réalisme sur la scène lyrique française, par l’adaptation du naturalisme d’Émile Zola à la musique. Étienne Destranges entretient ainsi une correspondance abondante avec de grands noms de l'opéra de l'époque, dont Vincent d’Indy, Jules Massenet, Ernest Reyer, ou encore Charles-Marie Widor.
Grâce à lui, Nantes est le théâtre de créations nationales comme l’Hérodiade de Massenet en 1883, le Méthistophélès de Boito en 1887, et un an plus tard, de l’Hamlet du compositeur nantais et grand ami de Jules Verne, Aristide Hignard. En 1893, il met la ville de Nantes à l’honneur par la publication de son ouvrage très complet Le Théâtre à Nantes, depuis ses origines jusqu’à nos jours (1430-1893), qui est réédité et complété en 1902.

Date du document :

La rencontre avec Jeanne Salières

Née en 1885, Jeanne Salières passe son enfance à Pontivy en compagnie de ses trois sœurs et de son frère, où elle apprend la musique en travaillant avec la femme de l’économe du lycée. En 1901, elle choisit de partir à Nantes et devient la secrétaire de son oncle et parrain François Salières, qui a créé en 1874 le journal Le Populaire (hebdomadaire, puis tri-hebdomadaire, ce journal devient quotidien le 1er novembre 1886). Elle y fait la connaissance d’Étienne Destranges, qu’elle épouse en 1909. Quant à sa sœur Suzanne, elle se marie avec le peintre et graveur Jean-Émile Laboureur.

 

Une affirmation dans le milieu musical nantais

Après le décès de son époux en 1915, Jeanne poursuit le travail de critique musical de ce dernier à la demande de Marcel Schwob, alors directeur du Phare de la Loire. « Seltifer » devient son nom de plume, en référence au latin « seltifero » qui signifie « celle qui porte le sel ». Fidèle à lui, elle n’hésite pas user d’un ton mordant et précis pour défendre ses points de vue, et prend notamment la défense de la musique de Wagner face à ses détracteurs. Après la Première Guerre Mondiale, elle affirme : « L’instinct du public ne se paie pas de mots. Il n’a jamais songé, même au plus fort de la mêlée, à rendre La Tétralogie responsable des crimes du militarisme allemand. C’eût été par trop ridicule. Qui donc punissait-on en nous privant d’entendre certains chefs-d’œuvre ? » (La Gerbe, novembre 1919). En 1920, elle épouse Albert Bélédin, qui vient d’une lignée d’organistes dont le plus illustre remonte au 18e siècle en la personne de Nicolas Sejean, organiste à Saint-Sulpice à Paris. En 1918, Albert créé une revue littéraire et artistique La Gerbe et fait appel à Jeanne pour la rédaction d’articles sur la peinture et la littérature, même si la majeure partie de ses critiques ont trait à la musique dans les rubriques artistiques du Phare (1915-1944), de La Résistance de l’Ouest (1945-1957) et dans Le Ménestrel, un journal parisien.

 

Bibliothèque municipale

2019

En savoir plus

Bibliographie

Clair-Pondard, Sylvie, « Seltifer : une femme critique musicale à Nantes au début du 20e siècle », Mémoires de la société d’histoire et d’archéologie de Nantes, 1999

Barbier, Patrick, Graslin, Nantes et l’opéra, deux siècles de vie lyrique au Théâtre Graslin, Coiffard libraire-éditeur, Nantes, 1993

Webographie

Étienne Destranges à la Bibliothèque municipale de Nantes

Étienne Destranges sur BNF Data

Le Phare de la Loire consultable en ligne sur le site des Archives départementales de Loire-Atlantique

Revue L'Ouest artiste sur Gallica (Bibliothèque Nationale de France)

Pages liées

Théâtre Graslin

Tags

Contributeurs

Rédaction d'article :

Chloé Voirin