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Le dessous des sols : fouille archéologique de la place Athimon Bananes

Conserverie Veuve Aubin Salles


Anne Hubert (épouse Salles) est l’une des rares femmes à la tête d’une conserverie nantaise. De tailleuse à chef d’entreprise, de la ferblanterie à la conserverie, de Nantes au Pays bigouden, son parcours illustre une transmission d’entreprise réussie. La marque « Vve Aubin Salles » conserve sa valeur dans le temps, résiste à plusieurs changements d’actionnaires jusqu’aux années 1950. Le souvenir d’Anne Hubert-Salles est encore présent au Guilvinec en 2024 lors de la démolition de l’usine qui portait son nom.

La famille Hubert Salles

Anne Hubert naît à Nantes en 1830. Comme son père sellier, elle se forme à un métier de l’artisanat et devient tailleuse. En 1849, elle épouse Aubin Salles. Né en 1821 dans le Tarn d’un père menuisier et d’une mère journalière, ce ferblantier est passé par Saumur avant d’arriver à Nantes. Ensemble, Anne et Aubin ont cinq enfants entre 1851 et 1861. Un des témoins du mariage est Charles Maré, ferblantier qui deviendra lui aussi conserveur.

Aubin Salles et Chatelier

Aubin Salles s’associe avec le ferblantier Eugène Chatelier (1825, Nantes – 1906, Nantes) pour la création d’une société dont l’objet est « la fabrication et la fermeture des boîtes à conserves alimentaires ». L’acte est signé le 15 mai 1855, mais la société déclare avoir commencé son activité le 1er janvier. Deux brevets sont déposés, en décembre 1855 et janvier 1856, concernant la conception d’une boîte permettant une économie d’huile. L’adresse mentionnée est chemin de Couëron, la future rue de la Ville-en-Bois. La société y achète un terrain en 1858.

Localisation de l’atelier de ferblanterie « Salles et Chatelier »

Localisation de l’atelier de ferblanterie « Salles et Chatelier »

Date du document : 29/12/1833

Veuve Aubin Salles et Chatelier

Le 25 janvier 1863, Aubin Salles décède à 42 ans. Anne Hubert se retrouve donc veuve avec cinq enfants à charge, dont la plus jeune n’a pas encore 2 ans. Dans les jours qui suivent, elle prend les affaires en mains et crée une nouvelle société en nom collectif avec l’associé de son mari, Eugène Chatelier. L’objet de la société est toujours le même et la raison sociale devient « Veuve Aubin Salles et Chatelier ». L’activité semble bien fonctionner. Rapidement, en 1865, du négoce de conserves de sardines complète l’affaire. L’acquisition d’une parcelle adjacente à l’atelier est réalisée en 1873. Une marque de fabrique est déposée en 1875 pour un nouveau système d’ouverture. La société est plusieurs fois prorogée. Le dernier acte répertorié date du 22 décembre 1877 pour prolongation jusqu’au 1er janvier 1881.

Marque de fabrique déposée en 1875 pour un nouveau système d’ouverture

Marque de fabrique déposée en 1875 pour un nouveau système d’ouverture

Date du document : 07/01/1875

Le 15 janvier 1879, un incendie, pourtant jugé aux conséquences limitées, met fin à cette association.

Les chemins des associés se séparent

Eugène Chatelier, 54 ans et célibataire, a alors peut-être la volonté de se recentrer sur son métier d’origine ou de ne pas prendre de risques. Il rachète le terrain et les installations de la société Veuve Aubin Salles et Chatelier en nom propre en 1881 et poursuit son activité jusqu’en 1884 sous le nom de « Chatelier ». Le terrain et l’activité (?) sont revendus en 1885 à son neveu Felix Chatelier, puis repris par son frère à la suite du décès de celui-ci. En 1895, l’activité passe à Epiphane Barrau et Lemauf, puis à Barrau seul en 1901.

De son côté, Anne Hubert a 49 ans. Son fils, Jean César Aubin, maître ferblantier, est décédé en 1875. Comptait-elle sur lui pour lui succéder ? Craint-elle les besoins importants en capitaux et en technicité pour suivre l’évolution du métier ? C’est l’époque où débute à Nantes la mécanisation de la fabrication des boîtes avec en particulier Faucheux, Blon, Gauvain. Des procédés semi-automatiques apparaissent comme les machines à rouler et agrafer automatiquement les corps de boîtes en fer-blanc. Perçoit-elle la difficulté à rester indépendant ? C’est l’époque du regroupement des ferblantiers : atelier coopératif en 1875, association des ouvriers ferblantiers boîtiers en 1879, qui est suivie en 1892 par le regroupement Barrau, Bernier, Dauché, Pinard, Chambon, Riom, puis l’arrivée de J.J. Carnaud. Ce ne sont ici que des suppositions. Ce qui est certain, c’est que le 14 février 1880, Anne Hubert dépose une demande d’autorisation de construction d’une fabrique de conserves de sardines au Guilvinec.

Une nouvelle ère : conserves de poissons et de légumes

La construction de l’usine du Guilvinec « Vve Aubin Salles » est vite achevée et l’activité commence dès la saison 1880. En 1882, une publicité revendique déjà deux usines au Guilvinec et aux Sables-d’Olonne. La marque « Sardines Merveilleuses » est déposée en 1884.

Anne Hubert reste basée à Chantenay. Elle s’appuie sur des membres de sa famille pour gérer et développer son activité industrielle. Son frère, François Frédéric Hubert (1843-1922), est ferblantier à Nantes, puis à Saint-Sébastien-sur-Loire au Fresne Rond. En 1883, il rejoint l’usine du Guilvinec où il occupe le poste de contremaître jusqu’à son décès en 1922. Le second fils d’Anne, Eugène, arrive à la même époque à l’usine du Guilvinec pour en prendre la gestion. Son gendre, Antoine Nozières, négociant, est aussi domicilié au Guilvinec. Et un peu plus tard, on y retrouve son neveu Armand-Gilles André. En 1894, le papier à entête de l’entreprise mentionne « 2 usines : Guilvinec et Saint Guénolé ». Autre élément intéressant sur cet entête, il est précisé : « Exploitation à proximité de mes usines de deux fermes pour la culture et la garantie de fraîcheur des légumes employés pour mes conserves de petits pois, haricots verts, etc, etc … ». L’activité ne se limite donc pas au poisson.

Le 25 janvier 1900, un incendie cause des dégâts très importants à l’usine du Guilvinec, avant tout constituée de bois. Une nouvelle fabrique est construite « en dur ». À 70 ans, Anne Hubert quitte la direction de la société Vve Aubin Salles.

Le 10 janvier 1901 est formée une société entre son fils Eugène et sa fille Anne-Marie sous la raison sociale « Aubin Salles fils et Compagnie ». L’acte est rédigé à Pont-l’Abbé et le siège quitte Nantes. Lors du recensement de 1901 à Chantenay, Anne Hubert se déclare « sans profession ». Elle décède en 1921, 11 rue Vaucanson.

Lettre de la Maison Veuve Aubin Salles du 6 juillet 1894

Lettre de la Maison Veuve Aubin Salles du 6 juillet 1894

Date du document : 06/07/1894

Vve Aubin Salles sans Anne Hubert

En 1908, Anne-Marie Salles, veuve Nozières, quitte l’association avec son frère et laisse ses droits à son fils Antoine. La raison sociale de la société devient « Aubin Salles et Compagnie ». Son siège se situe au Guilvinec. De nouveaux projets émergent avec l’autorisation en 1909 donnée pour l’installation d’une usine à Saint-Gilles-sur-Vie.

Le besoin de capitaux amène Eugène Salles et Antoine Nozières à dissoudre l’entreprise fin mars 1912. Ils créent le 6 avril suivant une société en commandite simple ayant pour objet la fabrication, l’achat et la vente des conserves alimentaires, avec un nouvel associé, Maurice Riom. La raison sociale devient « E. Salles, A. Nozières et M. Riom ». Le siège revient à Nantes, 7 rue des Cadeniers. De fait, c’est la fin de la gestion familiale de l’affaire. Maurice Riom la développe avec d’autres partenaires, crée la société « Maurice Riom et Cie » en 1920, y adjoint l’usine de Fromentine qu’il avait en propre.

Tarifs des conserves Maurice Riom

Tarifs des conserves Maurice Riom

Date du document : Années 1920

En 1922, l’entreprise de Maurice Riom devient une société anonyme. Elle reprend le patronyme initial avec la dénomination « Établissements (Ets) Vve Aubin-Salles ». Son siège social se situe au 24 boulevard Delorme à Nantes.

Maurice Riom est également présent dans une autre affaire liée à la conserve, La Primeur française, basée en région parisienne. Celle-ci rejoint les Ets Vve Aubin Salles en 1923. Elle apporte une activité de conserve et séchage de fruits et légumes basée à Plonéour-Lanvern, ainsi que les marques de fabrique « Primeur française » et « Pomme des gourmets ». Dans l’annuaire de la conserve de 1927, on retrouve les Ets Vve Aubin Salles avec ses usines au Guilvinec, à Pont-l’Abbé, à Saint-Gilles-sur-Vie et Fromentine.

Publicité dans l’Annuaire de la conserve de 1927

Publicité dans l’Annuaire de la conserve de 1927

Date du document : 1927

Le développement se poursuit avec le lancement de soupes en conserve, segment dynamique et prometteur. Début 1929, le capital de la société augmente et des actions sont émises. La presse financière recommande l’achat d’actions chez les Ets Vve Aubin Salles. Mais le 28 juin de la même année, la liquidation est prononcée. Usines, marques, et fonds de commerce sont vendus en lots séparés. La marque « Vve Aubin Salles » est reprise par « Conserveries de France » et rejoint un portefeuille d’autres maisons : Pellier Frères, L.A. Price, etc. Elle est utilisée encore de nombreuses années pour du poisson, mais aussi pour de la tomate ou des épinards. L’usine du Guilvinec devient la Coop, puis Furic Alimentaire, Saupiquet et enfin Charly Guennec. Elle est démolie en 2024.

Laurent Venaille
Association La conserve des Salorges à la Lune
2025

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