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Chalutiers-usines soviétiques Lotissement des Bruyères

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Ancienne tenue de la Bouteillerie (et avenues Guillon et des Trois-Frères)


Le nom de Bouteillerie évoquera sans doute aux Nantais le vaste cimetière qui s’étend près du Jardin des Plantes. L’étymologie est simple à deviner : au Moyen-Âge on y mettait le vin en bouteilles près d’un pressoir aujourd’hui disparu. 

Propriété de l’évêque

En 1326, lors de la vente de la Bouteillerie par l’évêque Daniel Vigier à Guillaume de Vioreau et son fils Amaury, sont mentionnés une maison ainsi qu’un pressoir : « pressorium de Buticularia », le pressoir de la Bouteillerie. Cette machine vinicole est utilisée dans un processus de pressurage pour extraire le jus du raisin pour produire du vin. Elle est localisée en 1715 à l’emplacement de l’actuel jardin du n°1 de l’avenue des Trois-Frères. Il est précisé à cette date que le pressoir est recouvert d’un toit (le nom de pressoir indique la machine comme le bâtiment qui l’abrite). Utilisé bien plus tard comme magasin, ce bâtiment éclairé d’une lucarne est démoli vers 1982.

La Bouteillerie était un des nombreux lieux du village du Bourg-Fumé où on y cultivait la vigne. En 1681, la déclaration des domaines que possédait l'évêque de Nantes, Gilles de Beauvau, indique la présence de quartiers de vignes à :

- Bellestre (partie est de l’actuel Jardin des Plantes),

- aux Belles-Rivières (entre les actuelles rues Gaston Turpin et Gambetta),

- au Pipay, dans la rue du même nom,

- et à la Mitrie où on trouvait des « vignes blanches ».

La vigne semble avoir eu une très grande importance au village du Bourg-fumé car des localités environnantes portaient les noms de  « Bouteilleries » et du « Bois-bouteiller ».

« Le pressoir de Monsieur Dittyl, près de Nantes », par Lambert Doomer

« Le pressoir de Monsieur Dittyl, près de Nantes », par Lambert Doomer

Date du document : 1670-1675

Un logis médiéval et un pigeonnier

Dans le tome 1 des Villes disparues de la Loire-Inférieure, Léon Maître évoque un logis qu’il date du 15ème siècle, « sans doute construit par le bouteiller du Duc de Bretagne ». Cependant, l'acte de vente de 1326 évoque déjà une maison au 14e siècle : « una domus ». Un pigeonnier y est accolé. Ce refuge à pigeons (aussi appelé fuie) est évoqué dans un acte datant de 1523 lorsque Christophe de Sévigné vend la Bouteillerie à François Ernaud, lieutenant de Nantes. Le droit de posséder un pigeonnier était un privilège destiné aux nobles ou aux religieux. Cela leur permettait d’avoir tout au long de l’année de la viande, des œufs et également de la colombine (fientes de pigeons utilisées comme engrais). Ce bâtiment circulaire est modifié en 2010 ; les 340 trous de boulins qui servaient de nids aux pigeons sont bouchés et le pigeonnier est transformé en logement.

Pigeonnier de la Bouteillerie, situé au 4 avenue Guillon

Pigeonnier de la Bouteillerie, situé au 4 avenue Guillon

Date du document : 2009

Les chevaux de François 1er

Le 13 août 1532, est signé l’édit d’union de la Bretagne à la France. Le jeune fils de François 1er, François de France, est reconnu comme duc de Bretagne sous le nom de François III. Il parcourt le duché de Bretagne avec son père et sa belle-mère, la reine Éléonore de Habsbourg. Pour préparer leur arrivée à Nantes il est prévu depuis quelques mois de leur offrir des cadeaux dont trois « haquenées » (chevaux). On fait venir les chevaux de la région de Rostrenen qui arrivent à Nantes dès le mois de juin. Mis au pré tout d’abord à la Morrhonnière, les chevaux sont transférés à la Bouteillerie au mois de juillet. Une légende du quartier est liée à la présence d’un vieux puits en granit et d’un abreuvoir disparu dans un jardin de l’avenue des Trois-Frères, qui auraient fait partie d’un ancien rendez-vous de chasse d’Anne de Bretagne. Faut-il y voir un lien avec la présence à la Bouteillerie des chevaux du roi François 1er, gendre de la reine Anne ?

Puits en granit de l'avenue des Trois Frères

Puits en granit de l'avenue des Trois Frères

Date du document : 2009

Une succession de seigneurs

Guillaume le Vavasseur, sieur de la Gendronnière, devient le nouveau propriétaire de la tenue avant de le céder à son fils Christophe en 1554. En 1615, une partie de la propriété passe ensuite à Valentin de Coutances, mari de Claude Paytral, petite-fille de Christophe le Vavasseur ; puis à son fils Hardouin « gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et son lieutenant ès-ville et château de Nantes ».

En 1646, alors que le propriétaire est Hardouin de Coutances, un bail à ferme concernant le jardinier François Garnier et son épouse Françoise Huet donne quelques détails sur la propriété  : 
« La tenue Noble de la Bouteillerie ainsi qu'elle se poursuit et contient avec ses logements, cour derrière, et cellier, four et réserve. Le principal logis avec sa cour y compris un autre petit logis ou ledit Sieur fait faire sa cuisine [...] La treille des muscatz et vingt pieds d'arbres fruitiers [...] les ditz logements de couverture d'ardoises et tuilés. »

Les Chartreux et le cimetière de la Bouteillerie

En 1651, les religieux de l’ordre des Chartreux (dont le monastère se situait au niveau de l’actuel couvent de la Visitation, rue Maréchal Joffre) acquièrent la Bouteillerie.

Tandis que les habitants de certaines paroisses se plaignent des conditions d’inhumation autour et dans les églises « et ce au détriment de la salubrité », il est projeté d’ouvrir un cimetière commun, sous la pression de huit paroisses. Une partie du terrain de la Bouteillerie est acquise par la Ville en 1773. L’année suivante, le cimetière est béni le 25 octobre 1774, jour où est inhumé René Jannequin un adolescent épileptique du Sanitat trouvé noyé près de la chapelle de la Madeleine. La seconde inhumation concerne Guillaume Grou, l’un des principaux armateurs nantais de l’époque, qui participe activement à la déportation d’hommes, de femmes et d’enfants du continent africain vers les Caraïbes. Le cimetière est cerné d’une clôture à partir de 1777.

Lors de la Révolution française, les biens du clergé sont nationalisés par le décret du 2 novembre 1789. La tenue est cultivée par différentes familles depuis le 17e siècle ; la famille Audrain, locataire depuis plusieurs générations, acquiert la Bouteillerie aux enchères le 22 mars 1791 pour la somme de 40 100 livres. Vers 1822, Alexandre Audrain organise un partage en plusieurs lots pour ses héritiers, tandis que le cimetière s’agrandit d’une parcelle supplémentaire après la décision du conseil municipal du 10 mai 1832. D’autres extensions du cimetière sont possibles après l’acquisition de deux autres parcelles de la Bouteillerie en 1882 et 1890.

Plan cadastral parcellaire autour de la Bouteillerie, dressé en 1835

Plan cadastral parcellaire autour de la Bouteillerie, dressé en 1835

Date du document : 1835

Les Filles de la Sagesse et Notre-Dame-des-Anges

Les Filles de la Sagesse, congrégation religieuse féminine enseignante et hospitalière, y font construire une maison de retraite et d’instruction. Une parcelle de 3000 mètres carré est achetée le 2 janvier 1870 pour une somme de 25 000 francs. Le reste de la propriété est achetée six mois plus tard et la congrégation acquiert donc 3 675 mètres carrés supplémentaires. C’est l’architecte Mathurin Fraboulet qui dessine les plans du bâtiment. Une petite maison déjà présente sur la propriété est conservée et sert d’habitation aux Pères, pendant les retraites, et au jardinier.

Vers 1890, une chapelle est construite dans la continuité du corps de bâtiments existant ; l’édifice religieux prend le nom de chapelle Notre-Dame-des-Anges.

Intérieur de la chapelle du Pensionnat de Notre-Dame-des-Anges

Intérieur de la chapelle du Pensionnat de Notre-Dame-des-Anges

Date du document : Début du 20e siècle

L’Avenue Guillon

Le 21 février 1898, Louis Cottineau, chargé des intérêts de « Messieurs Chauvin et Guillon Frères » fait savoir à la municipalité qu’il projette d’ouvrir une «entrée carrossable sur la rue d’Allonville dans le mur de clôture de la propriété Guillon Frères ». Cette voie est une impasse qui aboutit au cimetière et qui n’a jamais été incorporée dans le domaine public. En janvier 1899 elle est décrite comme étant « déjà bordée de plusieurs constructions sans que cependant aucune des prescriptions du règlement de voirie ait été suivie ». La municipalité invite alors Louis Cottineau à construire un égout collecteur afin d’éviter un foyer d’infection causé par les eaux ménagères envoyées sur le sol de l’avenue, qui est tantôt appelée « Avenue de la Bouteillerie » ou « Avenue Guillon », du nom des enfants héritiers de Jean-Baptiste Guillon, jardinier.

L’avenue Guillon, située rue d’Allonville

L’avenue Guillon, située rue d’Allonville

Date du document : Début du 20e siècle

L’Avenue des Trois-Frères

La partie orientale de la tenue de la Bouteillerie est la propriété de Clément Frédet, pharmacien rue Saint-Clément (l’ancienne pharmacie se situait au niveau de l’actuel 65 rue Maréchal Joffre) qui, dans une lettre de juin 1901, explique qu’il y habite l’été, il occupe la vieille maison qui existe toujours. Il y a fait construire deux ans auparavant un bâtiment servant d’écurie et de remise (actuel 82 rue d’Allonville). Une ancienne mention de cette avenue « des Trois-Frères » date de septembre 1912. Les trois frères en question sont les héritiers de Clément Fredet,  : Georges, pharmacien ; Clément, employé de bureau ; et Maurice, chirurgien qui devient député d’Eure-et-Loire en 1946.

Carrefour de l’avenue des Trois Frères et de la rue d’Allonville

Carrefour de l’avenue des Trois Frères et de la rue d’Allonville

Date du document : Mars 1983

Kevin Morice
Association du Bourg-fumé
2025

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En savoir plus

Ressources Archives départementales de Loire-Atlantique :

H 256 ; Titres des domaines de la paroisse Saint-Donatien, 1326-1754.

Ressources Archives de Nantes :

Bgin8°660 ; CROIX Alain, Nantes dans l'histoire de France, "La commune et la milice de Nantes", page 93.

AA30 ; Cérémonies, entrées solennelles des ducs de Bretagne rois et reines de France, 1532. 

GG617 ; Clergé séculier - Paroisses - Cimetières, 1760-1774.

1O23 ; Dossier de voirie, rue d'Allonville, 1875-1900.

1O24 ; Dossier de voirie, rue d'Allonville, 1896-1943.

37Fi538 ; Courrier à entête du pharmacien C. Frédet au maire de Nantes, 28 juin 1901.

1PER98/11/10 ; Bulletin de la Société Archéologique de Loire-Atlantique, 1870/1871.

1BAin16°64 ; Étrennes nantaises, 1811.

Pages liées

Ancien pensionnat et chapelle Notre-Dame-des-Anges

Cimetière de la Bouteillerie

Tags

Urbanisme Cimetière Restructuration du territoire

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Rédaction d'article :

Kevin Morice

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