1er avril 1995 : inauguration de la baleine du Muséum
De 1991 à 1995, le Muséum d’histoire naturelle de Nantes et l’Unité d’Anatomie de l’École vétérinaire travaillent ensemble afin de sauver et de documenter le squelette d’une baleine, ou Rorqual commun, de plus de 18 mètres de long, échouée près du port de Donges. Véritable aventure humaine qui a permis de retracer l’histoire de cet animal, ce long travail s’achève le 1er avril 1995, lors de l’inauguration du plus grand squelette présenté au public au Muséum de Nantes.
Une baleine échouée à Donges
Dans la soirée du 13 mai 1991, Catherine Cuenca, directrice du Muséum de 1982 à 1996, est informée par téléphone qu’une baleine est échouée au port de Donges. Cette baleine est un Balaenoptère physalus (Linné 1758) ou Rorqual commun. Elle a été ramenée et traînée par accident depuis Marseille, sur le bulbe du méthanier Edouard LD revenant d’Algérie. Cet animal de très grande taille est un mâle adulte qui mesure 18,60 mètres de long et pèse environ 35 tonnes.
Ce n’est qu’à son arrivée à Saint-Nazaire que l’équipage de l’Edouard LD remarque l’animal. Il est alors pris en charge par un remorqueur, qui le tracte jusqu’au port de Donges. Sur place, la situation est complexe et il faut agir rapidement. Les autorités locales souhaitent dynamiter le cadavre de l’animal, encombrant et malodorant.
Catherine Cuenca, après une hésitation et avec l’accord de la Ville de Nantes, décide avec son équipe de se lancer dans cette opération de sauvetage de l’animal. Cependant le Muséum ne peut pas mener seul cette opération, il se rapproche alors d’un partenaire institutionnel majeur, l’École vétérinaire de Nantes représentée par le professeur Patrick Costiou, directeur du laboratoire d’Anatomie comparée et son collègue Claude Guintard (actuel directeur du laboratoire d’Anatomie comparée). En effet, cette opération de sauvegarde nécessite une logistique technique organisée et des connaissances anatomiques et scientifiques spécialisées.
Le Muséum souhaite garder le squelette de la baleine pour l’exposer dans ses salles, car c’est une pièce exceptionnelle. L’École, elle, s’intéresse à sa dissection et à l’observation des différents organes et parties de l’animal. Le professeur Costiou considère également cet exercice comme un exemple d’étude incomparable et rare pour des étudiants de première année.
Ramener la dépouille de la baleine à Nantes
Dans les jours qui suivent, les équipes du Muséum et de l’École se rendent à Donges pour examiner le rorqual. La première étape est de le sortir de l’eau en tirant l’animal avec un câble, mais sa queue se casse. On envisage alors son levage avec deux grues de 100 tonnes, pour le déposer ensuite sur une plateforme technique et l’amener à Nantes. Les photographies du levage témoignent des difficultés rencontrées pour un spécimen de cette taille. Le transport est assuré de nuit, par un camion semi-remorque, après l’aval de la direction des services vétérinaires obtenu par le professeur Costiou.
Levage de la baleine à Donges
Date du document : mai 1991
Quelques heures plus tard, le camion arrive à l’École vétérinaire de Nantes. Au vu de ses dimensions importantes, et du souhait de faire intervenir les élèves de l’École, il reste sur place.
De la dissection au traitement du squelette
Le traitement de la dépouille de la baleine, son étude, puis l’exposition muséographique de son squelette, est un projet long qui comporte plusieurs étapes.
La première phase du projet est de disséquer l’animal, ce qui nécessite une grande rigueur et comporte des moments complexes. Cela dure une dizaine de jours, pour s’assurer de ne pas perdre et garder un maximum d’informations scientifiques. Les étudiants de première année de l’École vétérinaire (promotion 1990-1991) prennent part à cette opération hors du commun. Après avoir découpé les premières parties de peau et de chair, les organes et le squelette sont peu à peu dégagés. La position de chaque élément est minutieusement documentée, afin de pouvoir remonter le squelette. L’équipe localise aussi la dernière vertèbre caudale, qui est par la suite exposée : un élément rarement présenté, cet os ne mesurant pas plus d’un centimètre.
Les équipes au travail à l’École vétérinaire
Date du document : Mai-juin 1991
Après la dissection d’une partie des organes, il faut procéder à l’éviscération des intestins. Cette étape se déroule sous l’œil vigilant des pompiers : le professeur Costiou ayant décidé de se glisser avec un scaphandre dans cette partie pour atteindre les viscères, les taux de méthane et de sulfure d’hydrogène sont mesurés régulièrement, pour ne pas dépasser les seuils acceptés.
Le squelette est ensuite traité pour en enlever un maximum de restes de tissus mous. Pendant environ un an et demi, les os sont trempés dans des solutions spécifiques pour les dégraisser, puis nettoyés à l’eau pour garantir la bonne conservation du squelette et permettre l’accrochage et l’exposition muséographique. Auparavant les baleines étaient dégraissées en restant une dizaine d’années dans le sable sur les plages de nos côtes.
Exposer le squelette
Suite au dégraissage, il faut remonter le squelette, ce qui s’avère être un vrai puzzle. Les nombreuses fractures dues, entre autres facteurs (elle était probablement malade), au choc entre l’animal et le méthanier de 60 000 tonnes, puis son voyage à Nantes, complexifient l’entreprise. Six personnes travaillent pendant plusieurs mois pour reconstituer le squelette, le restaurer et consolider certains os.
Pour le remontage du squelette et la position de chaque os, les équipes du Muséum et de l’École vétérinaire s’appuient sur la littérature. En effet, le projet de traitement du squelette de cette baleine, dans des bâtiments, est le premier du genre en France depuis le début du 20e siècle .
Il faut ensuite trouver les bonnes fixations techniques pour que le squelette soit exposé dans la salle régionale d’ostéologie du Muséum. Le montage est réalisé en 1994, avec l’entreprise belge Museology qui propose une structure autoportante permettant un montage suspendu au plafond par des câbles. La mise en forme du squelette a lieu à Bruxelles, tandis que le plafond de la salle d’ostéologie du Muséum de Nantes est consolidé, afin d’accueillir la poutre en acier sur laquelle les câbles doivent se poser pour présenter la baleine.
Le squelette de la baleine dans le Muséum de Nantes
Date du document : 18/04/2013
Cependant il est constaté, entre 2006 et 2008, que certains os ne sont pas correctement positionnés. Quelques années plus tard, une nouvelle présentation du squelette est envisagée et la position des éléments du squelette mal disposés, corrigée grâce aux travaux du professeur Pierre-Henry Fontaine, biologiste canadien spécialiste des cétacés. La baleine est alors déplacée et accrochée dans la galerie de zoologie générale.
Le 3 novembre 2025, le Muséum de Nantes ferme ses portes pour rénovation. Pendant quatre années, un important chantier occupera ses équipes. Le déménagement des collections vers un autre lieu de conservation doit être envisagé. Parmi les grandes pièces zoologiques du Muséum dont le déplacement requiert une logistique particulière et minutieuse, figure cette baleine, ou rorqual commun.
Les Copains du Muséum
2025
Découvrez le podcast du Labo des Savoirs qui, à l’occasion des 150 ans du Muséum d’histoire naturelle de Nantes, revient plus longuement sur les travaux à venir dans l’édifice et le déménagement de ses collections :
Album : L'aventure de la baleine, de la plage de Donges au Muséum de Nantes
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