Archéologie du bâti à la vieille cure de Doulon
De février à mars 2026, les agents du Service Archéologique de Nantes Métropole (SANaM) ont mené une étude archéologique du bâti de la cure de Doulon qui fait actuellement l’objet d’une restauration. L’objectif : mieux comprendre l’évolution de l’édifice à travers les siècles.
Au cours de l’été 2025, une fouille archéologique préventive dans la cour de la cure de Doulon avait permis l’analyse des vestiges d’un établissement religieux du premier Moyen Age (9e-10e siècle) en lien avec l’ancienne église Saint-Médard (galerie de cloître). Une zone funéraire contemporaine de plus de 90 sépultures y avait été également mise au jour par l’équipe de recherches archéologiques métropolitaine.
De février à mars 2026, une seconde phase d’investigation a cette fois concerné la cure elle-même, en accompagnement des travaux de restauration du bâtiment. Cette archéologie du bâti a pour objectif d’établir les évolutions et phases de (re)construction du bâtiment à partir de l’observation des différentes « couches » de maçonneries. Cette étude tient une place importante dans la connaissance de l’évolution du site sur un temps long, de l’époque carolingienne au 20e siècle : la fouille a en effet révélé que la cure actuelle remplace à la fin du 17e siècle un bâtiment quadrangulaire antérieur situé au nord-ouest, vraisemblablement déjà utilisé comme presbytère et datant de la fin du Moyen Âge.
Les observations ont principalement concerné l’enveloppe extérieure de la cure, échafaudée, dont les enduits ont été intégralement piqués, laissant apparaître le moellonnage des murs. Les intérieurs ont fait l’objet de sondages plus ponctuels, les maçonneries n’étant pas reprises entièrement. Les investigations comprennent l’analyse visuelle des maçonneries (matériaux, ouvertures, phases de construction) mais aussi l’étude des mortiers de construction et l’analyse des bois de la charpente (dendrochronologie).
Photogrammétrie de la façade est de la cure une fois les enduits piqués
Date du document : 08/06/2026
Les premiers résultats permettent de restituer un bâtiment quadrangulaire initial dépourvu de sa salle nord (cuisine rapportée au 19e siècle) et distribué par un vestibule central accueillant la cage d’escalier. Cet espace ouvre au nord et au sud sur deux salles d’inégales dimensions équipées de cheminées accolées aux pignons, sur deux niveaux.
Lors de cette première phase (fin 17e-début 18e siècle), les élévations emploient des matériaux très divers et hétérogènes, largement issus du réemploi de maçonneries du monastère médiéval. Elles sont liées par un mortier de terre argileux. Les fenêtres sont couvertes par des linteaux de bois. L’ensemble des modes constructifs et matériaux mis en œuvre n’évoquent ni une architecture de prestige (pas de pierre de taille) ni une ostentation particulière.
L’ensemble ou presque des baies subit une reprise à une date proche de la fin du 18e siècle, marquée par l’emploi de blocs de moyen appareil de tuffeau gris et blanc montés en lancis-crossette et d’un mortier de chaux à charge fine. Les linteaux de bois des ouvertures antérieures sont fossilisés dans la maçonnerie, au-dessus des plate-bandes clavées des baies nouvellement restaurées.
Détail du couvrement d’une baie reprise au 1e étage de la cure de Doulon
Date du document : 24/03/2026
Des vestiges de couches picturales grises et brunes, ensuite recouvertes d’un badigeon de lait de chaux, sont observées sur les ébrasements internes des fenêtres.
Décors sous les enduits en béton
Date du document : 25/03/2026
Les cheminées connaissent également deux à trois états de réaménagements. Les réfections visent souvent à rétrécir l’âtre et substituer la pierre à la brique. Parfois un vaste tableau mouluré au goût des 18e ou 19e siècles est ajouté. Au contraire, la cheminée de la grande salle du rez-de-chaussée, probable espace de réception de la maison, est-elle monumentalisée et reconstruite en moyen appareil calcaire (19e siècle).
Décor du 19e siècle au dessus de la cheminée dans la cure de Doulon
Date du document : 24/03/2026
Toutes les cloisons rapportées au rez-de-chaussée pour créer des couloirs de circulation vers la cuisine et le long du mur ouest sont des ajouts récents (20e siècle).
Le pignon sud est percé de nombreuses baies rebouchées. Des portes ouvraient dès les premières phases du bâtiment sur le chevet de l’église jointive. La présence de l’une d’entre-elles donnant également sur l’église, mais à l’étage, reste pour le moment inexpliquée. D’autres ouvertures, fenêtres et portes, donnaient au 19e siècle sur des édicules construits en appui contre le chevet.
Photogrammétrie du pignon sud de la cure une fois les enduits piqués
Date du document : 08/06/2026
L’analyse dendrochronologique, qui permet d’obtenir des dates très précises de la coupe des arbres, montre que la charpente et les planchers ont été mis en place dans les années 1660. Les bois de charpente comptent de nombreux bois réemployés datant du début du 16e siècle, qui proviennent peut-être du presbytère antérieur. Des marques de flottage (transport sur le fleuve) et de vente, voisinant des marques d’assemblage, ont été observées sur de nombreux éléments de charpente.
L’escalier et sa rampe à balustre datent quand à eux d’une phase plus tardive : les résultats d’analyse évoquent un abattage des arbres entre 1777 et 1806.
Bien que présents dans chacune des paroisses de France, la lecture archéologique de presbytères en élévation de la fin de la période moderne reste encore rare à l’échelle régionale et même nationale. Cette étude offre donc l’opportunité d’approcher le mode de vie, le niveau de confort et le cadre matériel d’un curé de bourg rural de cette période.
La cure de Doulon correspond au modèle standard des maisons curiales de la Contre-Réforme : au cours du 17e siècle s’impose un peu partout en France le modèle standardisé de la grande maison presbytérale en pierre, mesurant le plus souvent 13 à 15 mètres de long sur 6 à 7 mètres de large, dotée d’un étage et d’un grenier. Au rez-de-chaussée, une cuisine et une salle sont disposées symétriquement de part et d’autre de l’axe central constitué par le vestibule et l’escalier, et à l’étage, deux ou trois chambres, parfois plus, sont généralement équipées chacune d’une cheminée. À quelques variantes près, on retrouve ce modèle en Touraine et Anjou, en Bourgogne, en Normandie et dans le Maine.
À cette habitation vient ici comme souvent s’ajouter un véritable petit centre domanial agricole, enclos de murs et disposés autour d’une cour centrale. Un puits pourvu d’une massive margelle monolithe de granit est toujours visible au nord du logis. Les sources d’archives nous apprennent également l’existence de constructions à vocation agricole : un cellier avec four, une étable à vache, un poulailler, un chai avec pressoir, une écurie et une boulangerie bordaient toute la périphérie de la propriété curiale.
Évier en granit jaune découvert à la cure de Doulon
Date du document : 23/03/2026
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Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole
2026
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