Rues disparues à l’est des remparts de Nantes
Du 15e au 18e siècle, à l’est des remparts de la ville de Nantes, les travaux de fortification, l’agrandissement des douves du château ducal et l’aménagement des mottes périurbaines en promenades publiques ont bouleversé le paysage des faubourgs et un réseau d’anciennes rues dont il ne reste plus rien aujourd’hui.
Vers l’actuelle place de la Duchesse-Anne
En 1930, lors des travaux de construction du canal de l’Erdre, une voie romaine est mise à jour place de la Duchesse-Anne. Cette chaussée antique semble correspondre à un axe reliant le faubourg de Richebourg à la ville fortifiée. Durant l’Antiquité, il est envisageable qu’une poterne ait été ouverte dans la muraille orientale de la ville.
Chaussée romaine découverte lors de la construction du tunnel Saint-Félix
Date du document : 26-06-1930
D’ailleurs, une porte mentionnée dans une charte de la fin du 11e siècle évoque une « Porte-de-l’Évêque » (juxta portal Episcopi) à proximité de l’ancienne église Sainte-Radegonde (actuelle place Marc-Elder) ; de plus, Léon Maître précise dans un article publié en 1882 « qu’on allait directement de la rue Basse-du-Château (actuelle rue du Château) à Richebourg ».
Au 15e siècle, face au pont-levis du château de la Tour-Neuve, se trouve une petite place (ou placître) ; c’est l’entrée du faubourg de Richebourg que traverse la grande rue éponyme. Il s’agit très probablement de la « place du Château-Gaillard » mentionnée en 1427, du nom d’une motte abattue en 1423. La partie occidentale du faubourg est peuplée d’habitations longeant des voies qui conduisent au nord vers la porte Saint-Pierre et au sud vers une venelle (mentionnée en 1536) qui descend vers le port et la Loire. Certaines de ces rues et ruelles disparaissent lors de l’agrandissement des douves du château vers l’est à la fin du 15e siècle, ce qui entraîne la disparition de 32 habitations à Richebourg.
Vers l’actuel cours Saint-Pierre
Au nord de l’actuel cours Saint-Pierre, l’actuelle rue Maréchal-Joffre, grande voie antique venant de la cité Juliomagus (Angers), aboutit à la ville fortifiée et se termine à une porte construite à l’emplacement de l’actuelle porte Saint-Pierre. Une autre voie, venant également de l’est, plus au sud, traversait l’actuel quartier Richebourg et se dirigeait vers une porte aujourd’hui disparue (la porte Charrière) pour ensuite emprunter l’actuelle impasse Saint-Laurent. Cette porte, dont Léon Maître estime l’ouverture à la période antique, était selon lui « le dernier témoin d’un passage ouvert au IIIe siècle, sinon auparavant ». En 1597, des travaux entrepris par le duc de Mercœur permirent de mettre au jour un « vieux chemin fort large tout pavé qui conduisait de cette porte à Richebourg ». S’agissait-il d’une voie de la période romaine ?
Le faubourg Saint-Clément s’étendait autrefois plus à l’ouest qu’aujourd’hui, jusqu’à l’actuelle place Foch située entre les deux actuels cours. En 1226, sous la régence du baillistre de Bretagne Pierre de Dreux, les églises de Saint-Cyr (vers le nord du cours Saint-André) et Saint-Clément sont démolies, ainsi que des maisons, pour ouvrir des « fossés nouveaux à travers les cimetières et ouvrir de nouvelles murailles sur les fonds de l’église ». Ces modifications concernant l’accroissement de l’enceinte vers l’est prouvent la présence d’habitations antérieures au 13e siècle bordant le nord de l’actuel cours Saint-Pierre.
Les aveux rendus au Chapitre à la fin du 15e siècle et au début du 16e siècle, et le témoignage d’un habitant de Richebourg, prouvent qu’il y avait « entre la porte de Saint-Pierre et le faubourg de Richebourg un chemin conduisant audit faubourg » ainsi qu’une « rue et venelle de l’Épicière » (« qui conduit de la porte Saint-Pierre à la chapelle Saint-Antoine », actuelle chapelle de l’Immaculée) où y sont adjacents des maisons courtes et jardins relevant du fief et juridiction du Chapitre. De plus, un autre document stipule qu’il y avait « plusieurs et grand nombre de maisons entre la dite aumônerie de Saint-Clément et la dite rivière de Loire [...] sur le chemin à aller de la dite porte Saint-Pierre à la dite rivière que sont les maisons des auditoires et boucherie, quelles maisons furent abattues au temps du dit siège (1487) ». Dès 1472, après le siège d’Ancenis lors de la guerre de Bretagne, période d’insécurité permanente opposant le duché de Bretagne au royaume de France, on note la démolition « de maison sise près la Porte Saint-Pierre sur la grande rue qui conduit de la dite Porte à Richebourg ».
Ainsi, c’est tout un maillage de rues et de venelles qui disparaissent de la motte Saint-Pierre. Des habitations alignées, partant de la porte Saint-Pierre et longeant les fossés de la ville et la place de l’Oratoire, ont été détruites pour l’aménagement du cours Saint-Pierre dans le courant du 18e siècle. Marquaient-elles l’emplacement d’une ancienne rue descendant vers le faubourg Richebourg ?
Extrait plan cavalier centré sur la motte Saint-Pierre
Date du document : Vers 1750
Vers l’actuel cours Saint-André
Une ancienne voie romaine traverse durant l’Antiquité ce qui correspond aujourd’hui au cours Saint-André. Cette rue, voie de communication reliant la ville antique à Blain ou Rennes, et empruntant le tracé de l’actuelle rue Préfet-Bonnefoy, aboutit dans la muraille à une porte de ville située au nord de la première enceinte (aux environ de l’actuelle rue du Refuge).
Bien plus tard, un témoignage datant de 1521 mentionne qu’au temps du siège de Nantes (1487) de l’autre côté « devers la motte Saint-André où à présent sont les lices y avait une autre rue de maisons jusqu’à douze ou treize pieds (un peu plus de 3,5 mètres) de la douve du bellouard dudit Saint-Pierre (à l’emplacement de l’actuelle place Foch) ».
Tandis que la motte Saint-Pierre a déjà été aménagée en promenade publique au début du 18e siècle, il faut attendre 1752 pour que la ville devienne propriétaire de la motte Saint-André. Quelques années avant, en 1744, un plan est dressé et il est présenté avec de nombreux chemins sillonnant la motte Saint-André. Un chemin mène vers les fossés, trois autres conduisent à la manufacture de faïence tandis que trois sentiers se dirigent, l’un vers la Chambre des comptes, un autre vers la grosse tour, puis un troisième vers l’Erdre et le quai « Le Bret » (actuel quai Ceineray). Le long de la motte, à l’est, une issue conduisant à la rue Saint-André (actuelle rue Préfet-Bonnefoy) correspond approximativement au tracé de l’actuelle rue Sully.
Plan montrant les chemins de la motte Saint-André
Date du document : 1744
En tout, ce n’est pas moins de quatre tronçons de voies romaines et près de dix chemins et rues qui disparaissent du paysage de l’est des remparts entre le Moyen-Âge et le 18e siècle.
Kevin Morice
Archives de Nantes
2025
En savoir plus
Bibliographie
Faculté des lettres de Rennes, Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, tome 8, n°1, Rennes, 1892
Bulletin de la Société archéologique de Nantes et du département de la Loire-Inférieure, Société d'histoire et d'archéologie de Nantes et de Loire-Atlantique, n°21, Nantes, 1882
Bougouin Charles, Notice historique sur le Château de Nantes, 1865
Travers Nicolas, Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comté de Nantes, tome 2, 1837
Le Mené Michel, « La Construction à Nantes au XVe siècle », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, tome 68, n°3, 1961, p. 361-402
Ressources Archives départementales de Loire-Atlantique
G 256 : Obéissances féodales de la paroisse de Saint-Clément de Nantes
Pages liées
Ancienne église St-Cyr et Ste-Julitte
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Rédaction d'article :
Kevin Morice
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