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29 mars 1796 : exécution de Charette


Le 29 mars 1796, trois ans après le début des guerres de Vendée, l’un des dirigeants les plus emblématiques de l’Armée catholique et royale du Bas-Poitou et du Pays de Retz, François Athanase Charette de La Contrie, est exécuté sur la place des Agriculteurs (place Viarme) à Nantes. La mort du général porte alors un coup fatal à la guerre de Vendée, malgré quelques insurrections en 1799, 1815 et 1832.

Un militaire au service du royaume de France

Né dans une famille de petite noblesse bretonne, François Athanase Charette de La Contrie voit le jour le 2 mai 1763 au château de La Contrie à Couffé, près d’Ancenis. Le jeune Charette s’engage très tôt dans le domaine militaire et entame sa carrière comme aspirant-garde de la Marine à Brest en 1779. L’année suivante, il embarque pour la première fois sur un navire chargé de protéger les côtes françaises des navires anglais suite à l’engagement de la France aux côtés des États-Unis dans la guerre d’indépendance américaine. Après de nombreuses affectation sur différents navires, il rejoint les Antilles et participe à plusieurs batailles.

« La batailles des Saintes, 12 avril 1782 », Thomas Whitcombe (1783)

« La batailles des Saintes, 12 avril 1782 », Thomas Whitcombe (1783)

Date du document : 1783

Après la paix conclue entre la France et la Grande-Bretagne, Charette reste à Brest pendant près d’une année afin de compléter sa formation militaire. En mai 1784, il reprend la mer en direction du golfe de Riga, situé dans l’Empire russe. Il participe par la suite à plusieurs campagnes aux Antilles et en Méditerranée. Le 12 juillet 1789, deux jours avant la prise de la Bastille, il accoste à Toulon après une campagne dans les mers du Levant menée contre les corsaires grecs. La même année, il demande et obtient un congé et regagne la Bretagne.

Départ de la marine royale et mariage

Pour des raisons qui ne sont pas précisément connues, Charette, âgé de seulement 27 ans, quitte la marine royale et demande sa retraite en novembre 1790. Propriétaire de la moitié de deux métairies, qui lui rapportent une modeste rente, il pourrait avoir voulu s’assurer un train de vie confortable en quittant la rigueur de la mer et en contractant un beau mariage.

En mai 1790, il épouse Marie-Angélique Josnet de La Doussetière, veuve âgée de 41 ans et propriétaire d’une vingtaine de métairies ainsi que de nombreux biens mobiliers et immobiliers. À partir de 1790, Charette partage donc sa vie entre Nantes, où il réside à l’hôtel Paulus dans la rue du château, et le manoir de Fonteclose, situé entre La Garnache et Machecoul.

Charette et le début de la guerre de Vendée

Bien qu’accueillie favorablement à ses débuts par les populations rurales de l’ouest de la France, la Révolution les déçoit et les espoirs s’envolent assez rapidement. L’augmentation des impôts nouvellement créés, la constitution civile du clergé provoquent des mécontentements qui aboutissent à des émeutes. En mars 1793, la levée en masse de 300 000 hommes décidée par l’assemblée de la Convention pour garnir les effectifs de l’armée révolutionnaire met le feu au poudre et de nombreuses insurrections éclatent à travers le pays, en particulier dans l’ouest.

Dès le milieu du mois de mars, les premiers bourg tombent aux mains des insurgés, qui mettent en placent des comité royaux et jurent obéissance et fidélité au roi de France. Les circonstances de l’entrée en guerre de Charette sont mal connues, mais il arrive à Machecoul à la tête d’une troupe de 80 paysans le 14 mars 1793. De manière générale, les nobles sont sollicités en raison de leur expérience militaire. Si beaucoup se montrent hésitant et refusent de rejoindre un soulèvement qu’ils pensent voué à l’échec, d’autres comme Charette se laissent finalement convaincre par les paysans.

« Le Massacre de Machecoul », François Flameng (1884)

« Le Massacre de Machecoul », François Flameng (1884)

Date du document : 1884

Attaque de Nantes et colonnes infernales

Le 29 juin 1793, les troupes vendéennes attaquent Nantes. Charette engage le combat avec 10 000 hommes au sud de la ville, près de Pont-Rousseau. Mais le pont étant coupé, et n’ayant ni bateau ni ponton, Charette et ses hommes sont bloqués par la Loire. Cantonné à un rôle de diversion, Charette et son artillerie mène un combat à distance contre les batteries républicaines. Le 30 juin, informé en fin de journée de l’échec de l’Armée catholique et royale au nord, il donne l’ordre de la retraite.

Début décembre 1793, Charette gagne Les Herbiers, où les officiers se réunissent pour organiser l'élection d'un généralissime. Charette emporte les suffrages et est nommé général en chef de l’Armée catholique et royale du Bas-Poitou. Mais à l’hiver 1793-1794, une violente répression s’abat sur la Vendée. Au mois de janvier 1794, le général républicain Louis Marie Tureau lance une vingtaine de colonnes pour ratisser le territoire vendéen. Ces colonnes, bientôt baptisées « colonnes infernales », ravagent la région, massacrent sa population, commettent des viols et des pillages et brûlent des villages entiers. De son côté, Charette est contraint de passer à la guérilla afin de rester toujours en mouvement et d’éviter les colonnes républicaines.

La paix de La Jaunaye

À Paris, la Convention thermidorienne rompt totalement avec la politique de la Convention nationale pendant la période de la « Terreur » et décide de mener une politique de clémence. Charette et un autre général vendéen, Sapinaud, se montrent ouvert aux propositions de paix et le 17 février 1795, après cinq jours de discussions, un traité est conclu au manoir de La Jaunaye à Saint-Sébastien. En contrepartie de la reconnaissance de la République et de la remise de leur artillerie, les insurgés vendéens obtiennent l'amnistie, la liberté de culte, une exemption de conscription ou encore la suppression de toute forme de proscription.

« La pacification de la Vendée », 1804

« La pacification de la Vendée », 1804

Date du document : 16/08/1804

Mais rapidement, des désaccords apparaissent dans les rangs royalistes. On reproche notamment à Charette de n’avoir rien obtenu pour la libération du jeune enfant-roi Louis XVII et il n’est pas suivi par certains de ses officiers, qui refusent de reconnaître la République et les conditions de paix.

Reprise de la guerre de Vendée

La paix s’avère être de courte durée. Entre février et juin 1795, des incidents et plusieurs assassinats enveniment les relations entre les Vendéens et les républicains. Malgré des tentatives de conciliation, la méfiance l’emporte et les deux camps se préparent à la reprise des combats. Le 24 juin 1795, Charette rassemble ses divisions à Belleville-sur-Vie et annonce à ses troupes la rupture du traité. Cette décision, prise par Charette, sans n’avoir consulté ses officiers et les généraux des autres armées vendéennes, marque la reprise de la guerre.

Sans aucune déclaration préalable, les Vendéens passent à l’attaque dès le 25 juin. Le lendemain, Charette fait publier un manifeste annonçant la reprise des hostilités. Un mois plus tard, il reçoit une lettre de Louis XVIII qui le reconnaît comme généralissime de l’Armée catholique et royale et lui confère le grade de lieutenant général.

Portrait de François Athanase Charette de La Contrie réalisé de son vivant entre 1793 et 1796

Portrait de François Athanase Charette de La Contrie réalisé de son vivant entre 1793 et 1796

Date du document : 1793-1796

Mais peu à peu, les armées vendéennes s’effondrent. La politique plus conciliatrice du général Lazare Hoche porte ses fruits et à partir d’octobre 1795, des cantons entiers remettent leurs armes.

La capture de Charette

Vers la mi-novembre, et face aux importantes forces républicaines, plusieurs officiers suggèrent à Charette de cesser les hostilités, ce qu’il refuse, jugeant cette démarche « lâche » et « déshonorante ». Mais début janvier 1796, ses troupes sont complètement mises en déroute à La Bruffière et à Tiffauges. Cette dernière défaite achève le moral des Vendéens. Abandonné par la plupart de ses hommes, Charette ne peut rassembler que quelques centaines de combattants. À la mi-févier, avec l’accord de Hoche, des négociations sont menées avec Charette pour lui proposer de quitter la France. Le 20 février, il fait connaître son refus en ces termes : « Vaincre ou mourir pour mon Dieu ou pour mon Roi, voilà ma devise irréfragable ».

Dans les semaines qui suivent, ses principaux officiers font leur soumissions à la République. Traqué, Charette doit rester en mouvement. Encore suivi par une cinquantaine d’hommes, il est surpris le 23 mars 1796, à l’aube, par une colonne de grenadiers au nord des Lucs-sur-Boulogne. Pendant la fuite, dix hommes sont tués, dont son garde-du-corps. Réfugié à l’intérieur du bois de la Chabotterie, Charette est légèrement blessé à la tête, à l’épaule et à la main gauche. Il a trois doigts coupés et le pouce cassé. Il n’a plus que deux hommes avec lui lorsque, épuisé par ses blessures, il est ceinturé, puis jeté à terre. Un cri de joie se propage alors parmi les soldats républicains : « Charette est pris ! »

L’exécution de Charette

Charette est aussitôt transporté au château de La Chabotterie, où ses blessures sont pansées dans la cuisine du logis. Il y échange des propos courtois avec le général Travot avant d’être conduit au Poiré-sur-Vie pour la nuit, puis le lendemain à Angers. Il y est reçu avec égards par les officiers républicains et dîne à leur table. Le matin du 26 mars, il quitte Angers et débarque à Nantes à 11 heures du soir, où il est enfermé dans la prison du Bouffay.

Le 27 mars, à 9 heures du matin, il est conduit chez le général Dutilh, commandant de Nantes, qui procède à son interrogatoire. Ce dernier décide ensuite d’exhiber Charette à travers les rues de la ville. Pendant cette procession, inspirée des triomphes romains, Charette est précédé par 50 tambours et 50 musiciens, entouré par des gendarmes et suivi par 50 cavaliers, 50 grenadiers, 50 artilleurs et des officiers d'état-major.

Le 29 mars, à 9 heures du matin, il passe en jugement devant un conseil militaire. Défendu par l'avocat Mathieu-Guillaume-Thérèse Villenave, il subit un interrogatoire public et accueille sa condamnation à mort dans un calme imperturbable. À 16 heures, Charette est conduit sur la place Viarme, alors nommée place des Agriculteurs. Cinq mille soldats et douze généraux l'y attendent. Dix-huit hommes forment le peloton d'exécution. Charette retire son bras blessé de son écharpe et refuse de se mettre à genou ou de se faire bander les yeux. Il est fusillé à 17 h 14 devant la foule venue assister à son exécution. Sa mort marque symboliquement la fin des guerres de Vendée, même si quelques groupes d'insurgés subsistent encore pendant plusieurs semaines.

Exécution de Charette sur la place Viarme

Exécution de Charette sur la place Viarme

Date du document : Fin 19e – Début 20e siècle

Son corps est ensuite jeté dans une fosse commune sur le « chemin de Rennes ». Deux plâtriers, Cazanne et Martin, obtiennent des fossoyeurs la permission d'effectuer un moulage de son visage. Alertée, la police fait exhumer le cadavre le 31 mars, afin de s'assurer qu'il n'a pas été enlevé, et oblige les deux plâtriers à réaliser un second moulage en présence de trois commissaires.

Croix de Charette, place Viarme

Croix de Charette, place Viarme

Date du document : 31/07/2012

Le 29 mars 1896, un siècle après l’exécution de Charette, une croix de pierre est dressée dans le jardin de Monsieur Lizé, situé sur la bordure ouest de la place Viarme, afin de commémorer cet événement. Après la Seconde Guerre mondiale, la place est agrandie et réaménagée. Le jardin de Monsieur Lizé est supprimé et la croix est déplacée sur la place Viarme, à l’angle de rue Félibien.

Elven POGU
Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2026



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En savoir plus

Bibliographie

Dumarcet, Lionel, François Athanase Charette de La Contrie : Une histoire véritable, Paris, Les 3 Orangers, 1997.

Martin, Jean-Clément et Chantreau, Alain (dir.), Charette : l'intinéraire singulier d'un chef vendéen héroïque, Ouest éditions, Centre de recherches sur l'histoire du monde atlantique, Université de Nantes, 1996.

Rouchette, Thérèse, Charette, La Roche-sur-Yon, Centre vendéen de recherches historiques, 2007.

Ressources Archives de Nantes

BGbrinF°39/14 : Fac-similé de l’acte de décès de Charette daté du 14 avril 1796 (25 germinal an IV).

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Mars 1793

Dossier : La Révolution française à Nantes

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Révolution française Personnalité nantaise 18e siècle Événements nantais

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Rédaction d'article :

Elven Pogu

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