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26 août 1916 : défilé de soldats russes à Nantes


Le 26 août 1916, 3000 Russes défilent en arme dans les rues de Nantes, au pied de la cathédrale. Suite à un accord passé entre Paul Doumer, alors membre de la commission de l’Armée au Sénat, et le tsar Nicolas II, ces soldats viennent prêter main forte aux troupes de l’Alliance sur le front.

Un accord militaire en la France et la Russie

En août 1916, l’Europe est en guerre depuis déjà deux ans, et les combats s’enlisent, se révélant bien différents et plus meurtriers qu'espérés. Les hommes de la région nantaise, tous engagés au sein du 51° d'artillerie, sont bien loin dans la Somme – s’ils ont survécu – et la France peine à leur trouver des renforts.

L'opportunité vient de l'est grâce à une alliance ancienne avec un tsar menacé par une révolution qui gronde. Ses troupes impériales sont, certes, nombreuses, mais sous-équipées militairement. Un échange est conclu en décembre 1915 par Paul Doumer pour la fourniture de 40 000 hommes par mois et de l’approvisionnement contre de l’équipement, des armes lourdes et 450 000 fusils. C’est alors que plusieurs bateaux chargés de ces paysans et ouvriers à qui on n’a, pour la plupart, pas vraiment donné le choix, partent du port de Vladivostok puis d'Arkhangelsk à destination de Marseille et Brest. Ils feront presque le tour du monde avant d’arriver en France, afin d’éviter la maîtrise allemande de la mer du Nord.

Une partie des soldats des 1ère et 2e brigade est finalement déroutée par le ministère vers Nantes au lieu de Brest. Le Venezuela accoste ainsi dans l’après-midi du 24 août 1916 (16h00) avec 28 officiers et 930 soldats. Le Plata, parti le 8 août 1916 d’Arkhangelsk, arrive le lendemain matin sans être enregistré. Il est chargé de 21 officiers et 1778 soldats, mais aussi de prisonniers alsaciens et lorrains rapatriés.

 

L’arrivée à Nantes

L’annonce de l’arrivée du Venezuela est noyée dans la page « nouvelles maritimes » de L’Ouest-Éclair du 26 août 1916, mais sans communication de sa provenance, censure oblige.

Sous la responsabilité du colonel Dimitri Oznobichine, cette troupe de paysans de la région de Samara n’est restée que trois jours dans notre ville, hébergée au 51° d'artillerie dans le quartier Mellinet, à l’exception des officiers logés à l’Hôtel de France. Durant cette période nécessaire pour les équiper et les préparer, ils seront reçus par l’administration municipale. Cette dernière fera pavoiser les rues en leur honneur et autorisera un défilé, acclamé par la population, probablement une façon de soutenir par procuration ses propres enfants. Les autorités avaient strictement prohibé la consommation d’alcool, mais la municipalité leur a fait distribuer 17 000 petits LU pour leur faire bon accueil.

À l’issue de cette brève parenthèse, ils repartiront via Marseille et Mailly le 27 vers les fronts des Carpates et de l’Est. Tous sauf l’un d’entre eux qui, d’après les archives de la mairie de Nantes, a été enterré au cimetière de La Bouteillerie dans le quartier Malakoff.

Une chapitre de la guerre méconnu

Alors pourquoi si peu de souvenirs ? Tout d’abord, contrairement à Brest un mois auparavant, la presse avait reçu l’interdiction formelle de mentionner l’arrivée de ces troupes attendues ailleurs, si bien que même le maire et député, Paul Bellamy, n’a pu faire paraitre de communiqué sur l’événement. Tout s’est fait de bouche à oreille.

Par ailleurs, il faut se souvenir que ces pauvres gars, « nos sauveurs, et nos alliés » en août 1916, ont vite été catalogués comme « mutins bolchéviques » à l’issue des trois mois de mutinerie à la Courtine un an plus tard en 1917, quand ils ont appris la révolution et que le moral des troupes était au plus mal.

Enfin, le plus grand nombre d’entre eux ne reverront jamais leur pays. Morts au combat, plus encore que leurs camarades des autres contingents parce que moins préparés, embastillés puis exécutés pour certains, et convaincus d’adopter la nationalité française pour d’autres.

Le plus simple a probablement été d’oublier ce marché de dupes et l’aide apportée par des « bolchos ». Quant à ceux qui ont pu finalement rentrer chez eux à partir de 1920, ils ont probablement eu peu d’opportunités de raconter leur guerre, et furent le plus souvent considérés à leur retour comme de douteux tsaristes impérialistes, pris dans les aléas d’une longue et violente révolution.

Seules restent aujourd’hui quelques collections de photos de famille sur verre, une collection de 42 cartes postales souvenir et de nombreuses sagas familiales comme celle écrite par le descendant de Simon Rikatcheff. Il reste surtout le souvenir de milliers de pauvres paysans anonymes, jouets d’un destin imprévisible, ayant cependant donné leur vie et leur liberté pour la nôtre.

Vincent Noël
2022

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