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L’histoire rocambolesque de la plaque mémorielle du temple de Nantes

Date de publication : 30/10/2023

Le 9 novembre sera inaugurée au temple protestant de Nantes une plaque mémorielle à l’histoire insolite : conçue en 1920 en hommage aux soldats et paroissiens de l’Église protestante de Nantes décédés pendant la Première Guerre mondiale, elle a été retrouvée par hasard en ce début d’année après avoir disparu en 1978…


Le 11 novembre 1918, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année 1918, les cloches sonnent à la volée dans toute la France. La Grande Guerre prend fin après 52 longs mois de combats. Près de 10 millions de soldats tués, de toutes nations, et des millions de blessés, amoindris pour la vie, défigurés et moralement détruits.

La France a payé un très lourd tribut de 1 400 000 morts, des millions de blessés et d’invalides. Bilan auquel il convient d’ajouter les victimes civiles. La Loire-Inférieure compte plus de 26 500 soldats tués ou disparus.

À la mémoire des paroissiens morts pour la patrie

À Nantes et à Saint-Nazaire, la communauté protestante n’a pas échappé au carnage. Dans la quasi-totalité des communes de France, les conseils municipaux et les paroisses tant catholiques que protestantes ont voulu garder trace de la tragédie de la Première Guerre mondiale, soit par l’élévation de monuments à la mémoire des soldats morts pour la patrie, soit par des plaques mémorielles dans les lieux de culte, voire des ex-voto pour ceux qui sont revenus. Ainsi, en 1919, le Conseil presbytéral, sous la responsabilité du pasteur Théodore Cremer, lance une souscription dans le but d’élever une stèle commémorative dans le temple de Nantes. Les dons dépassent toutes les prévisions. 236 souscripteurs versent une somme totale de 2608 francs. La plaque en marbre bleuté cernée de bronze de 1,96 sur 0,90 mètres est réalisée pour un montant de 1263 francs par la Maison Rivière, spécialisée en marbrerie et monuments funéraires, sise au 12 rue Lafayette à l’endroit même où se trouve aujourd’hui un magasin de confection pour homme.

Enfin, le 19 décembre 1920, la plaque « En souvenir de nos soldats morts pour la patrie » est dévoilée. Sont inscrits en lettres d’or les noms de 35 membres de l’Église qui ont péri. Au bas est gravé un verset de l’Apocalypse de Jean, 12.11 : « Ils n’ont point donné leur vie, ils n’ont pas reculé devant la mort ». Recouverte ce jour-là du drapeau tricolore bordé d’un voile de crêpe, la stèle est inaugurée dans le temple en présence des autorités civiles et religieuses, devant une assemblée fort nombreuse qui écoute dans le recueillement les trois allocutions en chaire du pasteur Crémer, d’Hippolyte Durand-Gasselin, président du Conseil presbytéral, et du général Émile Zimmer, Alsacien luthérien et membre de l’Église de Nantes. Sauvegardée du bombardement du 23 septembre 1943 elle est transférée après la guerre dans le nouveau temple.

Affiche pour l’inauguration de la plaque mémorielle en 1920

Affiche pour l’inauguration de la plaque mémorielle en 1920

Date du document : 1920

Disparue puis réapparue !

Or depuis 1978, la plaque était considérée comme définitivement perdue malgré de nombreuses recherches. Elle a été retrouvée et restituée au temple, 45 ans après sa disparition.

L’histoire est véritablement rocambolesque : inaugurée en 1920 à la mémoire des paroissiens de l’Église réformée de Nantes « morts pour la patrie », refixée dans le nouveau temple, place Édouard Normand, puis démontée pour la protéger des travaux en cours (pose du vitrail, réfection de peinture…), elle s’est volatilisée ! Mais en février 2023 elle est réapparue sous les yeux médusés des membres de l’Église ! Que s’était-il donc passé ?

Plaque mémorielle édifiée aux soldats et paroissiens apposée sur le temple protestant de Nantes

Plaque mémorielle édifiée aux soldats et paroissiens apposée sur le temple protestant de Nantes

Date du document : 2023

De crainte que cette plaque de marbre soit abîmée, Guy Cadier, pasteur de l’Église, avait demandé à la personne faisant fonction de concierge à l’époque, de l’entreposer provisoirement à son domicile à Orvault. La plaque fixée sur le mur perpendiculaire des tuyaux d’orgue fut donc démontée. À l’issue des travaux, il était prévu de la replacer sur un autre emplacement, alors non défini, mais plus approprié que le précédent. Puis le temps passa, et nul ne se soucia de ce patrimoine de 130 kilogrammes. Le pasteur changea d’affectation, le concierge décéda, et cette histoire tomba dans l’oubli. D’aucuns pensaient qu’elle avait été subtilisée ou tout simplement détruite.

Après plusieurs années de recherches infructueuses, le dénouement improbable de notre histoire arrive enfin : non seulement la plaque avait été effacée de la mémoire du temple, mais déménagée dans une remise limitrophe de la maison où elle avait été entreposée. Posée à même la terre battue, elle servait de dalle de sol. C’est un membre de l’Union nationale des combattants (UNC) qui l’a découverte début 2023, totalement par hasard, dans une maison en rénovation. En partance pour la déchetterie, l’irréparable a été évité. Le mémoriel a ensuite été entreposé dans les locaux de l’UNC puis restitué au temple protestant le 12 avril dernier en attendant qu’il soit refixé sur le mur d’entrée du temple. Curieux destin pour cet élément patrimonial qui a échappé à plusieurs reprises aux bombardements, à l’oubli, et à une disparition inéluctable.

Place Edouard Normand, vue du temple protestant.

Place Edouard Normand, vue du temple protestant.

Date du document : 1977

Une cérémonie de restitution de cette plaque aura lieu le 9 novembre prochain, à 18h30, au temple protestant, place Édouard Normand. Elle est organisée par l’association Culture Événements Patrimoine protestants de Loire-Atlantique, qui a pour but de proposer des manifestations culturelles en lien avec le protestantisme, son histoire et son patrimoine.

> Consulter le site internet de l’association culturelle Culture Événements Patrimoine protestants de Loire-Atlantique

Charles Nicol

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