Diagnostic archéologique au 2 rue des Pénitentes à Nantes
Le projet de construction d’un immeuble comprenant 19 logements et un Espace départemental des Solidarités sur les 579 mètres carrés du site du 2 rue des Pénitentes a motivé la prescription d’un diagnostic archéologique préalable par le Service Régionale de l’Archéologie des Pays de la Loire, qui a été réalisé en avril 2026 par les agents du Service Archéologique de Nantes Métropole (SANaM).
Le secteur de la rue des Pénitentes à Nantes s’inscrit dans un environnement archéologique particulièrement riche : pour la période antique, la parcelle étudiée se situe à l’extérieur de l’enceinte gallo-romaine, en bordure de l’ancien lit de l’Erdre. Elle occupe ainsi un espace extra-muros, à proximité du débouché supposé de plusieurs voies antiques.
Localisation de l’opération par rapport aux enceintes successives de Nantes
Date du document : 2026
À partir de la fin du 12e siècle, l’enceinte urbaine connaît une importante extension afin d’intégrer les nouveaux quartiers du Bourg-Main, à l’ouest, et de Saint-Léonard, au nord. Les rives de l’Erdre se trouvent alors progressivement urbanisées, tandis que le développement de la ville s’affranchit des contraintes imposées par l’ancienne fortification. Les actuelles rues des Pénitentes et Garde-Dieu (autrefois dénommée rue d’Enfer) témoignent encore aujourd’hui de cette structuration médiévale du tissu urbain.
Entre le 13e et le 18e siècle, le secteur est occupé par le couvent des cordeliers, dont l’église vient s’appuyer contre le mur du castrum antique.
Localisation de l’opération sur le plan Cacault de 1759, figurant les couvents des Cordeliers et des Pénitentes
Date du document : 2026
L’ensemble conventuel évolue au fil des siècles et est constitué, au plus fort de son étendue, des bâtiments religieux (église, cloître, chapelles…) bordés au nord de potagers et jardins d’agrément. Cet ensemble est clos d’un grand mur le séparant du reste de la ville. L’emprise du diagnostic se superpose ainsi à la partie nord-ouest des jardins du couvent. De l’autre côté de la rue éponyme, la maison Sainte-Marie-Madeleine, dite « des Pénitentes », est fondée dans la seconde moitié du 17e siècle. Cet établissement conventuel comprend alors plusieurs bâtiments, une chapelle ainsi qu’un petit cimetière avant le départ des religieuses en 1793 et la revente des terrains par la ville.
Le diagnostic a permis de mettre au jour plusieurs maçonneries de fondation correspondant à des édifices figurant encore sur le cadastre napoléonien. Ces structures sont associées à un réseau de canalisations maçonnées destiné à l’évacuation des eaux (gouttières, eaux usées…).
Fondations de murs et canalisations enfouies au 2 rue des Pénitentes
Date du document : Avril 2026
Ces vestiges reposent sur une épaisse séquence de remblais, de niveaux sombres et de faciès sableux, installée sur le substrat micaschisteux.
Nettoyage des structures et enregistrement des données de fouille au 2 rue des Pénitentes
Date du document : Avril 2026
Cette séquence sédimentaire apporte des éléments utiles à la compréhension de l’évolution paléoenvironnementale de la rive ancienne de l’Erdre.
Séquence sédimentaire observée sous les vestiges maçonnés au 2 rue des Pénitentes
Date du document : Avril 2026
Un premier sondage à été réalisé à la pelle mécanique jusqu’à 1,80 mètre de profondeur. En raison des contraintes techniques, il a été complété par un carottage mécanique réalisé par l’équipe du SANaM. Celui-ci a permis de documenter la succession des faciès sédimentaires jusqu’au substrat géologique, atteint à 4,30 mètres de profondeur.
Réalisation d’un sondage à la pelle mécanique au 2 rue des Pénitentes
Date du document : Avril 2026
Cette stratigraphie suggère une forte imbrication entre dynamiques naturelles de bord de vallée, apports sédimentaires remaniés et aménagements anthropiques successifs. La caractérisation géomorphologique de ces niveaux sera déterminante pour distinguer les éventuels dépôts liés au fonctionnement ancien de l’Erdre, les formations organo-minérales anthropisées et les remblais associés à l’urbanisation ou aux jardins conventuels.
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Camille Robert, Emmanuel Weisskopf
Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2026
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