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Vers le classement Monument Historique de l’Imprévu et de la maquette de l’Emile Paraf ?

Date de publication : 12/05/2021

Avouons-le, quand on pense monument historique, on pense vieille pierre avant de penser patrimoine industriel ! Et pourtant !


Tout commence en août 2020, les chantiers de l’Esclain contactent la Maison des Hommes et des Techniques car ils ont entendu parler d’un plan de l’Emile Paraf, un remorqueur aujourd'hui renommé l'Imprévu, que la MHT conserverait dans ces archives. Des rencontres s’organisent et on commence à chercher des informations sur le navire dont la date de construction est alors inconnue, et  sur son chantier de construction sur lequel on trouve des informations contradictoires. On parle aussi de la maquette de l’Emile Paraf, conservée à la MHT et dont on apprend petit à petit la riche histoire. Le chantier de l’Esclain monte alors un dossier documentaire pour que l’Imprévu fasse l’objet d’une restauration dans son état d’origine. La commission régionale du patrimoine et de l’architecture contacte la MHT afin que le navire et la maquette soit présentées ensemble pour une inscription au titre des monuments historique. Chose faite le 7 avril dernier. Par ailleurs un vœu de classement a également été émis. Ces avis seront proposés pour décision au préfet de région dans les prochaines semaines.

Maquette de l’ <i> Emile Paraf </i> présentée à l’exposition <i> Bâtisseurs de Navires </i> à la Maison des Hommes et des techniques

Maquette de l’ Emile Paraf présentée à l’exposition Bâtisseurs de Navires à la Maison des Hommes et des techniques

Date du document : 2021

L’Emile Paraf (le remorqueur comme la maquette) est un navire intimement lié au port de Nantes et à ses industries. Le navire est construit en 1903 aux Chantiers de la Brosse et Fouché (futur Ateliers et Chantiers de Bretagne) de Nantes. Le port est alors en pleine extension et les chantiers construisent par dizaine des remorqueurs destinés à tirer les chalands transitant sur la Loire. L’Emile Paraf est commandé par les Fonderies et Laminoirs de Couëron et va remorquer des chalands de minerai de plomb jusqu’en 1955. En 1941-1942, une maquette de l’Emile Paraf est réalisée à partir de duralium (un alliage d’aluminium) récupéré sur les épaves des escorteurs le Fier, l’Agile et l’Alsacien, tout juste coulés par des bombardements alliés du port et des chantiers navals. La maquette est conçue comme un « mécano » et elle peut être montée et démontée à l’infini. Son montage et démontage permet aux apprentis des Ateliers et Chantiers de Bretagne d’acquérir le vocabulaire nécessaire à la chaudronnerie navale et de situer les éléments de coque les uns par rapport aux autres.

En 1955, avec la motorisation des chalands, l’Emile Paraf est cédé à un ferrailleur puis racheté par la Société Halgrain qui charge les chantiers Mérré de le remotoriser. Il perd alors sa cheminée à vapeur et ses superstructures sont refondues. Peut être est il rebaptisé Imprévu à ce moment-là. Il poursuit alors son activité aux sablières du pays de Retz jusqu’en 1978. En 1978, l’Imprévu est repris par les Etablissements Moreau-Arthon comme pousseur de chalands transportant du sable. Après le plomb, le sable, autre grande activité de l’estuaire !

Dans les années 1990, l’arrêt de la prise de sable en Loire fait cesser l’activité de l’Imprévu. Le navire est un temps prêté à l’ABPM (association des Bateaux du port de Nantes) avant d’être vendu au chantier de l’Esclain pour remorquer des peniches et des pontons. Il est mis à sec en 2017 après 104 ans de bons et loyaux services ! La maquette quant à elle est présentée à la Maison des Hommes et des Techniques dans l’exposition permanente « Bâtisseurs de navires ». Elle redevient alors outil pédagogique pour le grand bonheur des visiteurs et notamment des enfants.

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’histoire de la maquette de l’Emile Paraf, cliquez ici.

Elise Nicolle
Maison des Hommes et des techniques