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Notre-Dame-de-Bon-Port : découvrez les tableaux restaurés pour la réouverture de l’église

Date de publication : 13/10/2021

La première phase de travaux de l’église Notre-Dame-de-Bon-Port, initiée en 2018, a été l’occasion d’intervenir sur trois tableaux exposés sur les piliers de l’édifice.


Les travaux de couverture de Notre-Dame-de-Bon-Port ont rendu nécessaire la dépose des trois tableaux de grand format qui étaient accrochés sur les piliers du transept qui soutiennent la coupole. Décrochés à l’automne 2018, ces trois tableaux, après avoir été traités par anoxie contre les insectes nuisibles et parasites du bois, ont été stockés dans les réserves mutualisées de Nantes Métropole, avec l’aide des équipes du Musée d’Art de Nantes. Leur dépose a été l’occasion d’une restauration pilotée par la Direction du Patrimoine et de l’Archéologie. À cet effet, début 2021, après désencadrement, les toiles d’une part et les cadres d’autre part ont été respectivement confiés à des restaurateurs de peintures, Kiriaki Tsesmeloglou et Claire Le Goff, et des restaurateurs de dorure, Anaïs Ménard et l’Atelier de Dorure David Sébastien. Réaccrochés début septembre 2021 par l’entreprise de transport d’oeuvres d’art BOVIS, le public pourra les redécouvrir à leur emplacement d’origine au moment de la réouverture de Notre-Dame de-Bon-Port.

Les maîtres du 17e siècle copiés pour le décor de Notre-Dame-de-Bon-Port

Ces tableaux qui datent de la seconde moitié du 19e siècle sont tous des copies de peintures originales datant du 17e siècle.

Il s’agit de :

La Descente de Croix, copie par Joseph Gouëzou en 1858 d’un tableau peint  en 1697 par le peintre français Jean Jouvenet et conservé au Louvre

«La Descente de Croix», après restauration

«La Descente de Croix», après restauration

Date du document : 16-07-2021

L’éducation de la Vierge, copie par Alfred Leduc en 1878 d’un tableau peint vers 1645 par le peintre flamand Gaspar de Crayer

«L’Éducation de la Vierge» après restauration

«L’Éducation de la Vierge» après restauration

Date du document : 16-07-2021

Le Repos de la Sainte-Famille en Égypte, copie par Alfred Leduc en 1880 d’un tableau peint en 1641 par le peintre français Laurent de la Hyre

«Le Repos de la Sainte-Famille en Égypte», après restauration

«Le Repos de la Sainte-Famille en Égypte», après restauration

Date du document : 06-06-2021

À l’instar de la copie exécutée par Joseph Gouëzou, dont les archives montrent qu’elle a été spécifiquement commandée pour le décor de l’église Notre-Dame-de-Bon-Port, on peut faire l’hypothèse que les deux autres copies l’ont été aussi. Les originaux dont sont inspirés ces deux derniers tableaux sont conservés au Musée d’arts de Nantes, depuis leur dépôt par l’État en 1809.

«Education de la Vierge», original et copie

«Education de la Vierge», original et copie

Date du document : 16-07-2021

Les trois tableaux qui sortent de restauration sont donc trois copies de tableaux du 17e siècle, aussi appelé le « Grand Siècle », pour la peinture religieuse en particulier. Les originaux dont sont inspirés ces copies relèvent néanmoins d’esthétiques bien distinctes. Les avoir réunies sous la coupole de Notre-Dame-de-Bon-Port traduit sans doute le goût pour l’éclectisme du 19e siècle.

La copie de grands maîtres n’a pas au 19e siècle la même valeur qu’aujourd’hui. École de peinture, la copie de grands tableaux des siècles classiques est aussi fréquemment utilisée pour « meubler » de nouveaux édifices, en l’occurrence ici Notre-Dame-de-Bon-Port. Elles constituent  des œuvres d’art à part entières. Ces trois œuvres ont d’ailleurs été protégées au titre des Monuments Historiques en 1984.

Un programme décoratif abondant

La commande de ces tableaux s’inscrit dans un vaste programme décoratif peint qui fait la spécificité de cette église. Commencé au moment de l’inauguration de l’église, il s’achève au début du 20e siècle seulement. La Descente de Croix est peinte l’année de l’inauguration de l’église, en 1858. Joseph Gouëzou est également l’auteur des 14 stations du chemin de Croix, qui suivent rapidement (1860). La décoration du tambour, du dôme et de ses quatre pendentifs, et du mur du sanctuaire ont été confiée au peintre Alphonse Le Hénaff qui y travaille à partir de 1860. Quant aux copies par Alfred Leduc L’éducation de la Vierge et Le Repos de la Sainte-Famille en Égypte, elles sont installées en 1880.

Tambour et dôme de l'église Notre-Dame-de-Bon-Port

Tambour et dôme de l'église Notre-Dame-de-Bon-Port

Date du document : 10-09-2021

Pour les tableaux qui nous occupent on peut formuler l’hypothèse que l’intention était de rassembler à cette endroit de l’église une iconographie mariale. Les archives relatives à la commande de la copie par Joseph Gouëzou de La Descente de Croix de Jouvenet nous apprennent en effet que, dans un premier temps, il lui avait été commandé une copie de la Sainte Famille de Murillo, également conservée au Louvre. Pour des raisons que nous ignorons, le peintre a finalement été réorienté vers une copie d’une Descente de Croix. Avec une copie de la Sainte Famille, ces trois tableaux auraient constitué un programme iconographique plus cohérent, consacré à la Vierge, et donc en adéquation avec la dédicace de l’église.

Une restauration par étapes

Pour les trois tableaux, la restauration a procédé par étapes successives :

Les toiles ont tout d’abord été déposées de leur châssis.

Elles ont alors pu faire l’objet d’un dépoussiérage de la face et du revers, étape qui permet l’élimination de particules volatiles déposées à la surface. Elles souffraient toutes d’importants scrupules – des amas de poussière accumulés entre la toile et le châssis qui peu à peu déforment la toile.

Elles ont ensuite été installées sur un bâti provisoire. Avec une humidification légère, ce bâti permet de résorber progressivement les déformations de la toile afin de lui redonner sa planéité.

La couche picturale de chacune d’entre elles a alors pu bénéficier d’un décrassage et d’un traitement anti fongique complétés par l’allègement du vernis là où il ne jouait plus son rôle de protection de la peinture. Ces deux étapes ont permis de retrouver la fraîcheur des coloris d’origine, à l’exception de certaines zones dont les pigments eux mêmes étaient altérés (ex. laque de garance utilisée pour le traitement de la robe de la Vierge dans le Repos de la Sainte Famille en Égypte). Les restauratrices ont cependant constaté à ce stade que certaines taches provoquées par l’acidité des déjections des insectes et l’effet corrosif des moisissures persistaient après le décrassage.

Restauration du tableau «La Descente de Croix»

Restauration du tableau «La Descente de Croix»

Date du document : 2021

Les zones présentant de micro-soulèvements de matière picturale ont ensuite été refixées. Cette étape a été particulièrement importante et complexe pour le Repos de la Sainte Famille en Égypte – la perte d’adhésion étant généralisée à l’ensemble de la surface et la couche picturale étant très cassante.

Afin d’atténuer l’impact visuel des usures et micro lacunes, les restauratrices ont à ce stade procédé à des retouches ponctuelles avant de revernir l’ensemble.

«Le Repos de la Sainte-Famille en Égypte», détail de travaux de restauration

«Le Repos de la Sainte-Famille en Égypte», détail de travaux de restauration

Date du document : 06-05-2021

Les toiles enfin ont été retendues sur un châssis, châssis d’origine ou châssis neuf dans le cas du Repos de la Sainte Famille en Égypte. Afin de protéger la toile de la poussière, d’éviter notamment la formation de scrupules, et d’isoler la toile de l’éventuelle humidité du mur, le revers a été protégé au moyen d’une toile polyester.

Parallèlement, les cadres ont été restaurés au sein d’ateliers de dorure : dépoussiérés, décrassés, rebouchés dans les parties écaillées ou vermoulues. Les parties restaurées ont enfin été redorées selon les techniques d’origine c’est-à-dire à la feuille d’or.

Compte-tenu de leur format, de leur poids et de leur hauteur d’accrochage, les tableaux ont enfin été réaccrochés par une entreprise spécialisée équipée d’un échafaudage.

Accrochage du tableau «La Descente de Croix», après restauration

Accrochage du tableau «La Descente de Croix», après restauration

Date du document : 09-09-2021

Restaurer des copies : est-ce spécifique ?

L’art de la copie se distingue notablement de l’original du point de vue de sa technique. Alors qu’une huile sur toile originale est traditionnellement obtenue par un apport progressif de couleur, l’artiste qui effectue une copie, par nature économique, vise à obtenir le maximum d’effets dans un minimum de temps, avec le minimum de matière aussi. La couche de peinture est donc beaucoup plus fine dans le cas d’une copie que dans le cas de l’original. Cela est d’ailleurs observable à l’œil nu, le grain de la toile pouvant de fait rester visible à la surface de la peinture. La restauration de ce type d’oeuvres est donc particulièrement délicate, le restaurateur devant avancer prudemment !

          > En savoir plus sur l'histoire de l'église Notre-Dame-de-Bon-Port
          > En attendant la réouverture de l'église, découvrez ci-dessous le récit de la restauration de ces tableaux en vidéo. Un autre film, plus complet, sera bientôt mis en ligne.

Aurélie De Decker
Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole