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10 000 photos du CHT pour comprendre l'histoire sociale de Nantes

Date de publication : 29/04/2019

Implanté sur l’île de Nantes, le Centre d'Histoire du Travail (CHT) vient de mettre en ligne une partie de ses documents iconographiques. Une initiative précieuse pour explorer l’histoire sociale locale que nous présente Xavier Nerrière, du CHT.


Pourquoi rendre accessible votre fonds iconographique ?

D’abord parce que c’est la vocation d’un centre d’archive et de documentation comme le Centre d'histoire du travail de rendre la matière que nous conservons accessible au public, le plus large possible. Il faut se mettre à l’air du temps : le numérique et internet offrent des opportunités que nous n’avions pas il y a 10 ans.  C’est l’essence même de notre structure que de trouver les bons outils pour élargir son public. Nous avons envie de partager la matière que nous conservons. C’est de l’Histoire populaire. Le CHT a vocation à s’y intéresser et le fonds iconographique traduit cette préoccupation, depuis sa création en 1981. Au fil du temps, nous avons collecté et accumulé près de 100 000 photos. Le fonds d'Hélène Cayeux, c’est déjà 40 000 prises de vue. Nous avons numérisé à ce jour 10 000 photos, soit 10% du fonds du CHT. La logique poursuivie pour cette sélection, ce sont les besoins et les demandes qui nous parviennent. Et les photos mises en ligne n’excèdent pas 1970.  Pour ne pas mettre en difficulté des militants engagés dans des mouvements sociaux et des manifestations.  


Et quelles sont les singularités et les thèmes de cette sélection ?

Cela fait près de 20 ans que je travaille sur ce fonds. Je me suis aperçu qu’il y a trois entrées sur la représentation du monde du travail. Il y a d’abord les photos faites par l’employeur pour communiquer sur son entreprise. Ou pour échanger avec ses clients. Par exemple dans les chantiers navals. Des grands noms de la photo ont répondu à ces commandes comme Robert Doisneau, qui est venu sur les chantiers de Saint-Nazaire. La seconde entrée, c’est celle du journaliste ou du photographe indépendant qui prennent l’initiative de reportages, avec un angle. Ce peut être un journal. La dernière entrée, ce sont les photos prises à l’initiative de salariés ou de leurs représentants, comme les Comités d’entreprise. Cela nous permet d’avoir une vision très particulière de l’entreprise : elle est construite par les salariés eux-mêmes, de manière collective. C’est la fierté de montrer le fruit de son travail comme avec la Navale. Et les copains avec qui on travaille. Cette dernière entrée est la spécificité du CHT, notre capacité de collecter ces images-là. Nous avons une forte identité à laquelle sont attachés des militants, mais pas seulement. Nous sommes également identifiés comme un lieu de conservation d’une mémoire collective et militante. Et plus largement populaire. C’est pourquoi nous avons des dépôts de photos qui appartiennent à des familles.


Comment continuez-vous à enrichir votre iconothèque ?

C’est grâce à un rapport de confiance qui se construit sur le long terme d’abord avec les organisations syndicales, avec chaque génération de militants. L’enjeu, c’est le réflexe de nous reverser les archives et les photos. C’est un travail de bénédictin. Et avec les particuliers et les familles, via des archives plus intimes qui sont un vrai trésor. Il faut cultiver le réseau pour les faire converger vers le Centre d’histoire du travail. On en a de plus en plus car le travail paie sur le long terme. L’autre biais, c’est par un projet lancé avec la Fac de Sociologie de Nantes et intitulé « Genèse d’archives photographiques militantes ». L’objectif est d’analyser des photos sur le lieu de travail et dans les conflits sociaux. Et leurs représentations, notamment dans les médias. Avec ce projet, nous pouvons recollecter des photos numériques. On a lancé un appel en direction des organisations syndicales. Par ce biais, on a renoué le lien avec des photographes amateurs et militants qui ont pris le réflexe de venir nous déposer régulièrement des photos prises lors de manifestations. On n’a pas vocation à devenir une agence mais cela nous permet de suivre l’actualité sociale.

 

Lien vers l'iconothèque du CHT : http://icono.cht-nantes.org/


Christophe Patillon, salarié du CHT, propose des chroniques qu’il qualifie de « petits pans d’histoire sociale » :

« Dès l’origine du CHT, nous avons eu un rayon d’action départemental et régional. Nous avons une matière qui nous a semblé important de partager. Et contrer la manière avec laquelle les grands médias montre l’Histoire. On parle des « grands », des notables. Nous pensons que l’Histoire se fait avec les petits. Le blog est un bon moyen de promouvoir l’histoire populaire. Et faire vivre des petites pages d’histoire de la classe ouvrière des départements de notre région. On propose ainsi des petites chroniques. Soit nous avons la matière, soit nous nous appuyons sur des associations autour du patrimoine qui peuvent faire une place à l’histoire sociale. Sa grande ambition, c’est bien de dire à tous que l’Histoire, ce ne sont pas que des secrets et les grands de ce monde, mais bien de partager une histoire populaire. Via des textes volontairement courts. »