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Jean Rigollet (1931 - 1955) Fortifications de 1793

Vitraux de la cathédrale de Nantes


Du vitrage original de la cathédrale seul subsistait, jusqu’en 2020, la verrière de la façade occidentale datant du 16e siècle. Par la suite, la plupart des verrières du 19e siècle n’ont pas résisté aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, 69 fenêtres de l’édifice sont ornées de vitreries géométriques réalisées entre les années 1950 et 1970 par les peintres verriers François Lorin (1900-1972) et Félix Razin (1908-1991). Les 85 autres verrières ont été commandées en cinq campagnes de travaux sur une période de 40 ans, faisant de ce chantier l’un des plus importants pour la création de vitraux en France au 20e siècle.

« La plus grande verrière de France » de François Chapuis et Félix Razin (1956-1959)

En 1953, l’évêché souhaite installer un vitrail figuré dans la grande fenêtre du bras sud du transept. Des difficultés financières retardent la commande, mais un concours est finalement organisé en 1956, à l’issue duquel le peintre François Chapuis (1928-2002) et le peintre verrier Félix Razin sont choisis pour créer une verrière d’une surface de 102 m2, sur le thème des saints et bienheureux du diocèse de Nantes et de Bretagne. Pour l’iconographie, Monseigneur Villepelet s’inspire du programme imaginé par l’abbé Richard au début du 19e siècle qui avait souhaité rappeler la filiation de Nantes à la Bretagne. Connu pour ses « murs-lumières », François Chapuis privilégie à Nantes la technique traditionnelle du vitrail mis en plomb et peint à la grisaille. Sur un fond dans les tons jaune, orange et rouge, il dispose des personnages traités comme des statues-colonnes rappelant les sculptures de la cathédrale et celles du tombeau des ducs de Bretagne installé au pied de la verrière depuis 1817. L’ensemble de la composition est conçu selon un mouvement vertical inspiré par la sobriété et la pureté des lignes monumentales de la cathédrale.

Vitrail de la baie 22 de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Vitrail de la baie 22 de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Date du document : 11/09/2023

La verrière inaugurée en 1959 est une réussite aux yeux des Nantais, mais demeure une initiative isolée et prématurée. Pour la suite du chantier, le service des Monuments historiques et le clergé envisagent un programme d’ensemble pour compléter le vitrage de la cathédrale.

Les premières tentatives d’ensemble (1964-1967)

En 1964, Monseigneur Villepelet souhaite un programme figuré pour la cathédrale de Nantes, mais Pierre Prunet (1926-2005), architecte en chef des Monuments historiques, Jacques Dupont (1908-1988), inspecteur général des Monuments historiques et Pierre-Marie Auzas (1914-1992), inspecteur principal, penchent pour un programme abstrait de coloration d’ensemble. Ils souhaitent réitérer le succès du chantier de la cathédrale Metz où en 1957 Jacques Villon et l’atelier Simon-Marq de Reims ont reçu la commande des vitraux de la chapelle du Saint-Sacrement, à l’instigation de Jacques Dupont et de l’architecte Robert Renard. Pour la première fois en France le projet d’un grand peintre contemporain était choisi pour la fabrication de verrières destinées à un édifice protégé au titre des Monuments historiques. 

À Nantes, après des discussions engagées en 1965, Prunet, Dupont et Auzas conseillés par le peintre verrier Charles Marq (1923-2006) de Reims, demandent l’année suivante une étude de coloration générale au peintre Raoul Ubac (1910-1985). Mais Pierre-Marie Auzas se ravise après avoir visité l’exposition du peintre, inaugurée à la galerie Maeght le 7 octobre 1966, estimant l’artiste incompétent pour cette mission. Face aux vifs désaccords divisant le trio, Raoul Ubac se retire du projet en 1967. L’entrée de la non-figuration dans la cathédrale de Nantes ne se fera donc pas dans le cadre d’un grand programme, mais progressivement, en commençant par les discrètes verrières de Brigitte Simon (1926-2009) dans le narthex et du côté nord de la nef.

Les verrières de Brigitte Simon (1968-1975)

Suite à l’échec du projet Ubac, Prunet et Dupont revoient leurs ambitions à la baisse et commandent à Charles Marq et sa femme, Brigitte Simon, des vitreries géométriques à décor floral pour sept fenêtres des 11e et 12e travées de la nef. Les artistes sont encouragés à choisir avec soin la coloration des vitraux qui devront ensuite s’inscrire dans un ensemble de verrières même si le programme n’est pas encore fixé. Très inspirée par la couleur de la pierre et par la lumière de la cathédrale, Brigitte Simon prend en charge le chantier et les verrières du narthex sont posées entre novembre 1968 et avril 1969. Les verrières des baies basses du côté nord de la nef sont réalisées plus tard, en 1975, la commande ayant été suspendue par de nouveaux conflits entre les coordinateurs sur la question du programme, puis en raison de l’incendie de la cathédrale le 28 janvier 1972.

Vitrail de la baie 29 de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Vitrail de la baie 29 de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Date du document : 11/09/2023

Bien loin des vitreries à décor floral, Brigitte Simon imagine à Nantes un paysage minéral et onirique inspiré des verrières ornementales du 13e siècle de la cathédrale de Reims. Les teintes blanches, vertes et ocres de ses verrières se réchauffent progressivement de la nef vers le chœur et mettent en valeur les nuances de la pierre ainsi que la lumière, plus froide du côté nord, qui appelle à un certain calme, à une plus grande douceur du graphisme et des couleurs. Son œuvre témoigne de sa modestie et de sa capacité d’adaptation aux contraintes de l’architecture et aux exigences des commanditaires sans pour autant que l’artiste ait laissé de côté son écriture et sa sensibilité de peintre. Souvent considérées comme de simples vitreries, ces verrières sont en réalité de véritables œuvres non figuratives au dessin et à la coloration complexe.

Les vitraux d’Anne Le Chevallier (1975-1982)

En 1975, l’Atelier Anne et Guy Le Chevallier de Fontenay-aux-Roses est choisi pour restaurer les vitraux du 19e siècle et pour créer de nouvelles verrières dans le bras nord du transept et dans deux chapelles du chœur. La commande prévoit à l’origine des vitreries losangées à bordure, mais Anne Le Chevallier impose finalement de grandes compositions non figuratives.

« Les Litanies de la Vierge », vitrail de la baie 215 de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

« Les Litanies de la Vierge », vitrail de la baie 215 de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Date du document : 11/09/2023

Elle intervient en 1977 du côté nord du transept. Dans les lancettes de la grande baie septentrionale, elle reprend les tonalités des vitraux plus anciens situés dans le tympan figurant les litanies de la Vierge et compose un paysage abstrait dont l’élément central est un grand arbre évoquant le rôle d’intercesseur de l’Église et de la Vierge entre Dieu et les fidèles. Pour les baies hautes et celles du triforium, l’artiste conserve les teintes utilisées dans la verrière ornementale du 19e siècle située dans la baie 211 ; elle reprend l’idée des vitreries à bornes, qu’elle réactualise en tressant un motif central en couleur qu’elle entoure de larges bordures blanches.

Vitrail de la baie 211 de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Vitrail de la baie 211 de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Date du document : 11/09/2023

En 1981 et 1982, elle crée deux verrières non figuratives dans le chœur : la Pentecôte, dans la chapelle du Sacré-Cœur et l’Espérance, dans la chapelle Saint-Yves. Anne Le Chevallier apprivoise et dompte la lumière, elle la colore et par un jeu d’alternance entre ombre et clarté, l’artiste donne vie à son œuvre. À la manière de son beau-père Jacques Le Chevallier, Anne peint sur le verre ; aucune pièce ne reste nue, la grisaille est partout. L’œuvre d’Anne Le Chevallier est parfaitement guidée par la notion d’équilibre. Son intervention dans l’édifice se caractérise par une grande harmonie des couleurs, de la lumière, des formes et s’intègre avec brio dans cet espace de transition qu’est le bras nord du transept. 

Le dessin et la coloration de ces vitraux sont étudiés pour opérer une délicate transition entre les verrières du 19e siècle et les futurs vitraux du peintre Jean Le Moal (1909-2007) déjà en cours d’étude.

Un peintre contemporain pour le chœur de la cathédrale : les vitraux de Jean Le Moal (1978-1989)

Après l’échec du projet de Raoul Ubac, Pierre Prunet bataille pendant plus de dix ans pour que le vitrage du chœur soit conçu dans son ensemble par un peintre. Dans leur recherche d’un artiste pourvu d’« un goût très aigu des formes, [d’]une forte personnalité capable de maîtriser son sujet, [d’]une expérience de l’effet monumental », Auzas et Prunet arrêtent leur choix sur Jean Le Moal. Les vitraux que ce dernier a réalisés avec l’Atelier Bernard Allain entre 1968 et 1972 à la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo ont en effet séduit l’architecte et l’inspecteur. En collaboration avec l’Atelier Le Chevallier, Jean Le Moal se voit confier la conception de 500m2 de vitraux destinés au chœur de la cathédrale de Nantes, ce qui l’occupera de 1978 à 1989. Face à l’ampleur du travail, il est aidé par sa fille Anne Le Moal, Jean Décène et Thérèse Prunet pour la mise au point des cartons à grandeur, ainsi que par l’artiste Christine Messmer qui l’épaule également pour le choix des verres et qui participera à la peinture des vitraux à l’atelier de Fontenay.

Dessin des cartons de vitraux du chœur de la cathédrale de Nantes

Dessin des cartons de vitraux du chœur de la cathédrale de Nantes

Date du document : 09/10/2023

Jean Le Moal est motivé par une véritable démarche d’orchestration de la lumière. Il décrit son œuvre comme une « symphonie avec des notes majeures et des notes un peu aigües et froides » qui apporte de la couleur et qui anime ce « grand vaisseau très clair ». En tant que représentant de la peinture non figurative, Le Moal ne traite d’aucun thème dans ses verrières. Il rejette l’imitation servile de la réalité prônée par l’enseignement académique, même s’il ne rompt pas avec la nature dont il retient l’émotion. L’essence même de l’œuvre vitrée de Jean Le Moal est de donner vie par la lumière à une atmosphère de recueillement pour les fidèles, mais aussi de repos, de silence et de gravité pour ceux qui ne prient pas. Il met en œuvre des compositions colorées ondulées à la dynamique ascendante dans lesquelles il évite tout recours aux lignes droites et aux obliques. En harmonie avec les formes architecturales, toutes ces compositions ont ainsi la même finalité et guident le regard des spectateurs vers le sommet de l’édifice.
Les verrières de la cathédrale : un projet toujours en cours

Les vitraux de Jean Le Moal sont très bien accueillis. L’ensemble séduit tellement que le clergé, Pierre Prunet et Catherine de Maupéou, inspecteur des Monuments historiques, lui demandent d’intégrer les panneaux anciens de la baie de la façade occidentale dans une création contemporaine afin de conserver l’harmonie des couleurs, l’unité et l’équilibre de la lumière que le peintre a créés dans le chœur. Pour les mêmes raisons d’unité, Pierre Prunet évoque également la possibilité de demander à l’Atelier Jacques Simon de créer des vitraux pour les chapelles du côté sud de la nef. Néanmoins, ces projets n’aboutissent pas.

Ancienne verrière de la façade occidentale de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Ancienne verrière de la façade occidentale de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Date du document : Avant 2020

Malgré l’enchaînement d’initiatives isolées et l’échec constant dans l’élaboration d’un programme d’ensemble, une certaine logique s’est progressivement imposée au sein de l’édifice. Ainsi, l’administration, aidée du talent et du savoir-faire des artistes, a réussi à obtenir une harmonie lumineuse qui évolue depuis la nef d’une clarté presque froide, vers la douce lumière du transept, équilibrée entre les tons chauds au sud et les tons froids au nord, jusqu’au chœur où la coloration des vitraux se réchauffe progressivement pour atteindre enfin une lumière flamboyante dans les baies d’axe. L’abandon des projets de complément de la baie de la façade occidentale et de création des vitraux du côté sud de la nef ont ainsi marqué le point final du chantier de la cathédrale de Nantes, jusqu’à l’incendie du 18 juillet 2020 ayant détruit la verrière de la façade occidentale qui va être remplacée par une création du 21e siècle.

Marie Savoldelli
2025

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En savoir plus

Bibliographie

BOTTINEAU, Yves, Cathédrale Saint-Pierre : Nantes, Lyon, Lescuyer, 1980.

BOTTINEAU, Yves, La cathédrale de Nantes Saint-Pierre et Saint-Paul : histoire, description, parcours de visite, Nantes, Les Amis de la cathédrale de Nantes, 1991.

BOUCHET, Philippe (dir.), Jean Le Moal : 1909-2007, Paris, LienArt, 2017.

COSSON, Yves, Les vitraux de la cathédrale de Nantes Saint-Pierre et Saint-Paul : une fascinante suite de verrières pour la beauté et la méditation, Nantes, Les Amis de la cathédrale de Nantes, 1991.

JAMES, Jean Paul (dir.), La Grâce d’une cathédrale, Strasbourg, La Nuée bleue, Paris, Place des Victoires, 2013.

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Dossier : La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

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Décor architectural Lieu de culte

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Rédaction d'article :

Marie Savoldelli

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