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Jean-Marie Écorchard (1809-1882) Premiers terrains de rugby à Nantes

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Trésor de la cathédrale de Nantes


Bien que méconnu au regard d'autres trésors de cathédrales, considérés comme plus prestigieux comme celui de la cathédrale d’Angers, le trésor de la cathédrale de Nantes abrite pourtant des pièces d’exception, qui se distinguent de ce rassemblement d’objets dédiés au culte, par leur rareté, leur qualité artistique ou leur valeur patrimoniale.

La valorisation du trésor

À partir de 1980, un projet d’aménagement de la crypte romane émerge dans le but d'y installer le trésor. Cette idée fait suite aux importants travaux de restauration de la cathédrale menés après l’incendie de 1972.

Comme de nombreux trésors de cathédrales en France, celui de Nantes a durement souffert de l'Histoire : saisies révolutionnaires, recomposition au cours du 19e siècle au gré des dons et commandes. Il est largement amputé par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. 

Inaugurée en 2006, la nouvelle présentation du trésor - qui avait fermé ses portes en 2000 pour des raisons de sécurité - proposait une muséographie modernisée. La cathédrale de Nantes a la particularité de posséder deux cryptes, l'une romane, l'autre aménagée au 19e siècle, dans laquelle une exposition, composée principalement de panneaux pédagogiques, relate l'histoire du monument.

L’incendie de 2020 a conduit pour le moment à fermer les lieux et à remiser à l’abri les objets présentés dans l’attente d’un nouveau projet de valorisation.

Une histoire mouvementée

Un trésor de cathédrale se définit généralement comme un ensemble d’objets servant pour le culte ou l’ornement du culte (vases sacrés, ornements liturgiques, reliquaires, insignes épiscopaux), qui deviennent, grâce à leur conservation in situ dans le temps, des témoins de l’histoire du monument et de l’évolution de son fonctionnement. Aux objets à vocation cultuelle, reflets du calendrier liturgique rythmant la vie spirituelle de l'édifice, s’ajoutent bien souvent d’autres pièces, acquises grâce aux achats et commandes de la communauté ecclésiastique ou paroissiale, ou encore par le biais de dons et legs d’amateurs d’art de la société civile, qui choisissent d’honorer la cathédrale en participant à son enrichissement. Parfois, souvenirs historiques, objets de curiosité ou découverts lors de fouilles archéologiques complètent cette collection d'objets d'art religieux.

Le trésor de la cathédrale de Nantes a perdu bon nombre de ses objets anciens, envoyés à la fonte en 1793, mais aussi lors des travaux de réaménagement comme ceux du chœur menés dès 1733 avec le démontage et la disparition de son ancien calvaire en argent. Reconstitué à partir de 1802 sous le Concordat, le trésor de la cathédrale profite du nouvel engouement autour des cathédrales au cours du 19e siècle dans le contexte d'un renouveau religieux. L'État achète alors de riches objets et ornements pour la cathédrale de Nantes dont témoignent les différents inventaires. L’identification et la localisation précises des pièces au sein de la collection actuelle n’est pas aisée du fait de descriptions succinctes dans les documents d'archives.

Le trésor de la cathédrale de Nantes est à nouveau brutalement amputé lorsque, le 15 juin 1944, par l'explosion d'une bombe, la destruction de la sacristie cause la perte de nombreux objets et des archives du chapitre. Les pertes sont évaluées à une centaine de chapes, une centaine de chasubles, dont certaines « richement brodées d'or et d'argent » et de nombreuses pièces d'orfèvrerie. Au lendemain de la guerre, un relevé de 1946 mentionne l'achat de chasubles et de chapes de différentes couleurs, d'ostensoirs et la remise à neuf de différents éléments d'orfèvrerie. Nombre de ces nouveaux vêtements liturgiques proviennent de la maison nantaise Dublé, pour la plupart conservés aujourd'hui, et se caractérisent par une certaine simplicité, tant dans les matériaux utilisés que dans l'iconographie. 

Lors de l’incendie de 1972, le trésor de la cathédrale de Nantes est épargné par les flammes. Alors installé dans un bâtiment annexe, sur le flanc sud de la cathédrale, il est toutefois déposé dans des coffres bancaires par mesure de précaution, afin d’éviter tout risque de vol.

Le trésor de la cathédrale aujourd’hui

Peu ou pas affecté par l’incendie de 2020, le trésor de la cathédrale de Nantes se compose aujourd’hui d’environ 150 pièces, pour la plupart propriété de l'État, avec une forte prédominance de vêtements, ornements liturgiques et objets d’orfèvrerie du 19e siècle. Du trésor originel, ne subsistent aujourd’hui que deux pièces, essentielles pour comprendre l’histoire du monument : 

- le Livre des Fondations du chapitre cathédral du 15e siècle,

- et le modèle en tuffeau pour le projet d’achèvement de la cathédrale gothique, maquette de 1632 exposée dans la crypte du 19e siècle.

Maquette d’architecture du projet de nouveau chœur pour la cathédrale

Maquette d’architecture du projet de nouveau chœur pour la cathédrale

Date du document : 23/08/2012

Parmi les pièces d’orfèvrerie anciennes conservées, le calice dit des Prisons de Nantes, daté de 1776, est l'œuvre de l’orfèvre nantais Jean-Antoine Belzon. Ce calice, au décor végétal luxuriant, est représentatif du goût, persistant dans l’orfèvrerie nantaise de cette époque, pour les formes souples et chantournées, héritées du style rocaille. Contemporain, le calice créé en 1777 par un orfèvre d'origine parisienne, illustre à l'inverse le développement du style néo-classique, avec ses têtes d'angelots disposées à la manière de bustes antiques.

Calice dit « des Prisons de Nantes »

Calice dit « des Prisons de Nantes »

Date du document : 12/10/2012

Après la fin de l’âge d’or de l’orfèvrerie nantaise, interrompu par la Révolution, le style néo-gothique s’impose à Nantes, comme en témoignent les deux grandes châsses en bronze doré, argenté et émaux, datées de 1866, abritant, parmi d’autres reliques, celles des saints Donatien et Rogatien. La crosse, offerte le 10 août 1870, par le clergé de son diocèse à Monseigneur Fournier, ardent défenseur du courant néo-gothique, introduit de manière précoce dans la cité nantaise, est créée par l’orfèvre nantais François Évellin.

Crosse épiscopale de Monseigneur Fournier

Crosse épiscopale de Monseigneur Fournier

Date du document : 15/12/2014

La collection de textiles liturgiques regroupe différentes typologies de pièces (chapes, chasubles, dalmatiques, mitres, étoles et manipules), en majorité des 19e et 20e siècles, à l’exception d’une remarquable chasuble rouge, probablement composée d’un tissu ancien, repris à une époque indéterminée. Parmi les pièces contemporaines à signaler, la chape dite de l’Annonciation, qui tire son nom de la scène à l’aiguille représentée avec un illusionnisme tout pictural sur son chaperon, est datée du début du 20e siècle et a été restaurée en 2011. Cette pièce d’origine asiatique se caractérise par le foisonnement de son décor et par la richesse de ses matériaux.

Chasuble de style gothique

Chasuble de style gothique

Date du document : 15/12/2014

Quelques éléments de statuaire ont rejoint le trésor de la cathédrale : statuette en marbre de femme - probablement du 14e siècle, statuettes en ivoire datées du 18e siècle, parmi lesquelles un Calvaire, ou encore une Vierge à l'Enfant, léguée en 1949 à la cathédrale par le collectionneur Jean Mayet. Cette œuvre en terre cuite, pleine de grâce et de délicatesse, autrefois polychromée, est attribuée à l’artiste manceau Charles Hoyau, actif autour de 1640. Elle figure parmi les œuvres majeures du trésor de Nantes.

Vierge à l’Enfant du trésor de la cathédrale de Nantes

Vierge à l’Enfant du trésor de la cathédrale de Nantes

Date du document : 20/07/2020

Des pièces d'exception provenant d’autres paroisses de Loire-Atlantique, comme la croix de procession de Lavau-sur-Loire de 1588 ou le calice de Bouée, œuvre à l’iconographie très riche de l’orfèvre Jean Besnard, actif dans le deuxième quart du 17e siècle, ont été déposées au trésor afin de les conserver dans de bonnes conditions de sécurité en particulier.

Croix de procession de la commune de Lavau-sur-Loire

Croix de procession de la commune de Lavau-sur-Loire

Date du document : 20/07/2020

Inaugurée en septembre 2006 et fermée en juillet 2020, la nouvelle présentation du trésor de la cathédrale de Nantes avait remporté un vif succès. Afin d’organiser le flux des visites, libres ou guidées, une convention tripartite entre l'État, le clergé affectataire, et la Ville de Nantes, avait été signée en 2007. Le prochain défi à relever était d’étoffer la présentation dans la crypte du 19e siècle mais aussi la nécessaire adaptation de la crypte romane aux actuelles normes d’accessibilité, afin d’ouvrir le trésor de la cathédrale de Nantes à un public toujours plus large et diversifié. La rupture marquée par l’incendie de 2020 constituera sans nul doute une nouvelle opportunité d’envisager un trésor de la cathédrale ré-ouvert, plus accessible et plus dense dans les futures années.

La majorité des informations relatives à la constitution de la collection du trésor de la cathédrale de Nantes proviennent de la Documentation de la Conservation des Antiquités et Objets d’Art de Loire-Atlantique et de la Documentation Objets Mobiliers de la Conservation Régionale des monuments historiques, DRAC Pays de La Loire.

Laurent Delpire
Conservation des antiquités et objets d’art de Loire-Atlantique, DRAC des Pays de La Loire
2025

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En savoir plus

Bibliographie

ARMINJON Catherine, Alain ERLANDE-BRANDENBOURG (dir.), Orfèvrerie nantaise, dictionnaire des poinçons de l’orfèvrerie française, Cahiers de l’Inventaire, 1989.

CAILLETEAU Jacques (dir.), Nantes, la cathédrale, Images du patrimoine, Nantes, 1991.

DABOUST Véronique, « Nantes, entre nécropole ducale et Jérusalem nouvelle », revue 303, n°70, 2001, pp. 42-57.

DESRONDIERS Carine, Heurs et malheurs des trésors de cathédrales de Haute-Bretagne de la fin du Moyen Age à l’aube du XXe siècle, mémoire de maîtrise d’histoire de l’art, Université de Haute-Bretagne, 2002.

EVELLIN Émile, « La croix de Lavau », Bulletin de la Société Archéologique et historique de Nantes et de la Loire-Inférieure, Nantes, Bureaux de la Société d’Archéologie, 1923, tome 63, pp. 113-119.

GUTTIEREZ Julie et DELPIRE Laurent, « La crypte et son trésor » dans Nantes, la grâce d’une cathédrale, La nuée bleue, place des Victoires, 2013.

MATHURIN Clémentine, Trésors des cathédrales, sous dir. Marie-Anne Sire, Judith Kagan, CMN, 2018.

SIRE Marie-Anne, « Les trésors de cathédrales : salles fortes, chambres aux reliques ou cabinets de curiosités ? », dans Vingt siècles en cathédrales, catalogue d’exposition présentée au Palais du Tau, Reims du 29 juin au 2 décembre 2001.

TUAL Alain (Maître honoraire), Inventaire des objets mobiliers (vêtements sacerdotaux, vases sacrés, et autres) existant dans la sacristie et annexes de l’église cathédrale Saint-Pierre de Nantes, Nantes, 1er trimestre 2001.

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Cryptes de la cathédrale

Dossier : La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

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Monument historique

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Rédaction d'article :

Laurent Delpire

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