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Chalutiers-usines soviétiques Jean Bruneau (1921-2001)

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Tour LU


Érigée en 1909, la Tour LU était à l’origine un véritable signal urbain, imaginé comme un totem publicitaire destiné à incarner et promouvoir la marque de biscuits Lefèvre‑Utile. Lorsque l’ancienne usine a été reconvertie en espace culturel et lieu de vie dans les années 1990, la tour a fait l’objet d’une restauration fidèle retrouvant son apparence d’origine.

Une tour liée à un percement

Louis Lefèvre‑Utile, directeur de la biscuiterie LU, saisit très tôt l’enjeu esthétique de l’usine implantée face à la gare et au château. Dès l’achat de l’ancienne filature où il installe sa production, il entreprend d’en soigner l’apparence. La reconstruction de 1885 lui permet d’y intégrer un portail monumental en plein cintre. Au tournant du siècle, la Ville décide de percer la voie qui deviendra l’avenue Carnot. Dès 1899, Lefèvre‑Utile engage des négociations foncières. Il projette d’ériger, de part et d’autre de cette nouvelle voie, deux édifices symétriques au caractère monumental, créant une perspective qui prolonge visuellement les cours Saint‑Pierre et Saint‑André jusqu’au‑delà du pont de la Rotonde.

L’usine LU avant la construction des tours

L’usine LU avant la construction des tours

Date du document : Avant 1905

La reprise de la tour éphémère de l’exposition universelle

En 1899, un premier projet est élaboré : une tour à la base octogonale coiffée d’un dôme avec un épi de faîtage. L’architecte nantais Georges Lafont propose ensuite une version plus légère, avec deux ou trois verrières très ouvertes rappelant les tours d’angle des grands magasins parisiens. Le projet définitif est finalement confié à l’architecte parisien Auguste Bluysen en 1905. Ce dernier a déjà dessiné le pavillon de la société LU pour l’Exposition universelle de 1900. Les formes retenues s’inspirent de l’Art nouveau.

Tour d’angle de la biscuiterie LU

Tour d’angle de la biscuiterie LU

Date du document : Juillet 1908

La construction s’échelonne de 1905 à 1909. Les superstructures sont en treillis métallique puis habillées d’un décor en ciment. La structure de la tour se compose de trois parties principales. Le corps de la tour est percé d’une large fenêtre à trois baies, surmontée d’une figure féminine ailée brandissant une trompette : la Renommée. Cette image avait été créée par le sculpteur Eugène Quinton pour Louis Lefèvre‑Utile, qui en lança l’exploitation commerciale sur ses boîtes dès 1895. La sculpture installée sur la tour en 1909, quant à elle, est l’œuvre du sculpteur F. Perraud, qui en réalisa une version monumentale. La Renommée est entourée d’un décor représentant les signes du zodiaque, renforçant l’aspect symbolique et allégorique de l’ensemble.

Tour de l’usine LU en construction

Tour de l’usine LU en construction

Date du document : 1908-1909

Le dôme est orné de six fenêtres décorées de sculptures figurant des phénix en ciment moulé et peints en bronze, symboles de renaissance et de vitalité. Enfin, le lanternon, posé au sommet du dôme, est lui‑même surmonté d’une petite lanterne qui parachève la silhouette élancée de la tour.

L’arasement et la destruction

Bien que légèrement endommagées lors des bombardements de 1943, les tours traversent la Seconde Guerre mondiale sans être détruites. Au début des années 1960, l’état du décor en ciment des coupoles devient préoccupant. La situation conduit au démontage du dôme de la tour est en 1965, puis à celui de la tour ouest en 1969. Un projet de superstructure métallique imaginé par le designer Raymond Loewy est alors envisagé, sans être réalisé. À la suite de la vente des terrains situés à l’ouest du pont de la Rotonde, la tour ouest ainsi que la partie de l’usine longeant le quai Baco sont finalement démolies entre 1977 et 1978 pour laisser place à la construction d’un hôtel.

Vue des tours LU entre 1965 et 1969

Vue des tours LU entre 1965 et 1969

Date du document : 1965-1969

La fabrique de biscuits LU ferme en 1986 en raison de l'évolution des techniques de production. La production est déplacée à La Haye-Fouassière. Après sa fermeture, l'ancienne usine est transformée en un site d'exploration artistique et accueille plusieurs événements. À partir de 1989, des artistes, dont la compagnie Royal de Luxe, investissent cette friche industrielle. En 1994, elle accueille le festival Les Allumées, organisé par le Centre de Recherche pour le Développement Culturel (CRDC).

Sous la direction de Jean Blaise, le CRDC présente en 1995 un projet culturel à Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes, visant à créer un espace où l'art contemporain se mêlerait à la vie quotidienne, avec des installations et des espaces de services comme un bar, un restaurant, une librairie, une crèche et un hammam. Convaincue par cette vision, la Ville de Nantes rachète l'annexe Ferdinand-Favre et la Tour LU de l’ancienne biscuiterie à la fin de l’année 1995. Le site industriel évite ainsi de peu la démolition.

Une restauration à l’identique

La restauration et la reconstitution de la tour constituent la première étape de la réhabilitation de l’ancienne usine. En 1998, les travaux sont confiés à l’architecte nantais Jean‑Marie Lépinay, qui doit composer avec des sources limitées : quelques aquarelles, des témoignages, des photographies de la construction d’origine et des documents issus de la famille Lefèvre‑Utile. Ces éléments lui permettent de retrouver les couleurs éclatantes de la tour — bleu, rouge et or — ainsi que la forme du dôme et certains détails décoratifs.

La partie supérieure, réalisée en polyester, restitue au mieux l’apparence initiale. Les bas‑reliefs de La Renommée et les signes du zodiaque sont quant à eux sculptés dans des matériaux durables. Après la consolidation des fondations et la restauration des décors de la base, le dôme est reconstruit autour d’une ossature métallique. Des éléments moulés en résine et en fibre de verre, inspirés des techniques de construction navale, sont fixés sur cette structure.

Les volumes colorés sont préfabriqués en atelier, assemblés au sol, puis l’ensemble du dôme est posé d’un seul tenant sur le corps central de la tour le 26 mai 1998. Une innovation est alors introduite pour garantir l’étanchéité : des plaques de verre bombées sont installées autour de la lanterne cubique, créant un belvédère sur la ville tout en améliorant l’éclairage intérieur.

Mise en place du dôme sur le corps central de la Tour LU, le 26 mai 1998

Mise en place du dôme sur le corps central de la Tour LU, le 26 mai 1998

Date du document : 26/05/1998

Une vue unique sur la ville

La tour est ouverte au public en 2004. La visite présente quelques éléments historiques sur l’ancienne biscuiterie puis au sommet, la ville se contemple, grâce à l’utilisation du gyrorama, installation réalisée par un collectif d’artistes. Avant l'ouverture du Nid au somment de la Tour Bretagne, la Tour LU et les remparts du Château étaient les seuls lieux offrant un panorama sur Nantes accessibles au public dans le centre-ville. Toutefois, ce parcours est peu adapté aux besoins et envies des visiteurs souhaitant en apprendre davantage sur l’histoire du lieu. La tour est fermée au public fin 2015.

Vue de la tour LU aujourd’hui, 2024

Vue de la tour LU aujourd’hui, 2024

Date du document : 06/03/2024

Une rénovation est lancée et elle est réouverte au public fin 2021. Le parcours de visite invite le public à gravir progressivement les différents niveaux du bâtiment, depuis le rez‑de‑chaussée jusqu’à la coupole. Cette ascension permet de retracer les grandes étapes de l’histoire du site, depuis sa naissance jusqu’à sa transformation en Lieu Unique. Le visiteur y découvre un ensemble riche de documents : archives, affiches, photographies de spectacles, témoignages filmés, ainsi qu’une rétrospective de la programmation du Lieu Unique.

Gaëlle Caudal, Alizé Sibella
Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2026

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En savoir plus

Bibliographie

Capocci Sylvie, Le Lieu Unique. Nantes, Scala, 2001, 62 pages

Kerouanton Jean-Louis, LU, une usine à Nantes, Pays de la Loire. Inventaire Général, Paris, 1989, p.64 (coll. Images du patrimoine)

Webographie

Histoire du Lieu Unique Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

« LU, une histoire nantaise » sur le site du Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

Pages liées

Dossier : la biscuiterie LU

Les Allumées

Tags

Centre Ville Lieu culturel Agroalimentaire Art Architecture industrielle

Contributeurs

Rédaction d'article :

Gaëlle Caudal, Alizé Sibella

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